La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 4 juin 2026

Le monde des Anciens de mon peuple et celui des Espagnols n’appartenaient-ils pas tous deux au passé ?

 

Romain Bertrand et Jean Dytar, Les Sentiers d’Anahuac, 2025, édité par La Découverte et Delcourt.

Une BD de vulgarisation historique où tout est réel.

Au Mexique, 20 ans après la conquête par les Espagnols, Antonio, un petit garçon issu d’une famille noble aztèque, entre comme novice chez les moines franciscains. Il apprend le latin, mais surtout rencontre le père Bernardino de Sahagún. Ce missionnaire estime que, pour convertir efficacement la population au christianisme et extirper toute trace d’idolâtrie diabolique, sans laisser la moindre chance au syncrétisme, il convient certes de parler le nahuatl, mais aussi de comprendre les croyances et le monde de ces gens. Voilà notre padre lancé dans une grande entreprise de collecte et d’enquête qui débouchera sur L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.

L’album raconte tout cela : le projet de Sahagún qui, s’il fait preuve de sincère curiosité, ne se veut pas un érudit ethnologue, mais vise bien le triomphe du christianisme, le rôle des anciens qu’il consulte, la façon dont les récits (création du soleil et de la lune, calendrier, pratiques religieuses, rôle de l’empereur, les rites, les boissons, etc.) sont recueillis, traduits et mis par écrit en étant insérés dans le paradigme chrétien. Il raconte aussi les états d’âme d’Antonio (Antonio Valeriano a réellement existé, on connaît son parcours officiel, mais pas son individualité) et des autres novices, nés après la conquête, qui découvrent leur propre histoire, s’interrogent, sont tiraillés entre différents mondes.

Ce ne serait rien sans l’extrême réussite graphique de l’album. Ici les dessins racontent et mettent sous les yeux. Ils reprennent tantôt l’esthétique des gravures sur bois occidentales du 16e siècle, tantôt celle des glyphes et des codex, montrant ainsi la contradiction ou la superposition ou la coexistence des différentes pensées. Une image raconte la vie d’Antonio à Mexico en reprenant ainsi le plan de la ville tel qu’il nous est parvenu dans un codex. C’est tellement inventif, créatif et efficace ! Voilà, c’est ça les BD qu’on veut !

Saint Michel face à une divinité païenne - tempête sous les crânes !


Vous pouvez regarder à quoi ressemble le vrai codex de Sahagún, une colonne en nahuatl, une colonne en castillan (il faut chercher « codex florentine »).


Romain Bertrand est historien et déjà bien présent sur le blog :

Jean Dytar est bédéiste, j'ai essayé de lire Florida, mais sans succès.




mardi 13 janvier 2026

Pourquoi s'intéresser à des terres et des êtres vivant à des milliers de kilomètres de chez soi ?

 

Serge Gruzinski, Quelle heure est-il là-bas ? Amérique et islam à l'orée des Temps modernes, 2008, aux éditions du Seuil.


Un livre d'histoire ou un essai, où l'auteur étudie deux textes : une chronique sur le Nouveau Monde rédigée à Istanbul en 1580 et un Répertoire des temps écrit à Mexico en 1606, où il est longuement question des Turcs.
On décentre le regard. Pour l'un des auteurs, le centre du monde est à Istanbul et pour l'autre il est à Mexico.

Le souci d'introduire de la cohérence et d'insuffler du sens dans une représentation du monde bouleversée par les découvertes ibériques. Ce qui vaut autant pour une chrétienté laine ébranlée dans ses fondements intellectuels et ses repères religieux que pour un Empire ottoman déconcerté par les avancées planétaires des Espagnols et des Portugais.

Les Ottomans parcourent le monde, du détroit de Gibraltar à l'Indonésie, et voilà qu'ils voient arriver les chrétiens par l'Est ! Si aucun d'entre eux (ou presque) n'a encore mis les pieds dans ce qui n'est pas encore l'Amérique, ils se tiennent bien informés, notamment grâce aux publications imprimées à Venise. L'auteur exprime d'ailleurs son inquiétude : Grenade est tombée, paradis à jamais perdu, et les musulmans ne participent pas à cet agrandissement du monde. Mais pour eux, l'enjeu est d'abord celui du contrôle de l'océan Indien, au moment où les Portugais arrivent par le Sud et les Espagnols par l'Est. C'est que 1492 signe tout à la fois le voyage de Christophe Colomb et l'expulsion des Juifs d'Espagne, dont beaucoup se réfugient dans l'empire Ottoman. Encore quelques années et ce seront les morisques qui seront expulsés. Les temps ne sont guère engageants.

Comme Istanbul, Mexico est une ville en plein essor. Elle est entre Atlantique et Pacifique, mais en contact direct avec l'Asie et avec la Chine. Le Nouveau monde sent qu'il peut jouer un rôle propre, et pas seulement en adjuvant de l'Espagne. Elle se veut aussi très chrétienne et prêche donc la croisade contre les Turcs (qui sont mis en scène dans de grands spectacles) – ce sont d'ailleurs évidemment les Espagnols qui ont introduit les notions de turc et d'infidèle au Mexique. Cela n'empêche pas certains érudits de Mexico de concevoir une pensée éloignée du nombril européen.


