La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 23 février 2016

Mais un pirate de quelle trempe ?

Aaron Smith, Les Atrocités des pirates, traduit de l’anglais par Laura Brignon et Frantz Olivié, suivi d’une Enquête par Frantz Olivié, édité par Anacharsis en 2014.

Lecture à ne pas louper pour tout amateur de pirates et de romans policiers !

Le livre comprend deux parties.
Dans la première, Aaron Smith raconte son histoire – son histoire vraie – dans un texte paru à Londres en 1824. Marin, il fut capturé par des pirates au large de Cuba, qui le contraignirent à participer à leurs activités. Smith raconte toutes ces aventures, puis comment il parvient à s’échapper et comment la justice anglaise le poursuivit pour piraterie et comment il fut acquitté. En dépit du caractère extrêmement embrouillé du récit, on en apprend pas mal sur le fonctionnement de la piraterie dans cette zone avec tout le personnel et la logistique de ce secteur d’activité.
Dans la seconde partie, Frantz Olivié enquête. Il se penche sur la vie de Smith, sur le déroulement des différents procès et fait des hypothèses pour savoir si oui ou non ce garçon fut un pirate contraint ou parfaitement enthousiaste. C’est à ce moment que nous basculons dans le policier historique. J’aime lire les enquêtes historiques (comme celle du premier meurtre commis dans un train anglais) qui valent bien les meilleurs romans policiers dans leur quête du petit détail. Difficile en l’occurrence de ne pas penser à Hercule Poirot reprenant l’ensemble des éléments connus à la fin d’un roman pour proposer un nouveau récit et une autre interprétation, de façon à ce que le lecteur n’ait qu’une envie : relire le texte de Smith ! Le livre refermé, on se trouve en face de trois histoires : celle de Smith, celle de ses accusateurs et celle d’Olivié – la plus tentante bien sûr.

S. Fosso, Le Pirate, 1997, Centre Pompidou, RMN.
L’enquête d’Olivié n’est pas non plus sans faire penser à certains textes de Borges ou le Cabinet d’amateur de Perec dans sa faculté à s’insérer en travers des archives, de la presse et du témoignage premier – mais il s’agit là de la base du travail de reconstitution qui tisse le récit faisant le lien entre des archives souvent aride. L’histoire et la littérature vont de concert.
Vous l’aurez compris, cette lecture pleine de suspense est passionnante. En l’occurrence le terme « jubilatoire » n’est pas usurpé.

Le récit qui va suivre est si plein de détails exposés avec la plus grande minutie, les actes de barbarie sans exemple dont M. Smith fut le témoin et dont il eut à souffrir au cours de sa captivité chez les pirates de Cuba sont rapportés avec tant de clarté qu’il pourrait paraître superflu de distraire le lecteur avec une préface.




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