La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 22 janvier 2013

Je considérai l’état de ma vie présente, les voyages vagabonds, les changements de lieux, la diversité des objets, et les mouvements continuels dont j’étais agité.


Jean-François Regnard, Voyage en Laponie, 1681, publié par Ginkgo, 2010.

Vous connaissez mon goût pour la Finlande... c’est donc avec une certaine curiosité que je me suis tournée vers ce récit de voyage en Laponie. écrit par un français du XVIIe siècle. Il s’agit d’une édition grand public : la préface de Philippe Geslin explique le contexte du texte sans être scientifique, ce qui fait que tout cela se lit agréablement.
Regnard voyage dans une Laponie sous l’autorité du roi de Suède, et il voyage en été, ce qui est important à savoir. La plupart des indications d’ordre ethnologique qu’il donne sont reprises de livres plus anciens sur le sujet (comme l’indique la préface), il ne s’agit nullement d’un témoignage – ce qui explique qu’il puisse dire à quoi ressemblent l'hiver ! Le narrateur est un homme du XVIIe siècle avec ses défauts et ses qualités : passionné par la chasse, on sait tout de la faune et du goût qu’ont tous les animaux, moqueur vis-à-vis de la religion des Lapons, peu ouvert d’esprit et assez arrogant. Mais il livre un tableau vivant de la région : celle-ci, loin d’être vide de toute humanité, est habitée et parcourue en tous sens, suivant le rythme des foires et des fêtes, des chasses et des pêches, et les hommes du roi de Suède essaient de contrôler la région. D’autant que s’y trouvent plusieurs mines de minerais divers et Regnard en donne de longues descriptions : il est plus intéressé par les hommes et leurs industries que par les paysages. Où l’on voit que l’on est loin d’un monde perdu, hors de l’histoire et immobile.

Munsterhjelm, L'Étang de la forêt sous la lune, 1883,
Turku, Taidemuseo, image M&M

Des détails ? Regnard se complaît à colporter de prétendues anecdotes totalement fantaisistes ou se laisse emporter par son imagination quand il chante les « chênes verts » de Laponie. Il souligne avec envie l’alcoolisme généralisé, s’intéresse beaucoup à l’élevage des rennes et rapporte que le pire fléau de la région est le moustique (ce qui n’a guère changé). Il évoque enfin à plusieurs reprises une mystérieuse « petite mousse blanche » dont se nourrissent les rennes : le lichen tout simplement, qui lui est totalement inconnu.

Les sujets d’exotisme n’ont pas toujours beaucoup changé, ainsi le sauna :
J’eus de la peine ensuite à concevoir comment ces gens, sortant nus de ces bains tout de feu, allaient se jeter dans une rivière extrêmement froide qui était à quelques pas de la maison ; et je conçus qu’il fallait que ces gens fussent d’un fort tempérament, pour pouvoir résister aux effets que ce prompt changement du chaud au froid pouvait causer.

Merci aux éditions Ginkgo pour cette lecture.