Histoire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et Fernand Cortez, manuscrit du 17e siècle d'après un original turc de 1580, BNF.


Autant le dire, je n'ai pas lu tout le livre. Le sujet m'intéresse, mais le décorticage de chaque texte m'a lassée. Il est pourtant tout à fait justifié : qu'est-ce que les Turcs savent du Mexique ? Quelles sont leurs sources d'information ? Et leurs préoccupations ? Et vice-versa ? Et quel sujet n'intéresse ni les uns ni les autres ? De plus, ce livre d'histoire penche un peu trop vers l'essai pour mon goût, ce n'est pas tout à fait mon format fétiche.
N'empêche que je vais continuer à explorer ce sujet.

Istanbul-Mexico : il n'est pas indifférent non plus que l'on ait affaire à deux jeunes cités qui se sont greffées sur des capitales prestigieuses. La Mexico espagnole s'est développée sur la capitale aztèque à partir de 1521 et l'Istanbul ottomane a supplanté Byzance en 1453. Pourtant, vues depuis l'Europe occidentale, ces deux métropoles apparaissent d'ordinaire comme des « périphéries exotiques », l'une issue de la colonisation espagnole implantée sur un empire déchu et l'autre en avant-poste d'un Orient fascinant et envahissant.


Jeudi, le blog sera pleinement à Istanbul, mais ce billet constitue une sorte d'introduction au sujet. Il participe donc aux Escapades européennes de Cléanthe qui nous propose, ce mois-ci, de faire étape sur les rives du Bosphore.




jeudi 5 mai 2022

En temps de guerre, le temps ne vole pas, il est à ce point occupé qu’il disparaît.

 Max Aub, Campo de sangre et Campo francés, tome 3 et tome 4 du Labyrinthe magique, traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet, parution originale 1945 et 1965, édité en France par Les Fondeurs de briques.

 Campo de sangre

Nous sommes en 1938 à Barcelone. La guerre environne la ville, mais il est encore possible de fuir à l’étranger. Les armes promises n’arrivent pas. Et les fascistes ont annoncé qu’ils bombarderaient la ville toutes les 2 heures jusqu’à reddition du gouvernement. En parallèle, les combats se mènent à Teruel.

Nous suivons un groupe de personnages, qui se connaissent plus ou moins étroitement. Un médecin, bon vivant qui refuse d’abandonner des amis au prétexte qu’ils ne partagent pas ses idées, un communiste qui choisit l’action, un autre qui essaie de concilier les consignes et la conscience, des indics de la police – c’est qu’il n’y a plus rien à manger. Peu de femmes (je l’ai regretté, d’autant que le roman se pare de quelques réflexions homophobes sorties d’on ne sait où), même s’il y a des actrices des plus réussies.

Mon avis est un peu partagé dans la mesure où pour moi Aub réussit particulièrement bien à camper une atmosphère de ville assiégée, d’amitié suspendue, d’incertitude, d’individus perdus dans ce monde guerrier où l’innocence est impossible. Les dialogues et la description de la ville sont extrêmement réussis. En revanche, je suis toujours plus allergique aux débats théoriques sur la responsabilité de l’individu, la mort, le destin de l’Espagne et ce genre de choses.

Mais il y a la très belle évocation de l’existence d’une famille bourgeoise au début du roman, une histoire d’amour et de longues nuits d’amour, les rumeurs en ville, le sauvetage des tableaux du Prado, des gens qui se disent adieu, mais sans le dire parce qu’on ne dit pas ces choses-là, les bombardements et la population qui se réfugie dans le métro.

 

Un ciel noir s’abat sur la ville noire. On devine les fantômes des spirales de tourbillons de fine neige, la gelée boueuse glisse sur le sol fangeux. Sous le long éclair des phares des automobiles brillent les légers rayons de pluie et les flaques piquetées. Il pleut depuis toujours et pour toujours, il fait froid pour toujours : très dure épée. Les sirènes se mettent subitement à hurler, elles s’élèvent comme le vent, elles enveloppent la ville en hurlant à la mort.

Whishaw, Corrida, 1955, Tate
 

Campo francés

Ce volume-ci est très court et très bon !

En 150 pages, il raconte l’exil des Républicains en France et leur internement dans des camps de concentration, avec tout ce que la France compte de communistes et de gens pas Français un peu louches. C’est le récit de la France ignoble, qui arrête et déporte, affame et frappe, tue quelquefois. Certains parviennent à obtenir un visa pour le Mexique (comme Aub lui-même), d’autres manquent d’être envoyés en camp de travail en Algérie. Le roman s’arrête au début de la Seconde guerre mondiale.


Vacarme des avions. Les nuages sont sectionnés. Les gens se lancent des regards angoissés. Le ciel débarrassé de quelques nuages. Vrombissement des avions. Des gens, à genoux dans le fossé, regardent le ciel. Les gens à la débandade. Une femme à travers champs, avec un enfant dans les bras et tenant un deuxième par la main. Un groupe la suit, d’autres la dépassent.


