La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 21 juillet 2015

Le faisan crie, les dragons combattent.

Ueda Akinari, Contes de pluie et de lune, traduit du japonais par René Sieffert, parution originale 1776, édité en France chez Gallimard.

Relecture ravie de ces contes anciens japonais.

Les contes ou nouvelles prennent place dans un Japon rural et font apparaître des fantômes, des démons, des esprits. C’est évidemment extrêmement exotique pour nous, car tout nous est étranger. Heureusement, l’appareil de notes permet au choix une lecture érudite ou simplement de découverte, pour entreprendre un voyage dans le temps et l’espace. Les moines zen ou bouddhistes, les bushi (= les guerriers), les chrysanthèmes, les carpes, l’art de la description des paysages, la façon de manger, tout nous transporte, pour peu que le lecteur fasse le léger effort d’accepter de ne pas tout comprendre.

Les jours précieux, rapides, allaient s’écoulant : les basses branches du chalef se teintaient, dans un chatoiement de chrysanthèmes sauvages des haies, était arrivée, à son tour, la neuvième lune.

On apprécie bien sûr la présence du surnaturel ou du merveilleux, qui s’entrecroise étroitement avec les pratiques religieuses et le quotidien des personnages. Une femme jalouse peut détruire le mari infidèle comme dans un pur film d’horreur, un moine se mettre à dévorer les cadavres, les fantômes apparaître à leurs amis… Les signes de la nature ne trompent pas pour qui sait les lire et à cet égard, le lecteur occidental est un peu comme le plus naïf des personnages et ne voit pas ce qui alerte le lecteur averti !
Utamaro (école de), Faucon sur une branche de prunier,
1796-1800, musée Guimet, M&M.
Je dois vraiment aimer ça vu comme j’avais aimé la BD NonNonBâ.
Mon récit préféré : Carpes telles qu’en songe, où un moine devenu poisson décrit le paysage du lac, c’est un récit avec d’humour, car le moine zen se révèle avoir l’appétit vorace du poisson.

Ils suivirent, dans la pénombre, l’allée couverte de cryptomères, puis montèrent sur le promenoir extérieur du Tôrô-dô qui s’élève devant le sanctuaire, et y étendirent leurs manteaux de pluie pour s’en faire des sièges, mais tandis qu’ils répétaient sans bruit les invocations, ils éprouvaient, à mesure que la nuit avançait, le sentiment de leur solitude.

Destination PAL (bon le livre ne se trouve pas du tout sur la bonne étagère et n’aurait donc pas dû être lu cet été, mais c’est un détail).