La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 5 mai 2015

Nous sommes contraints à un repli stratégique pour ne pas tous périr.

Miguel Haler, Moi, Joseph l’Alsacien soldat français de la Grande guerre, 2014, éditions Ginkgo.

Il ne s’agit pas d’un roman, mais du témoignage que Joseph a laissé dans des carnets, retravaillé par son petit-fils.
Cette famille d’Alsaciens s’est installée dans les environs de Belfort après la défaite de 1870 pour rester dans le giron de la République. Le jeune homme est donc particulièrement sensible au patriotisme, sans être d’un nationalisme échevelé. Ses carnets nous racontent son engagement, la formation dans la caserne, la découverte du feu, la mort des camarades les uns après les autres. On trouve dans ce témoignage des détails de la vie concrète au front : les armes, les rats qui dévorent les cadavres, l’importance du tabac, les amitiés de la guerre… Les signes qui annoncent une prochaine offensive ne trompent : l’état-majeur fait entrer des cercueils tout neufs, les régiments africains – la chair à canon – sont arrivés de la veille. Les soldats sont courageux et se battent pour défendre un territoire occupé, mais dénoncent l’incurie et l’incompétence des donneurs d’ordre : les pantalons rouges, les casque qui mettent des semaines à arriver, les armes trop lentes et à la portée trop courte, les fusils à lunette dont l’armée ne se dote qu’en 1915, l’absence de stratégie réelle. Les vies ne coûtent pas cher et sont gâchées en pure perte.
EL Gillot, Poste de secours, Champagne 1916, Musée de l'Armée, RMN
Quant à moi, je devais me faire à cette réalité. J’avais bien compris que sur terre nous n’étions que de passage, mais dans ces conditions, avec la guerre, je trouvais que pour certains, le passage devenait vraiment rapide.

Ce livre est donc vraiment très intéressant en donnant le tableau complet de la vie au front et des combats effarants qui ont duré quatre ans. C’est un récit vivant et sensible, le lecteur se sent proche du narrateur. Après guerre, Joseph n’ira pas s’installer en Alsace, ce petit bout de pays aura coûté bien trop cher.
Petit bémol : des répétitions et un vocabulaire quelque peu stéréotypé. Je ne sais pas s’il faut l’attribuer au grand-père ou au petit-fils qui a réécrit le texte en l’affaiblissant (je soupçonne la seconde hypothèse). Cela ne m’a pas empêché de le dévorer en une après-midi. Ces témoignages presque bruts sont toujours frappants et émouvants, criants de vérité.

Il était si brave, mais il trichait toujours aux cartes, fait Rotule, abasourdi en évoquant ce souvenir si futile mais pourtant si présent.

Merci aux éditions Ginkgo pour cette lecture.
L’avis de Keisha.



2 commentaires:

  1. J'ai eu aussi quelques bémols sur l'écriture (ou la réécriture) mais une fois dedans c'est passionnant et ça sonne vrai!

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").