Ici c’est un couple qui constitue le fil conducteur : Julio, un homme qui ne se mêle pas de politique, mais arrêté à la place de son frère, qui prend peu à peu conscience de la barbarie de l’arbitraire, et Maria, une femme ordinaire qui se révèle progressivement à elle-même, comme de ces femmes qui s’acharne à faire sortir son homme, qui est capable de toutes les audaces et qui prendra la tête de la révolte. Le roman s’achève sur ce très beau personnage de femme (enfin ! bravo Aub !) et sur l’espoir apporté par le cri de révolte d’hommes libres – libres dans leur esprit.

Le tout est écrit d’une façon très particulière, comme un scénario de film, avec des annotations courtes, des dialogues comme des bribes de conversations saisies au vol. Le texte des actualités entrecoupe régulièrement la narration. C’est rapide et cinématographique et très efficace.

Il y a une belle Marseillaise qui clôt le roman et qui n’est pas sans rappeler celle de Casablanca.

 

Combs. – Je vais vous apprendre à vivre !

Une voix. – À mourir.

Combs. – Quoi ? Qu’est-ce que vous avez dit ?

Julio. – Rien.

Combs (hurlant). – On ne dit pas rien, mais rien, mon lieutenant. Répétez-le trois fois à voix haute.

Julio (tremblant de colère). – Rien, mon lieutenant. Rien, mon lieutenant rien. Pardon : Rien mon lieutenant.

 

Le Labyrinthe magique est une grande fresque consacrée à la guerre d’Espagne, mais ce n’est pas une série, les volumes peuvent se lire indépendamment. Je vous conseille le deuxième, Campo abierto, qui est le meilleur et le mieux construit. Il raconte la mobilisation de la population civile de Madrid pour soutenir le siège et se défendre contre l’armée fasciste. Il rappelle douloureusement l’actualité, mais il est plein d’espoir. Et je vous conseille également ce Campo francés.


Max Aub sur le blog :

Crimes exemplaires et 2nd billet sur le même
Le Labyrinthe magique. 1 Campo cerrado. 2 Campo abierto

 Il s'agit de ma deuxième participation au mois espagnol de Sharon - il y en aura peut-être une troisième. En attendant, estoy de vacaciones.





mardi 28 septembre 2021

En tant que Mexicain d’origine, il était juridiquement Blanc, et donc non assujetti à la ségrégation appliquée au Texas.

 Karl Jacoby, L’Esclave qui devint millionnaire. Les vies extraordinaires de William Ellis, parution originale 2016, traduit de l’américain par Frédéric Cotton, publié en France par Anacharsis.

 

Ce n’est pas seulement l’histoire d’un esclave qui devint millionnaire, mais aussi celle d’un noir devenu blanc ou plus exactement d’un afro-américain devenu mexicain. Bref, c’est toute l’histoire des États-Unis. Et ce n’est pas un roman, c’est de l’histoire.

Jacoby s’intéresse donc à un étrange homme d’affaires, William Ellis ou Guillermo Eliseo, actif aux États-Unis et au Mexique à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Un homme qui fut agent de change, qui voyagea, qui représenta les États-Unis en Éthiopie, riche, mais on ne sait pas très bien de quoi. Un homme qui se présentait comme né de parents mexicains, pour expliquer un teint basané, ou mieux, comme cubain (riche cubain, vêtu à l’européenne, cigare et montre en or), assez clair de peau. Un homme qui a tenu à cacher par-dessus tout qu’il était né esclave au Texas dans les plantations de coton. Une sacrée trajectoire de vie.


Interrogé, le nouveau venu se présenta comme un homme d’affaires mexicain rejoignant son bureau de Wall Street après avoir négocié l’achat de plusieurs plantations de caoutchouc dans son pays natal. Il déclara s’appeler Guillermo Enrique Eliseo, un nom qui pourrait se traduit en anglais par William Henry Ellis. En outre, en tant que Mexicain d’origine, il était juridiquement Blanc, et donc non assujetti à la ségrégation appliquée au Texas.

À bord du train, cependant, certains avaient eu vent de rumeurs qui circulaient le long de la frontière et selon lesquelles, en dépit de toute sa richesse et de son raffinement ostentatoire, Eliseo pouvait bien ne pas être le riche Mexicain qu’il prétendait. Se pouvait-il que ce teint olivâtre ne fût pas le produit d’une origine mexicaine mais plutôt celui d’un origine afro-américaine dissimulée ?


Cette biographie reflète toute l’histoire des États-Unis, notamment du Texas, où la main d’œuvre noire est indispensable à l’économie, mais quantité négligeable par ailleurs. Où l’on estime qu’une goutte de sang noir fait de vous un noir (merci de voyager en train dans le wagon dit Jim Crow), mais où il est impossible de tracer une frontière nette entre noirs et blancs et où les latinos, tout foncés qu’ils soient, sont des blancs. Un pays fou. C’est aussi l’histoire croisée des États-Unis et du Mexique, pays rivaux et inséparables, avec leurs crises, leurs guerres civiles, leurs révoltes et leurs contradictions. Le Mexique, avec son histoire politique chaotique, se construit en opposition à son voisin à partir d’une identité mélangée, mais européenne et indigène, où les noirs seraient forcément en fuite des États-Unis (genre y a pas eu des siècles d’esclavage) alors même que les afro-américains se demandent, après la guerre de Sécession, s’il vaut mieux se battre pour leurs droits dans leur pays ou émigrer (au Mexique ou au Liberia). Toute la vie d’Ellis s’inscrit dans ces mouvements de fonds, plus ou moins compréhensibles vus de France (pour rappel, c’est l’époque où le parti républicain défend les noirs).

