La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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dimanche 24 novembre 2019

Jean d’Ypres

Pour quelques semaines, les billets touristiques seront des billets « monographies d’artiste » avec plein de photos et quelques faits (une autre façon de montrer mes photos de vacances). Nous commençons au XVIe siècle (vers 1500 plus précisément) et le parcours s’achèvera au XXe siècle. Nous parcourrons la France, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Belgique et les États-Unis. Et après, nous entamerons la visite de quelques musées remarquables (ou du moins de musées que j’ai visités).

Premier chapitre : Jean d’Ypres.
Le musée de Cluny consacre actuellement une exposition à Jean d’Ypres. Ou presque : l’exposition porte officiellement sur les coffrets à estampes.
Les quoi ? Les coffrets à estampes. Une série d’objets dispersés dans plusieurs musées qui pourraient se définir ainsi : un coffret en bois de hêtre, des lanières de cuir tout autour, une serrure, une logette secrète dans le couvercle qui était scellée et qui devait contenir… on sait pas quoi, et une estampe collée à l’intérieur du couvercle. On ne sait pas bien à quoi ces coffrets servaient : pas assez solides pour transporter des choses précieuses, tout à fait différents des contenants servant à transporter des messages. On suppose que la logette contenait une relique… On met l'existence de ces coffrets en rapport avec le goût immodéré du Moyen Âge pour les coffres à caches secrètes et à serrures compliquées. On suppose que le coffret servait à stocker des papiers, ou plutôt une image sainte, ou même un petit livre d'heures. On ne sait pas trop. Mais ce sont de très beaux objets, pleins de charme !
Un coffret avec une estampe de la Cène et un coffret avec une Vierge à l'enfant (BnF).

Et le rapport avec Jean d’Ypres ? Les estampes.
Jean d’Ypres est un artiste à la fois pas très bien connu, mais dont la production est très large. Si l’on connaît peu d’œuvres strictement de sa main (peinture, dessin), on sait qu’il a fourni de nombreux modèles à d’autres artistes. Des modèles pour des estampes dont le style et la composition se répètent, estampes que l’on trouve dans des livres, dans des coffrets ou des estampes indépendantes. On lui attribue des illustrations dans des manuscrits, plusieurs modèles de gravures, des modèles pour des vitraux, des modèles pour des tapisseries (dont les fameuses chasses à la licorne des Cloisters et la très fameuse dame à la licorne de Cluny), des modèles pour des ivoires.
Deux estampes d'après un dessin de Jean d'Ypres : La Flagellation et Le Christ apparaissant à Sainte Marie-Madeleine, gravures sur bois coloriées au pochoir, Bnf.

Une tapisserie avec Hercule tenant le lion de Némée par le poil (!), dont le modèle est peut-être dû à la main de Jean d'Ypres (musée des arts déco).

Les heures à l'usage de Rome, un livre d'heures minuscule et très précieux, commandé par la reine Anne de Bretagne. Les illustrations sont de Jean d'Ypres qui a donc d'abord été identifié comme étant le "Maître des très petites heures d'Anne de Bretagne". Ce sont les premières images de lui qui ont été bien identifiées par les historiens de l'art. Une petite merveille de la BnF.

Objet de dévotion en ivoire. Portement de croix et Crucifixion, d'après des dessins de Jean d'Ypres (musée des antiquités de Rouen).

Deux vitraux. Un Bourreau et un Portement de croix. On reconnaît bien la composition qui a servi pour le diptyque en ivoire. Ce modèle est aussi connu par l'estampe.
Les deux vitraux sont conservés à Cluny.

C'est chouette, non ?
Un article complet sur les fameux coffrets.
Il y a aussi à Cluny une exposition sur la broderie médiévale, ne la manquez pas si vous êtes à Paris. Et la semaine prochaine, place à un peintre espagnol.

samedi 7 janvier 2017

Au musée des Unterlinden de Colmar


Fin novembre j’ai eu la joie de découvrir la jolie ville de Colmar (en excellente compagnie). J’avais deux objectifs dans cette journée : voir l’exposition Otto Dix et voir le retable d'Issenheim de Grünewald. Vous l’avez compris, nous avons passé la journée au musée des Unterlinden.
Le matin, ce fut donc Otto Dix. Pas de photos mais ce n’est pas grave, courrez-y vite ! Je ne connaissais d’Otto Dix que les œuvres représentant les mutilés et les gueules cassées d’après la Première guerre mondiale. Mais l’expo montre l’œuvre de toute une vie : de nombreuses gravures et un immense polyptique montrant la guerre, le travail de Dix inspiré du retable de Grünewald justement et des peintures beaucoup moins connues (une Annonciation tout à fait terrifiante). L'exposition se tient jusqu'au 30 janvier, allez-y !
Le midi, ce fut jambonneau braisé au munster (hors musée).
L’après-midi, ce furent les collections permanentes du musée. Tout d’abord, les peintures de Martin Schongauer, de son entourage et d’artistes contemporains qui lui furent contemporains. Les couleurs sont là devant nous, éclatantes et pleines de vie. Le dessin est expressif et des œuvres au sujet rebattu sont pleines d’inventions. C’est vraiment magnifique.

Martin Schongauer et son entourage, Annonciation, vers 1480, où Gabriel est escorté par quatre lévriers (c'est vraiment original) qui ont des noms de vertus (bon, ok). Et ces murs roses ?

Martin Schongauer et son entourage pour ce très beau Noli me tangere. Admirez le Christ tout de rouge vêtu (je suis en train de lire Rouge de Pastoureau) et le très charmant jardin de l'arrière-plan.




Deux photos d'un retable peint par des artistes non encore identifiés, dans la région de Colmar, à la fin du XVe siècle. Un homme active le feu qui servira à faire bouillir Saint Jean et sur un autre panneau le bourreau (vêtu de vêtements rayés #PointPastoureauBis) essuie sa lame après avoir tranché la tête de Saint Jean-Baptiste.

Et enfin, le maître, Matthias Grünewald (un artiste très aimé par Huysmans). Le retable d'Issenheim est immense et spectaculaire. Sur sa croix, le Christ montre une chair martyrisée et souffrante, comme un pauvre homme qu’il est. Et sur le volet de la Résurrection, il jaillit en technicolor (ces couleurs ont-elles réellement 500 ans ?) comme le dieu véritable qu’il est.



Même retable (il est immense,  je ne mets que quelques photos, mais visitez la page Wiki pour tout voir) : la tentation de Saint Antoine avec ses monstres et ses couleurs psychédéliques. Que tout cela est effrayant et extraordinaire !

Le musée des Unterlinden est un ancien couvent, ne laissez pas votre manteau au vestiaire, car il n’y fait pas chaud !