Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

vendredi 16 septembre 2016

On dirait qu'il avoue qu'il revient de Pontoise.

Georges Darien, Bas les cœurs, parution originale 1889, aux éditions de Londres.

Excellent petit roman sur la guerre de 70.

Le narrateur, Jean, est un garçon de 12 ans qui vit avec sa famille à Versailles. Et il nous raconte avec son point de vue d'enfant les évènements auxquels il assiste : l'enthousiasme patriotique pour la guerre, le départ de l'armée française sous les flonflons. Il est ravi par le défilé des uniformes et des chevaux et grâce à de petits drapeaux s'apprête à suivre l'avancée des troupes jusqu'à Berlin. Puis ce sont les rumeurs les plus contradictoires, la propagande toujours ronflante, l'entrée et l'installation de l'armée prussienne à Versailles. La guerre est un spectacle plein de fracas à 12 ans.

Il faut voir comme on se moque, maintenant, du roi de Prusse, de son fils - notre Fritz - et de ses généraux ! Quant aux simples Prussiens, ce sont des misérables qui meurent de faim ; mais la France est toujours charitable : lorsque nous les aurons vaincus - et le jour de la victoire est proche - nous ouvrirons une souscription pour les nourrir.

P. Andrieu et A. Bry, Guerre de 1870-71, 1870, BNF, RMN.

Mais il raconte aussi des événements qu'il comprend mal : son père criant qu'il faut tuer tous ces Prussiens, mais qui s'accommode très bien de leur présence. Il en va ainsi du grand-père et de la sœur, et des voisins. Tous ces comportements contradictoires sont bien étonnants. Il y a aussi un personnage louche, un juif, type même de l'intrigant et du profiteur. L'intérêt est bien évidemment que cela soit un enfant qui raconte, sans point de vue surplombant, ne comprenant des aléas politiques que ce qu'en disent les adultes, ces lâches et ces hypocrites.
Les romans centrés sur la guerre de 70 ne sont pas très nombreux (merci Zola et Maupassant), celui-ci ne s'intéresse pas aux combats, mais à l'état d'esprit des bourgeois français. J'ai pu trouver qu'il y avait un manque de vraisemblance, car on imagine mal qu'un seul petit garçon soit témoin de tous ces événements à la fois et puisse donc changer à ce point d'opinion, mais après tout, nous sommes à Versailles, lieu de l'occupation prussienne et centre de la lutte contre la Commune.
Bien sûr on ne peut que songer à la Seconde guerre mondiale, à l'Occupation allemande et à la Collaboration.

Et elle se reprend à pleurer.
- Oui ! Tout perdu !... Nos affaires allaient si bien... Et dire qu'il ne me reste plus rien ; rien, pas même un mouchoir pour m'essuyer les yeux !...
Prenez le pan de votre chemise, alors.
Et la morale ?

Embêtant !

2 commentaires:

  1. c'est vrai que cette guerre n'est pas la plus représentée dans la littérature!

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    1. Ou alors des oeuvres pas très connues. Mais les épopées napoléoniennes et de la WWI semblent l'écrabouiller un peu.

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