Il est regrettable que Jacoby n’ait pu retrouver plus de correspondance ou d’archives de la main d’Ellis, j’aurais bien aimé savoir ce qui se cachait sous les faits. Cet homme a su jouer des attentes de ses contemporains pour se forger sa voie et échapper à sa destinée. Ellis a épousé une femme blanche, qui connaissait très bien son secret. Ses descendants seront pour certains pleinement intégrés dans le monde blanc, d’autres dans le monde mexicain, et une partie de la famille s’inscrit dans l’identité noire américaine.

 

Ellis - image Wikipedia

C’est donc paradoxalement au Mexique qu’Ellis put assumer le plus confortablement son identité américaine puisqu’il ne se disait jamais mexicain quand il se trouvait au sud de la frontière. Il faisait tout, au contraire, pour mettre en avant sa citoyenneté américaine qui, à l’instar de sa situation d’homme d’affaires ayant d’excellentes relations, lui conférait un atout certain en cette époque où le Mexique cherchait avidement à séduire les investisseurs étrangers.


L’article Wikipedia en anglais dit qu’il est né de parents esclaves (mais pas qu’il est né lui-même esclave). L’article insiste sur ses activités professionnelles, mais pas sur son passing – le fait pour un afro-américain de se faire passer pour blanc, le fait de passer la ligne de couleur, comme ils ont dû être très nombreux à le faire. La notice française ne mentionne même pas le mot « esclave » et ne dit rien du passing. Pourtant Ellis a franchi à plusieurs reprises plusieurs frontières au cours de sa vie, celle politique entre les États-Unis et le Mexique, celle de la classe sociale, celle de la race, se présentant et se réinventant sans cesse. Le titre américain traduit aussi la conclusion de l’auteur, qui après avoir relevé une lettre où Ellis signe « Guillermo » en conclut que celui-ci s’identifiait beaucoup en tant que latino-américain.

Le titre original du livre mentionne The Texas slave et le Mexicain Millionaire. Ces précisions géographiques semblent être plus parlantes pour un Américain que pour un Français.


En tant qu’individus libres mais pas nécessairement blancs, les Tejanos brouillaient la dichotomie située au cœur de l’argumentaire esclavagiste. Les individus d’origine mexicaine pouvaient, selon un Texan, être « aussi noirs que les Nègres », et pourtant ils se considéraient de manière agaçante « aussi bon que les Blancs ».

 

La précocité d’Ellis apparaît comme quasiment surnaturelle – son aptitude, alors qu’il n’était encore qu’un jeune homme âgé de vingt ans à peine, à transcender ses modestes débuts d’esclave né sur les rives de la rivière Guadalupe au sud du Texas et à se mouvoir dans les milieux les plus élevés de la société mexicaine.

 


jeudi 13 mai 2021

Vous, vous n’avez jamais tué personne par ennui, parce que vous ne saviez que faire ? C’est amusant.

  

Max Aub, Crimes exemplaires, traduit de l’espagnol par Danièle Guibbert, parution originale 1957, édité en France par Phébus.

 

Une envie de relire ce petit bonbon, entre deux gros romans bien épais. Ici sont rassemblées de nombreuses anecdotes, qui tiennent en une seule ou en dix phrases, prétendument toutes vraies, racontant des meurtres. Des meurtres naturels, sans récit policier, où les assassins se sont fait prendre ou pas du tout. Des meurtres comme ça, parce qu’on ne pardonne pas une expression stupide, ridicule, un air arrogant, une petite remarque mesquine. Vlan ! Et c’est bien fait.


-       Plutôt mourir ! me dit-elle. Et dire que ce que je voulais par-dessus tout c’était lui faire plaisir.


Pour amateurs d’humour noir bien corsé, exclusivement.

À lire à petites bouchées, pas trop à la fois, en prenant son temps.

 

Je l’ai tué parce que j’avais mal à la tête. Et lui qui vient me parler, sans s’arrêter une seconde, de choses qui m’étaient complètement indifférentes. C’est la vérité, et même si elles m’avaient importé j’aurais fait de même. Avant de le faire j’ai regardé six fois ma montre avec ostentation : il n’en a fait aucun cas. Je crois cependant que c’est une circonstance atténuante qui devrait être sérieusement prise en compte.

 

Il louchait et je pensais qu’il me regardait d’un mauvais œil. Et il me regardait d’un mauvais œil. Après, ici, n’importe quel malheureux petit mort ils l’appellent cadavre…

 

Le premier billet.

 Bon pour le mois espagnol de Sharon.

