La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 28 janvier 2020

Les cow-boys sont la preuve vivante que les Indiens enculaient les bisons.

Glendon Swarthout, 11h14, traduit de l’américain par F. M. Watkins, parution originale 1979, réédité en France par Gallmeister.

Le narrateur est auteur de romans pour enfants, à New York. C’est un dandy élégant, qui aime bien la tranquillité de sa vie. Sauf que son ex-femme lui demande d’enquêter sur son passé, des histoires de procès et de meurtres dans une petite ville du Nouveau-Mexique, sachant qu’un précédent amant y a déjà laissé la peau.

Tu peux chercher ta foutue identité foutrement seule. Je ne vais plus perdre mon temps à ta place. Moi, je sais qui je suis. Je suis B. James Butters ! Moi, je bande pour la vertu. Je déteste le mal et je ne m’y vautrerai pour personne. Pour conclure… Je suis un être humain honnête et j’ai le droit de vivre dans un monde honnête, or le tien ne l’est pas.

Bien sûr, il y a le récit du passage du far-west à la civilisation, dans les années 1910, du lynchage au procès en bonne et due forme, qui ne se fait pas très facilement. On a encore pas mal pendu dans ces marges des États-Unis. Il y a aussi le récit de l’enquête menée par le narrateur dans les années 70 avec son lot de squelettes et de tombes vides. À cela s’ajoute une histoire d’émigration clandestine. Il y aura une famille détruite et une jeune femme qui ne s’en remettra pas.
Mais c’est surtout la rencontre cocasse entre un écrivain new-yorkais (aujourd’hui ce serait un bobo) et ce monde dingue où les hommes se croient obligés de porter des chapeaux de cow-boy, même dans l’avion. Le héros a trop vu de films, mais n’a jamais mis les pieds là-bas, loin de toute civilisation à son sens, au milieu des serpents à sonnette. Or le voici dans une ville qui commémore son passé de violence comme un moment fondateur.
Ici le héros écrit des livres pour enfants et les bibliothécaires sont des héroïnes. C’est l’histoire d’un homme qui se revendique immature pour écrire des romans pour enfants et qui découvre le monde vraiment très laid des adultes. Le tout est raconté avec cynisme et autodérision. Et beaucoup d'humour et d'intelligence.
Ce fut un grand plaisir de lecture, avec pas mal de clins d’œil au western, un genre que Swarthout maîtrise très bien.
 
E. Hicks, Le Royaume de paix, 1833, Brooklyn museum.
Tremaine se donnait du mal pour ressembler à un ÉDITEUR – costumes de Savile Row, coupes de cheveux à trente dollars, vodka Comte Vronski –, mais ce n’était qu’une façade. Derrière l’homme se cachait une obscénité vivante. Le genre de type qui s’imagine qu’il pisse du Perrier.
  
- Qui est la commère du coin ?
- Ça, c’est facile. Millie Mills.
- Millie Mills ?
- Elle a vécu ici toute sa vie, elle sait tout sur tout le monde. C’est notre bibliothécaire municipale.
- Une bibliothécaire !
- C’est ça.
LES BIBLIOTHÉCAIRES.

Swarthout sur le blog:

Le wikipedia anglophone résume très bien ce que j'aime chez ce romancier : "all of Swarthout's novels are infused with a sardonic spirit usually in respect to examples of the cruelty and viciousness of which man is capable."



8 commentaires:

  1. une bonne âme me l'a prêté et je l'ai rendu sans l'avoir lu, j'ai comme un remord là maintenant

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    1. C'est un auteur que j'aime bien. Je pense que Homesman et Bénis soient... te plairaient ! (peut-être même plus que celui-ci)

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  2. Je n'ai lu que Le tireur (c'était bien)

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    1. J'ai assez envie de le relire, pour être honnête !

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  3. Ce genre de ton peut vraiment me plaire! Noté!

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    1. C'est un très bon auteur et ce roman est très réussi.

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  4. Ce que tu en dis me plaît ! Un Style coup de poing, à ce que je vois. J'aime à priori !

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    1. C'est assez énergique oui ! Je pense que tu aimerais Homesman et Bénis...

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