La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 12 décembre 2017

L’espoir était bon, mais l’âne l’a mangé.

Alexandre Papadiamantis, La Fille de Bohême, traduit du grec par Karine Coressis, parution originale 1884 en feuilleton, édité en France chez Actes Sud.

Un beau roman.
Dans un prologue il est question d’une grotte où l’on a découvert des statues antiques. Dans le premier chapitre on voit un bandit sauver une petite fille de la mort. Ensuite le roman démarre. On est en 1453, en Laconie, les temps sont troubles : les Turcs assiègent Constantinople qui ne va pas tarder à tomber et le pape répugne à secourir ces chrétiens pas catholiques. Aïma, une jeune fille, élevée au milieu d’une famille de bohémiens, se retrouve bientôt obligée de fuir des individus qui la pourchassent…

Jamais je ne me suis reposé sous le soleil, car j’en suivais toujours la course. Les astres brillaient au ciel ; mes yeux restaient ouverts sur la terre. Les vents soufflaient des quatre points cardinaux ; je courais avec eux. Les nuages étaient gros d’averses ; je ne cherchais point d’abri. La neige était épaisse sur les montagnes ; je n’allumais pas de feu. La foudre menaçait dans l’éther ; ses flammes ne m’arrêtaient pas. Les hivers enveloppaient la terre d’un manteau de glace ; je ne réchauffais pas mes doigts. Les narcisses fleurissaient dans les prés ; je ne respirais pas leur parfum.

C’est un excellent roman ! Un peu saga, un peu roman d’aventure, un peu philosophicotruc, c’est vraiment bien. Les personnages sont variés : un couvent de nonnes, un jardinier retors, la famille de bohémiens, des moines philosophes ou se croyant tels, des bandits et un chien nommé Homo. Chacun de ces personnages secondaires a d’ailleurs son moment, comme au théâtre, pour déployer toute sa personnalité. Encore une fois le succès est assuré par le narrateur. Il nous décrit un paysage idyllique, fait de soleil, de mer et de romarin, tout en précisant que les personnages ont d’autres préoccupations. Il nous donne la clé du complot, ou même deux ou trois, en indiquant que cela n’a aucune importance. Et il a raison : ce qui compte est bien cette exploration de la Grèce rurale et pauvre, en proie aux rumeurs et aux présages, qui chemine de village en village. Et cette histoire qui commence dans une forge de bohémiens et dans un petit bar isolé. La sorcellerie, les mythes, les légendent ne sont pas très éloignés.
Les ruines de la Grèce (non mais ce sont des plâtres - Villa Médicis) M&M

La langue est un peu précieuse, mais sans excès, et élégante. Il y a enfin beaucoup d’humour et d’ironie de la part du narrateur qui met en scène des dialogues improbables, où rien n’est dit, où les personnages ne s’entendent pas.

Ne te laisse point chatouiller par l’aiguillon de la chair, car tu sombrerais aussitôt dans le péché. La fantaisie engendre le désir et le désir l’expérience du péché accompli. Or les sortes de péchés sont nombreuses et se subdivisent en des catégories variées. Coquetteries licencieuses, œillades, ondulations lubriques, souffles brûlants, soupirs, frôlements, pétrissages, baisers ardents, pincements, embrassements, frottements, étreintes, ébats, succions, titillations tactiles et glottinages, tribadismes, turpitudes selon la nature, turpitudes contre nature, incestes, chevauchées bestiales, et j’en passe.


4 commentaires:

  1. ah que je suis heureuse de trouver cet auteur ici, j'ai beaucoup aimé son roman Les petites filles et la mort alors je note évidement celui là
    un auteur injustement absent des blogs ou du moins pas suffisamment présent

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    1. Moi je découvre, mais en fait j'avais plein de titres de lui déjà notés !

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  2. "philosophicotruc"... Tu me fais rire ! J'ai bien envie de noter ton livre ! Je vais voir comment il se présente...

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