La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 26 avril 2011

Là, c'est du vécu


Je suis absente de chez moi pour quelques jours (et qu'on ne me parle pas de vacances, S. V. P.), je vous laisse en compagnie d'André Chénier avec ce poème très personnel :

Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile
De Douvre ou de Tanger fond la route mobile,
Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant
Le passager languit malade et chancelant.
Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante
Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,
Et son cœur nage et flotte en son sein agité
Comme de bonds en bonds le navire emporté.
Il croit sentir sous lui fuir la planche légère ;
Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère
Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots
Inonde les tapis destinés au repos.
Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage :
Stupide, il a perdu sa force et son courage.
Il ne retrouve plus ses membres engourdis.
Il ne peut secourir son ami ni son fils,
Ni soutenir son père, et sa main faible et lente
Ne peut serrer la main de sa femme expirante.


Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres, couché souffrant, le 6. Écrit à Londres, le 10 décembre 1787.



 Ah, les navigations au XVIIIe siècle étaient périlleuses et inconfortables. Et les personnages héroïques qui habitent les marines de Vernet semblent une pure légende, vus depuis la cale du bateau.

Claude-Joseph Vernet, Tempête, 1735-1740, Paris, musée du Louvre, cliché RMN.

André Chénier,  poème sans titre extrait d'Œuvres poétiques, Paris, A. Lemerre, 1874, tome 2, p. 216.

Et vous aurez un petit entrefilet (obligé) vendredi...

2 commentaires:

  1. On aura rarement aussi bien décrit le mal de mer ! Magnifique !
    Mais on se sent mieux sur la terre ferme.
    Bonne journée !

    RépondreSupprimer
  2. J'avoue que j'ai beaucoup aimé ce poème. Surtout le contraste qu'il offre avec les pages que Diderot consacre aux marines de Vernet où il en fait des tonnes sur les naufragés qui s'abandonnent au désespoir, ceux qui soutiennent les femmes et portent les enfants et ceux qui prient et remercient la Providence. Diderot n'a jamais mis les pieds sur un bateau je crois.
    Bonne journée également.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").