La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 8 octobre 2014

On ne parle jamais de ce genre de choses. On se contente de s’en occuper.

Glendon Swarthout, Homesman, traduit de l’américain par Laura Derajinski, parution originale 1988, lu chez Gallmeister.

Séduite par Le Tireur, je me suis lancée pleine d’entrain sur ce volume sans trop regarder de quoi il s’agissait.
Nous sommes dans l’Ouest, dans une région que l’on appelle le Territoire, qui est en pleine construction. Des hommes arrivent pour mettre une terre en culture, se construire une maison en terre et fonder une famille. Il leur faut pour cela faire venir des femmes depuis la ville. Mais l’hiver est rude, les maladies nombreuses, les loups errent, la misère règne et la vie est dure, trop dure. De nombreuses femmes deviennent folles. En l’absence d’asile, la seule solution est de les ramener à leur famille, en les mettant dans un chariot, pour un voyage en sens inverse. C’est le récit d’un de ces voyages : quatre femmes devenues folles menées par une maîtresse femme et un homme sans morale payé pour le travail.

Son seul juron était « Mince ». Il était respecté pour la longueur des trajets qu’il effectuait, il était estimé pour la  brièveté de ses prières et de ses sermons.
C. Lesueur, Tyawapatia Bottom ou Commercetown, XIXe siècle,
Château de Blérancourt, image RMN.
Littérairement, c’est une réussite. Mais c’est extrêmement violent et déprimant. La question de quoi faire d’un proche devenu fou m’est un peu trop familière et j’ai eu une vraie répugnance pour avancer dans le livre. Pourtant, c’est extrêmement intéressant. Loin de l’épopée mythique, le roman décrit la dureté de la vie. Les matériaux sont rares, car tout doit être amené depuis la ville. Les maisons sont en terre, les vêtements taillés dans des sacs de toile et chacun est affreusement seul. Pendant ce temps, à cinq semaines de voyage de là, une dame a une robe à crinoline. Le récit met l’accent tour à tour sur le point de vue des hommes et des femmes, les premiers sont les possesseurs, les secondes semblent des victimes innocentes, mais l’incompréhension la plus totale sépare les deux sexes. 

C’est l’envers du monde des pionniers, décrit de façon très concrète. Avec des salauds finis, des minables, des petits malins et des gens bien en minorité. Pas plus d’espoir que de désespoir, le pays avance. La force du livre vient qu’il ne s’étend pas sur la passion des grands espaces ou l’ivresse d’un pays nouveau, mais qu’il considère les individus en bien et en mal, même si les solitaires sont les plus intéressants. Les phrases sont brèves, ciselées et ne font pas de détour.



Il poussa les mules d’un pas vif, le fleuve à sa droite et, à sa gauche, une série d’établissements avaient jailli de terre afin d’équiper les migrants qui partaient pour l’Ouest et n’emportaient avec eux qu’un peu d’argent et leurs vêtements sur leur dos. On trouvait des terrains pour entreposer les chariots, des forgerons, des enclos pour le bétail et les bœufs, des corrals pour les chevaux et les mules, tous faisant également office de bureaux d’administration des terres.

Si vous en avez dans le ventre, je vous le conseille vivement !


8 commentaires:

  1. Un juron un peu court, alors qu'il y a de si beaux mots.....

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    1. Ben oui, mais c'est le pasteur, alors faut lui pardonner.

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  2. jolie aquarelle, j'ai parcouru en diagonale ton billet Homesman attend sagement son tour dans la liseuse

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    1. Je comprends, je ne lis pas les billets quand j'ai prévu de lire le livre !

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  3. J'ai vu l'adaptation en film je l'ai trouvé un brin étrange mais découvrir l'envers du décor de la conquête de l'ouest était intéressant

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    1. C'est en effet un point de vue très original, ça change.

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  4. J'ai vu le film mais je n'ai pas encore lu le livre, le film a quelques scènes extrêmement violentes et dérangeantes, ça m'a mis mal à l'aise.
    Je viens de finir "Le tireur", j'ai beaucoup aimé.

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    1. Oui, Le Tireur est vraiment réussi ! Celui-ci aussi, mais il faut avoir des tripes.

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