 

O. Borgianni, David et Goliath, 1606 Madrid Academia Real San Fernando

 

mardi 11 mai 2021

Voir un anarchiste obtenir le portefeuille de la Justice est une chose à laquelle on assiste une fois dans sa vie.

 Max Aub, Le Labyrinthe magique tome 2 : Campo abierto, parution originale 1951, traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet, édité en France par les Fondeurs de briques.

 

La guerre d’Espagne.

L’action se déroule durant quelques mois de 1936. D’abord à Valence, où le point de vue se déplace de personnages en personnages : ceux qui sont fidèles au gouvernement, ceux qui sont tout fiers d’avoir des responsabilités dans la guerre, ceux qui trahissent, ceux qui se débrouillent, ceux qui ne savent pas s’ils doivent partir ou non. Puis quelques pages auprès de ceux « de l’autre côté », phalangistes dans le même état moral. Enfin à Madrid, qui s’apprête à résister aux troupes rebelles -  no pasarán.


Jorge portait une salopette bleue, et la révolution était un fait. Le poids du revolver lui démontrait que tout cela était vrai : l’heure était venue, tombée du ciel, sans qu’il eût fait quoi que ce fût pour qu’elle arrive. Les militaires, la réaction, s’étaient chargés de lui faire faire le tour du monde. Comme une omelette lancée dans les airs. La vieille Angeles, là-bas au village, devant son fourneau et tenant la poêle par le manche.


C’est un excellent roman qui nous plonge non pas tant au cœur de la guerre qu’au cœur des affres et des atermoiements des Espagnols. Nous suivons certains personnages sur l’ensemble du volume et d’autres seulement sur quelques pages. Il y a ce très beau couple de Vicente et d’Asunción sur lequel veille l’auteur. Autour d’eux, les hommes terrifiés à l’idée de porter des armes et ceux qui en sont fiers, les exécutions sommaires, les actes de courage et de lâcheté, une troupe de théâtre itinérant, avec tous ceux qui hésitent entre la fidélité à l’amitié ou aux consignes du parti.


C’était l’aube naissante et tout, dans la rue, semblait baigné dans l’absinthe. Un coq chantait et le petit air de l’aurore promenait un bout de papier sur le trottoir en faisant un léger bruit.


La dernière partie sur Madrid est très belle. On a d’un côté les discours enflammés et contradictoires sur la liberté et le sens de l’histoire, l’humanité et le communisme, le sacrifice et le devoir, collectif ou individuel, et l’union de tout un peuple pour défendre sa ville. Aub énumère ainsi les membres du bataillon des garçons coiffeurs et des barbiers, comme s’il s’agissait de personnes ayant réellement existé et qu’il serait important de mentionner quelque part pour leur rendre hommage. Il recrée une foule, un peuple, avec les petits détails concrets d’une vie quotidienne ordinaire et pas glorieuse, ceux qui ont placé des matelas devant les fenêtres et qui se sont relayés pour utiliser les rares fusils disponibles. Car il y a un fusil pour trois hommes, mais dès que l’un est touché et meurt, il y a quelqu’un pour le relayer.


Sur quoi peuvent-ils compter ? Sur le moral. C’est indéniable. La ville les soutient, et ils ne veulent pas abandonner Madrid à l’ennemi. Pourquoi ? Parce que Madrid c’est Madrid. Parce que Madrid c’est maintenant toute l’Espagne. Parce qu’abandonner Madrid, c’est s’avouer vaincu, tout simplement. Parce que si Madrid est perdu, tout est perdu. C’est perdre la raison, perdre la tête. Ils y sont attachés parce qu’elle leur appartient.


C. E. Martínez, Puerta del Sol, 1900, Madrid Musée municipal

On trouve aussi l’évocation d’Hemingway dans le personnage d’un journaliste américain, les œuvres d’art du Prado évacuées ou mises à l’abri, du football, l’odeur de fleur d’oranger à Valence, un chirurgien, un orateur quasi professionnel décrit avec beaucoup d’humour et le rappel constant de la lutte victorieuse des Espagnols contre les troupes de Napoléon.

C’est un magnifique hommage à cette héroïque population madrilène.

Pourtant, l’angoisse est palpable. L’avancée inexorable des troupes de Franco est décrite sobrement avec un « ils ont atteint » suivi d’un nom de ville » qui scande le roman et raconte le lent encerclement.

Le volume s’achève plein d’espoir, avec l’arrivée des camions des Brigades internationales. Peut-être qu’ils ne passeront pas finalement…


Le Labyrinthe magique raconte la guerre d’Espagne en six volumes indépendants (ce n’est pas une série), comme un long portrait composite des Espagnols. Ainsi que le titre l’indique, chacun semble pris dans une trajectoire qui le dépasse, dont il ne sait où elle le mène, qu’il n’a pas choisie. À chacun ou presque de se cogner dans la complexité des faits.

La langue est sobre et superbe, elle est volontiers mordante.

 

Elles ne se parlaient pas depuis trois ans à cause d’un problème épineux, à savoir laquelle des deux savait correctement purger les escargots.


Templado se tut. C’était un lever du jour moche : un ciel bas, gris, fermé, saturé de fumée et de brume, sans horizon.

