La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



dimanche 6 décembre 2015

Humeur de morue

Photo prise de pêche à la morue à Percé en 1925
Le mois Québec en Novembre de Karine est terminé, mais moi j’ai encore des choses à vous raconter à propos du Québec.
Aujourd’hui, la morue (et les baleines, un peu aussi).

On retient en effet le nom de Jacques Cartier pour avoir « découvert » le Saint-Laurent et le futur site de Montréal. C’est faire bon marché des populations autochtones, mais également des pêcheurs européens qui fréquentaient la zone depuis bien longtemps. En effet, à cause du Carême et des différentes périodes de jeûne imposés par le calendrier chrétien, l’Europe avait des besoins très importants en poisson. Les pêcheurs au fil des siècles partirent de plus en plus loin à la recherche de nouveaux bancs, en particuliers de bancs de morue, un poisson qui se conserve très bien salé ou fumé.
C’est ainsi que les pêcheurs bretons et normands parvinrent jusqu’au large de Terre-Neuve et sur les côtes de Gaspésie bien avant l’arrivée de Cartier. Ils se contentaient de passer chaque année quelques semaines ou quelques mois dans la région et repartaient avant l’hiver. Les Micmacs ont donc eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises les Européens avec qui ils échangeaient, par exemple des peaux contre des outils.
Bien sûr, avec la création des colonies anglaises et françaises et ensuite des Etats-Unis et du Canada, la pêche à la morue prit un essor colossal, jusqu’à épuiser les bancs.
Nous avons ainsi appris qu’au XIXe siècle plusieurs compagnies de pêche à la morue installées en Gaspésie venaient de Jersey. Sur l’île Bonaventure était installée la maison du représentant de la compagnie Le Boutillier, venu de Jersey pour administrer ce petit domaine. Ce gérant était certainement le personnage le plus important de la région, de lui dépendait la vie de bien des familles.
Ile Bonaventure. La maison du gérant de la compagnie Le Boutillier
Le bureau du gérant de la compagnie
Nous avons aussi visité un Magasin général reconstitué à l’Anse-à-Beaufils (tout près de Percé et de l’île Bonaventure). Attention, nous sommes loin de la BD du même nom ! Le Magasin général appartenait en effet à la compagnie de morue qui « avançait » aux pêcheurs tout le nécessaire pour vivre pendant l’hiver (nourriture, graines, engrais, vêtements…) à charge pour eux de « rembourser » en tonnes de morues pêchées. On ne sortait jamais de ce système d’endettement à vie.



Des rangements fonctionnels avec des tiroirs en hauteur qui basculent pour montrer la marchandise au client.

C’est un endroit très agréable à visiter, car animé par des bénévoles qui jouent pour les visiteurs les scènes entre le pêcheur et le patron du magasin ou avec les employés. La famille qui est propriétaire du lieu a reconstituer un authentique magasin général avec tout le bazar qui y était vendu : conserves, sacs de farine, vêtements, chaussures, outils, raquettes, traineaux, etc.


Un pêcheur réclamant quelques provisions au gérant du magasin (venu de Jersey) et la remise aux outils.

Et les baleines dans tout ça ? Il faut se rendre à Trois-Pistoles où très tôt des basques ont utilisé une petite île au large lors de leurs campagnes de chasse à la baleine en été. Sur la baleine on récupérait l’huile, les os, les fanions. Là encore, les premières implantations étaient saisonnières avant de devenir définitive. Des restes archéologiques ont été découverts sur l’île aux Basques et sont exposés dans le petit musée local. Aujourd’hui, tout est basque à Trois-Pistoles, une ville que les Québécois connaissent pour sa fromagerie ! Il y a aussi un terrain pour jouer à la pelote (basque bien sûr).


Des sceaux de communes basques avec des représentations de baleine, dont les reproductions sont présentées à Trois-Pistoles. Et une vue de l'Île aux Basques. 


Instructif, non ?

Tous les billets sur le voyage au Québec : présentation générale ; les Escoumins et les baleines ; le tour de la Gaspésie ; l'île Bonaventure et le rocher Percé.


2 commentaires:

N’hésitez pas à me raconter vos galères de commentaire (enfin, si vous réussissez à les poster !).