La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 1 mai 2014

Les boulevards paraissent courts, lorsqu’en s’y promenant on promène ainsi son ambition à cheval sur la fantaisie.


Honoré de Balzac, Le Cousin Pons, 1847.

Lu enfin ce pendant à La Cousine Bette, pour la série des « parents pauvres », qui met en scène un collectionneur.
Pons est un homme resté seul et sans famille, qui a pour seul ami le pianiste Schmuke et a constitué au fil des ans une collection d’art tout à fait magnifique, mais restée cachée. Au moment de son agonie, les stratégies de sa logeuse et de vagues cousins se croisent pour mettre la main sur ce trésor.

Le génie est tellement visible en l’homme, qu’en se promenant à Paris, les gens les plus ignorants devinent un grand artiste quand il passe. C’est comme un soleil moral dont les rayons colorent tout à son passage.
(Balzac modeste)

C’est un roman qui est très noir, avec peu de personnages portant l’espoir. Les bons cœurs sont un peu simples et se font avoir, les audacieux et les cruels font leur nid. L’horizon se ferme inexorablement pour les braves gens. Même Popinot, héros sympathique de César Birotteau, apparaît comme soumis à la rumeur et à la convention sociale. Par ailleurs, Balzac met un scène un peuple d’accapareur : de la logeuse au ferrailleur, au juif collectionneur, en passant par l’homme de loi un peu raté. Le récit des funérailles fait écho à celui du Père Goriot : un cadavre peut encore rapporter. À cause de cette tonalité sombre, le livre m’a moins plu, je n’aime pas vraiment quand la catastrophe est aussi prévisible. De plus, les considérations antisémites de Balzac m’ont lassée, ainsi que le personnage de la logeuse qui serait très bien sur une scène de théâtre, mais dont les monologues ont eu sur moi le même effet que sur Pons : la fatigue.
Daumier, L'Amateur, vers 1860-65, New York, Metropolitan Museum

Cette fin, digne de ce scélérat, prouve en faveur de la Providence que les peintres de mœurs sont accusés d’oublier, peut-être à cause des dénouements de drames qui en abusent.

J’étais également curieuse de voir le personnage du collectionneur : Balzac le présente en quasi fou, maniaque, trouveur de trésors inconnus (on sait bien que l’auteur n’y connaissait rien en la matière). La collection est une « Bricabraquologie » et Du Sommerard (créateur du Musée de Cluny !) est le « prince du Bric-à-Brac ».

Ce roman relève parfaitement de la théorie défendue dans le préambule de la Condition humaine (dont je vous parle bientôt) : la vie en société est une lutte impitoyable où il faut absolument exploiter ou tuer son prochain. Je préfère décidément La cousine Bette !

Le jeune avocat sans causes, le jeune médecin sans clients sont les deux plus grandes expressions du Désespoir décent, particulier à la ville de Paris, ce Désespoir muet et froid, vêtu d’un habit et d’un pantalon noirs à coutures blanchies qui rappellent le zinc de la mansarde, d’un gilet de satin luisant, d’un chapeau ménagé saintement, de vieux gants et de chemises en calicot.
  




4 commentaires:

  1. J'adore la comédie humaine ! malheureusement, je ne les ai pas tous lu ! Je l'ai dans ma PAL . Et la cousine Bette aussi, il faut que je le lise ! Dans le père Goriot, on voit aussi que la vie est une lutte de chaque instant...

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  2. Oui mais le père Goriot est plus optimiste, je trouve, Rastignac a de l'avenir et on sait que ce n'est pas perdu pour lui. Mais ici, l'histoire est close et tout est fermé.

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  3. Moi aussi je trouve ce roman très noir et, de ce fait, je l'aime moins que d'autres.

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    1. Je voulais le lire car je savais qu'il s'agissait d'un collectionneur et ce sujet m'intéresse mais j'avoue que j'ai trouvé ça pénible.

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