On aurait dit la fin du monde.

 

J’ai acheté immédiatement le volume 3.

Max Aub ayant eu 4 nationalités différentes (espagnole, française, allemande et mexicaine), il peut concourir pour presque tous les challenges des blogs littéraires. Je l’inscris ici pour le mois espagnol de Sharon.



mardi 8 décembre 2020

La nuit s’acheminait lentement vers le jour, sans cesser pour autant d’être nuit.

 Max Aub, Le Labyrinthe magique. 1. Campo cerrado, traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet, parution originale 1943, édité en France par Les Fondeurs de Briques. 

Une grande fresque historique qui raconte la Guerre d’Espagne dans une langue très concise. Le premier volume est centré autour de la vie de Rafael, un homme venu d’une famille pauvre, mis en apprentissage, puis ouvrier à Barcelone, lisant des livres, se frottant de pensée politique. Le livre s’achève quand la Guerre civile débute.


Le début

Soudain les lumières s’éteignent : 10 heures, la lune dévoile sa présence sur les murs crépis à la chaux, qui prend aussitôt deux teintes, l’une blanche, l’autre grise. Le silence parcourt les rues de la petite ville comme un frisson, de la tête aux pieds, depuis la grand-place jusqu’à Quintanar Alto, adossé à la colline.


J’ai extrêmement aimé tout le début. La jeunesse de Rafael dans des petites villes, auprès de familles modestes. Les rapports de force, les liens entre les hommes et les femmes. Et cette écriture incroyable ! Le premier chapitre raconte une course de taureau dans un village, une course de panique et de violence, sans issue, à la lueur des torches, ou comment une bête rendue furieuse par les hommes se trouve enfermée dans la ville.


Comment sont les Catalans ? Ce sont des gens noués, se dit notre jeune homme après quelques jours, replantés dans leur propre terreau, se nourrissant de leur humour, s’irriguant de leur langue, davantage portés sur leur argent que sur leur honneur, et très attachés à ce dernier. Il n’est pas de grande découverte, de fait marquant, de grand métro, de grand poème, de grand pont, de religion, de peinture, de bataille ou de cocu qui n’ait sa représentation catalane.


J’ai eu plus de mal avec la partie barcelonaise et notamment avec la fin. D’abord parce que Rafael découvre les soirées politiques et les conversations politiques de bistrot : « mot en -isme, le peuple, la lutte, mot en -isme, la révolution… » Je suis imperméable à tout cela. On comprend que Barcelone et plus généralement l’Espagne vibre de toutes sortes d’idées et que tout le monde est prêt à s’enflammer. Rafael hésite, entre les anarchistes et la Phalange, tous semblent aussi séduisants les uns que les autres. Le déclenchement de la guerre est raconté de façon réaliste et concise, dans un hommage évident à L’Espoir d’André Malraux. Et là, j’avoue que c’est compliqué. 1. Parce que je ne connais pas tous ces gens dont il est question (membres du gouvernement, militaires loyaux, militaires traîtres, anarchistes, communistes…) à part un, qui me sert de repère. 2. Je ne différencie pas les personnages de fiction des historiques. 3. Je ne connais pas les noms de lieu. 4. Je crois que l’histoire de la Guerre civile espagnole nous est foncièrement incompréhensible parce que 90 ans après on ne saisit pas pourquoi tous ces mouvements de gauche et tous ces démocrates ne font pas front commun contre la Phalange (sur le thème « mais alliez-vous contre les méchants, bordel ! »). Une partie du drame nous passe donc sous le nez.

Goya, Corrida dans un village, 1808, Academia Bellas artes San Fernando

N’empêche. C’est une lecture très impressionnante. Je retiens la belle description de Barcelone et de la Sagrada Familia, une cathédrale inachevée.

J’ai déjà acheté la suite !

 

Des mois, des années à attendre le moment de tirer, bien à couvert à un angle de rue. Tirer comme bon vous semble. Plus seulement de droit propre, mais au nom du droit d’autrui. Faire plaisir à sa main, combattre la poitrine à l’air. Ils tirent pour le plaisir de tirer, comme si la balle qu’ils expédiaient portait, radieux, le droit de vivre rageur de l’humanité escale de Barcelone.

 

Max Aub a eu quatre nationalités au cours de sa vie me dit Wikipedia.

Pour découvrir l'auteur, je vous conseille ce très court et très brillant Crimes exemplaires que j'ai d'ailleurs assez envie de relire.


 

samedi 28 décembre 2019

Jamais plus, capitaine, vous ne ferez de mal à un enfant, foi de Le Goazik !

Brigitte Piedfert, Sous le signe du jaguar, paru en 2017 aux éditions Sutton.

