La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 1 juillet 2015

L’homme est une expérience, les animaux en sont une autre.

Mark Twain, Quand Saton raconte la terre au Bon Dieu, traduit de l’américain par Bernard Grasset, publié aux États Unis en 1962, textes écrits on ne sait pas trop quand, édité en France chez Grasset.

Ce volume a été constitué après la mort de Twain en piochant dans l’énorme masse de manuscrits laissés par l’écrivain. Il ne présente pas vraiment d’unité – ou comment des éditeurs peuvent gâcher l’œuvre d’un auteur.
Bref.

Une bonne partie des textes relève de la satire contre la religion, notamment chrétienne, et contre la supposée morale. C’est extrêmement brillant. Je suis moi-même athée, mais très vite agacée par l’anticléricalisme primaire. Mais Twain livre un discours décapant, extrêmement construit, plein d’humour et d’intelligence. J’apprécie d’autant plus ses réflexions sur les premiers pas de l’humanité – supposément en suivant le récit biblique. Les textes s’inscrivent dans la lignée du Journal d’Adam qui est une merveille d’humour, qui montre tout l’attachement que Twain a pour l’être humain et où Adam est un grand dadais sympathique. Nous retrouvons ici quelques pages du journal d’Ève, de Noé, de Mathusalem, de Sem. L’auteur prend au pied de la lettre certaines mentions bibliques : l’âge de Mathusalem, trop jeune pour se marier à 60 ans, Noé contraint de sauver tous les animaux et donc envahi par les mouches et les virus – et refusant de sauver les dinosaures ou encore le rôle indispensable de l’huître dans la Création de l’homme. Cette fausse naïveté est à la fois plaisante et ravageuse.
La critique contre les institutions est féroce, ainsi que celle contre les certitudes, les habitudes sociales, mais le regard amusé ou touché par ce pauvre être humain pas très dégourdi reste là. Plusieurs textes s’en prennent aux divers conflits religieux qu’a connus l’humanité.
 
Goya, Moine prêchant, 1820-24, Munich,
Neue Pinakothek, RMN.
Je trouve que souvent les textes de combat politique ont vieilli. Je suis frappée du contraire dans le cas de Twain. Les pages dénonçant le va-t’en-guerre des États Unis contre les Philippines, contre la pudibonderie s’adresse à toutes les époques. Ces textes courts sont extrêmement construits. Il est difficile d’isoler une ou deux phrases, car l’humour réside sur une narration finement amenée, tournant lentement vers l’absurde. C’est tout l’art de mettre en situation.

Ensuite… il y a un texte brillant, très juste et plein de mauvaise foi au sujet de La Terre de Zola (que j’ai scanné et que vous pouvez lire), des textes sur Londres et ses monuments, une parodie des conseils de bonnes manières à tenir en cas d’incendie.

Noé et sa famille furent sauvés, certes, mais ils ne se sentaient pas à l’aise : ils étaient pleins de microbes. Ils en avaient jusqu’aux sourcils, ils en étaient gonflés comme des ballons, obèses, distendus. C’était une situation déplaisante, mais inévitable, parce qu’il important que fût assuré le salut d’une quantité de microbes suffisante pour transmettre aux futures espèces humaines des maladies dévastatrices, et il n’y avait que huit personnes à bord pour leur servir de pension de famille.

4 commentaires:

  1. Le teste sur "La terre" est fameux !!! :)

    RépondreSupprimer
  2. Merci Nathalie pour le commentaire sur Zola
    et pour ce texte sur Mark Twain que je vais lire ... Un jour un jour c’est sûr ! Ysa

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Au moins tu connais quelqu'un qui peut te le prêter !

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").