Rebecca Solnit, L'Art de marcher, parution originale 2000, traduit de l'américain par Oristelle Bonis, édité en 2022 en France par L'Olivier.
Le rythme de la marche donne en quelque sort son rythme à la pensée. La traversée d'un paysage ramène à des enchaînements d'idées, en stimule de nouveaux. L'étrange consonance ainsi créée entre cheminement intérieur et extérieur suggère que l'esprit, lui aussi, est un paysage à traverser en marchant.
Philosophes grecs péripatéticiens, Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, participation de l'autrice à un pèlerinage dans le Nouveau Mexique, rapport des écrivains romantiques à la marche dans la nature, portrait du flâneur de Baudelaire, les passages de Paris d'Aragon à Benjamin...
La promenade au jardin permettait à ceux qui marchaient par plaisir de se distinguer de ceux qui marchaient par nécessité, ce pourquoi ils avaient à cœur de ne pas quitter les limites du jardin et se refusaient à voyager à pied.
J'apprécie le ton documenté et informé, mais aussi affectueux et ironique, ne se laissant pas conter par ceux qui vantent les bienfaits sans fin de la marche et qui oublient donc tous ceux et toutes celles qui ne peuvent pas marcher, quitte à les faire culpabiliser. Pas de glorification ici et une interrogation sincère sur certaines pratiques humaines.
Le livre est paru en 2000 et s'achève donc sur un constat assez désabusé sur les banlieues américaines, dépourvues de trottoirs et d'espaces publics. Je pense que si Solnit l'avait publié de nos jours, il y aurait un chapitre sur le come back de la marche (des applications de randonnées aux innombrables topoguides, sans oublier les indispensables « balades urbaines » aux thématiques variées qui fleurissent sur les sites des offices de tourisme de chaque ville) et un autre sur cette grande période de la marche empêchée, j'ai nommé les confinements de 2020 et 2021 (vous vous rappelez quand l'univers se réduisait aux trois rues à côté de chez nous?). À cet égard, le livre est agréablement complété par la lecture du numéro de juillet-août du magazine Les grands dossiers de sciences humaines, précisément sur la marche.
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| Marseille. |
Wordsworth ne fut certes pas le premier ni le dernier à marcher. Bien d'autres poètes romantiques se lancèrent aussi dans de longues randonnées, mais personne avant ni après lui n'a accordé à la marche la place essentielle qu'elle occupe dans sa vie et dans son art. Il a dû marcher tous les jours ou presque de sa vie, qui fut fort longue, et c'est en marchant de la sorte qu'il allait à la rencontre du monde et écrivait ses poèmes.
Sans que personne ait jamais défini de façon satisfaisante ce qu'est, au juste, un flâneur, parmi toutes les formes répertoriées de ce personnage, du flemmard invétéré au poète silencieux, il en est une qui s'impose avec force : celle du badaud nonchalant qui se promène seul dans Paris.
Solnit interroge à juste titre l'intérêt que l'on prend aux livres des marcheurs (Cognetti la semaine dernière ici même) : pourquoi les lire ? Pour le paysage raconté ? Pour les détails matériels des ampoules et des courbatures ? Pour la rencontre avec l'auteur ? Pour un peu tout ça ? On ne marche jamais vraiment pour rien, mais on valorise cette marche en apparence inutile. Rien n'empêche ensuite de se faire une petite bibliographie qui marche, avec non pas les livres des marcheurs, mais les romans : Ulysse de Joyce, Les Nuits de Rétif de la Bretonne, La Route McCarthy, Krasznahorkai, Nadja, sans parler de toutes les filatures des détectives.
Extrait de Nadja d'André Breton.
Vous l'aurez compris, j'aime marcher. J'ai commis des billets enthousiastes où il s'agit seulement de marcher le long de la mer. J'arpente également pas mal ma ville , Marseille, avec ses quartiers si différents les uns des autres. J'ai donc apprécié cette lecture.
Un livre lu essentiellement sur le canapé quand la chaleur écrasante empêchait absolument tout mouvement. Mes chevilles ont plus souffert de cette immobilité forcée que de toutes les marches dans les calanques.
Un livre lu par Keisha en 2013.