Un petit roman d’aventures invraisemblable, cela vous dit ?
Au premier chapitre, nous sommes en 1533 à Rouen, un jeune mousse vient de tuer un capitaine et de confier un bébé aux chanoines de l’église Saint-Maclou. Au deuxième chapitre, nous sommes beaucoup plus tard, à Caen, avec Florane, son grand-père et son frère de lait. Au troisième chapitre, ça démarre vraiment, avec le grand-père, alors jeune étudiant à Caen, amoureux de la belle Marion, riche héritière de la famille Du Val. Et puis nous suivons les aventures des petits-enfants de Marion, à la fois en Normandie, sur un bateau pirate, mais aussi au Mexique, dans la forêt et dans les geôles de l’Inquisition.
Vous trouvez que cela fait un peu beaucoup ? Je dirais que c’est un roman qui a le charme de la naïveté, qui raconte des histoires d’amour et de mort, et des retrouvailles invraisemblables, des cruautés inimaginables et des bontés inexpliquées. J’ai vraiment bien aimé ! On croise toute l’agitation du port de Rouen à la Renaissance, sa richesse et son agitation, le roi de France et un chef aztèque, le trafic de marchandises entre l’Ancien et le Nouveau monde.
Ce n’est pas très bien écrit, mais cela se lit très bien dans les salles d’attente des hôpitaux (croyez-moi). Cela distrait du méchant quotidien et c’est très rafraîchissant.

Les rires fusaient alors, les hommes d’équipage se donnaient de franches bourrades ou se tapaient allègrement sur les cuisses. Chaque bon mot, chaque nouvelle saillie chassaient des pensées plus funestes, des conversations obsédantes que les rires forcés n’arrivaient pas toujours à évacuer des esprits inquiets quand le soir venait, car l’enthousiasme du départ était déjà loin et bien malin était celui qui pouvait dire avec certitude s’il arriverait à destination. Ils n’étaient pas si nombreux encore ceux qui avaient franchi les océans et en étaient revenus pour conter leurs aventures.

Acheté par maman au salon du livre du Neubourg !
Panama, 800-1500, Femme et enfant, NY, Musée des Indiens américains.


lundi 30 septembre 2019

Voici une preuve de l’existence de l’existence de ce prince que je fus.

Jordi Soler, Ce prince que je fus, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, parution originale 2015, édité en France par La Contre Allée.

Parmi les soldats qui accompagnaient Cortes dans le Nouveau Monde se trouvait don Juan de Grau, baron de Toloríu, qui enleva Xipaguacin, une des filles de Moctezuma. C’est ainsi que la princesse se retrouva dans un village plein de brouillard de Catalogne. Et c’est ainsi qu’au milieu du XXe siècle, un noble décadent catalan put profiter de son état de dernier descendant aztèque pour lancer de grandes fêtes. Et il finit ses jours dans un bled paumé du Mexique, nous dit le roman.
En voilà une très agréable lecture ! Nous avons un court début de forêt et d’aventures, suivi de l’évocation de la vie de la princesse dans les brumes et les forêts de Catalogne. Et ce portrait réussi de l’aristocratie espagnole sous le franquisme (on croise Franco et Dalí), en quête de titres ronflants et de fantasmes d’outre-mer, se jetant à corps perdu dans les fêtes aztèques ou soi-disant telles, avec beaucoup d’alcool. Et le journaliste (le narrateur) s’entretenant des heures avec le descendant de l’empire, Son Altesse, alcoolique miteux, mais plein de noblesse quand même.
Il est question d’un homme qui parvient à se construire un destin en profitant de la crédulité, mais aussi des envies de rêves de ses concitoyens, le tout dans un franquisme barbant. C’est aussi une belle réflexion sur ce qu’est la noblesse. Difficile de ne pas penser au grand Concert baroque de Carpentier, qui s’étend longuement sur cette identité problématique entre Espagne et Mexique.

Un roman picaresque, plein de rêve et de folie, tout à fait réjouissant.
J’ai un bémol : c’est un poil trop… sage ? Il manque un petit quelque chose, un zeste de fantaisie ou d’épopée. La langue est sans doute un petit peu trop plate et le roman manque d’ampleur et se traîne un peu. Ce qui ne m’a pas empêché de prendre grand plaisir à ma lecture.

D. Rivera, détail d'une fresque, 1931 Moma.
Tout ceci a terriblement l’air d’un roman, malgré les références aux archives et à la presse et aux auteurs. Les sources sont plus borgésiennes que crédibles (pour moi, c'est un compliment, j'aime cette invention). Et pourtant ! Wikipedia m’indique que le fond est authentique. On croit rêver. Il semble même que le roman soit beaucoup plus posé que la réalité – parce que les nazis auraient cherché le fameux trésor caché !
Donc, sachez qu’a existé en Espagne un Ordre Impérial et Souverain de la Couronne Aztèque.

Son descendant, son héritier, son arrière-arrière-arrière rejeton, la chair de sa chair, cet étrange spécimen en qui s’incarnaient simultanément l’empire aztèque et la noblesse espagnole ou, pour le dire avec tout le dramatisme requis par ce concept, le conquis et le conquérant ; et c’était justement là, dans déchirure entre conquérants et conquis, que poussait la fleur, qu’affleurait la nouvelle géométrie, que fleurissait l’esprit de la princesse Xipaguazin et celui de don Juan de Grau, baron de Toloríu, qui guidaient le dernier descendant de cette invraisemblable lignée, représentée par cet homme qui avançait comme un possédé, avec ses lunettes noires et sa cape de plumes de couleur, de plumes de toucan, d’ara, de pie et de colibri, de perruche, de xoconaztli, de xirimicuil et xirimi cuatícuaro et de xirimiticuaticolorodícuaro.

Merci Babelio et La Contre Allée pour la lecture !



vendredi 9 septembre 2016

Destination PAL 2016 - fin

J’arrête le programme de lectures d’été. Il me reste encore du temps et des livres à lire, mais j’ai envie de zigzaguer dans ma bibliothèque, alors je balance la liste ! Je la retrouverai en juin prochain de toute façon.
Verdict de cet été ? J’ai pu enlever au moins quatre ou cinq livres de la bibliothèque (eh eh) et mes lectures m’ont emmenée tout autour du monde. Bizarrement j’ai eu l’impression de moins voyager que l’année dernière, alors que pourtant il est question de l’Islande et de Tahiti. La bizarrerie des impressions.
Les nouveaux rideaux du salon.
Quelques mots sur mes lectures :
D'Honoré de Balzac, j'ai lu plusieurs nouvelles, dont le superbe Chef d'oeuvre inconnu.
"L'autre classique" a été tenu par Hugo dont j'ai lu Mangeront-ils  dans le cadre d'une LC organisée par Claudia Lucia. Billet programmé pour le 20 septembre.
 Pas de billet sur Marcel Proust et ma relecture d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs ? Non, car je prévois un grand billet global sur la Recherche, quand je l'aurai relue en entier, disons dans un an et demi.
Beaucoup d'enthousiasme pour Solomon Gursky de Mordecai Richler. Je recommande vivement !
Et le très délicat La Douleur porte un costume de plumes de Max Porter.
J'ai enfin lu La Supplication, recueil de témoignages bouleversants de Svetlana Alexievitch auprès des survivants de Tchernobyl.
J'ai découvert Kristín Marja Baldursdóttir et sa saga islandaise avec une héroïne femme peintre. Cette lecture m'a passionnée (d'ailleurs la lecture du tome 2 est programmée pour octobre).
Des contes de fées napolitains dans une langue truculente ! Découvrez vite !
Le Jour des corneilles, magnifique et court roman du Québécois Jean-François Beauchemin.

Il y a aussi Raymond Chandler, Jane Austen, Jean Ballard, Jules Barbey d'Aurevilly et des choses un peu bizarres, comme une aventure portugaise en Éthiopie.

Une très douche écharpe en alpaga et une belle étole. Mes travaux d'été.

Je n'ai pas fait de billet sur L'Escadron guillotine, roman agréable, mais pas inoubliable. J'en dis ici quelques mots :
Guillermo Arriaga, L’Escadron guillotine, traduit du mexicain par François Gaudry, parution originale 1994.
Un roman aux accents farcesques sur un épisode de la guerre de Pancho Villa. Un petit homme instruit lui propose une arme formidable, apte à impressionner ses ennemis : la guillotine. Nous suivons les tribulations du héros, qui n’est ni grand ni fort ni révolutionnaire ni brillant. Une écriture plaisante, à la fois cynique et brillante.


Le tableau avec toutes, toutes, toutes les lectures et les liens vers les billets. Merci commandant Lili Galipette pour l'organisation de la croisière ! À l'année prochaine (j'entamerai donc la lettre C ! Youhou !) !





samedi 21 mai 2016

Petits pains farcis

Avez-vous lu Chocolat amer ? Ce roman mexicain est plein de cuisine merveilleuse et magique. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter quelques plats.
Aujourd’hui j’ai testé les petits pains farcis. Dans le roman, ils sont réalisés pour Noël, mais ne chipotons pas et faisons-nous plaisir.
Voici la recette telle qu’elle apparaît dans le livre :

Petits pains pour Noël

1 boîte de sardines
1 demi kilo de chorizo
1 oignon
origan
1 boîte de piments serrano (piment vert)
10 petits pains ronds (à faire soi-même ou à acheter ou des morceaux de baguette)

Hacher l’oignon. Faire frire le chorizo à feu très doux, bien cuit mais pas trop doré. On le sort du feu, ajouter les sardines sans la tête. Gratter les taches noires de la peau. Mélanger avec l’oignon, les piments hachés et l’origan moulu. Laisser reposer avant de farcir les petits pains.
On peut laisser une nuit pour que les pains s’imprègnent.
10 minutes au four.

 Je ne disposais pas d’authentique chorizo à couper en gros morceaux, mais seulement de chorizo de supermarché en fines tranches. Je ne l’ai donc pas fait frire. Je me rends compte d’ailleurs que j’ai mis nettement plus de sardines que de chorizo, beaucoup moins de piment et oublié l’origan ! En revanche j’ai sciemment ajouté de la tomate pour que l’ensemble ne soit pas trop sec. J’ai tout mélangé au mortier pour former une sorte de pâte.
J’ai laissé reposer les petits pains farcis toute une journée avant de les réchauffer.


Verdict : c’est très bon. Idéal pour accompagner une salade ou une soupe, selon la saison. À recommencer avec du vrai bon chorizo !

Laura Esquirel, Chocolat amer, roman mexicain de 1989.