La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 3 janvier 2018

L’antilope aux dents longues.

Joséphine Lesur, Et la gazelle devint chèvre. Pré-histoires africaines d’hommes et d’animaux, 2017, édité par les PUM et le Muséum.

Cet ouvrage nous emmène sur le continent africain*, quelques milliers d’années avant notre ère (à partir de – 10 000 ans jusqu’à des vues plus récentes) et s’intéresse aux animaux. Les animaux domestiques, sauvages, domestiqués, mangés, chassés, élevés (ou pas). Autant dire que c’est passionnant.
Il s’agit d’un ouvrage scientifique qui présente tout d’abord plusieurs chapitres centrés sur un type d’animal (la chèvre, le mouton, le cochon, le bœuf) avant de tenter une interprétation plus globale et de s’interroger sur la notion de Néolithique africain. Certains le trouveront compliqué à lire, mais sachez que tous ces chiffres, graphiques et tableaux comparés sont là pour prouver que l’on est en présence d’un discours scientifique et que la démonstration est vérifiable, c’est-à-dire qu’elle peut être reproduite ou contredite. Si cela vous barbe, passez les analyses de sites et allez directement aux articles de synthèse pour ne lire que les conclusions. Si l’effort vous tente, les notes, les cartes et le glossaire sont là pour vous aider.
Pour moi, parfaite néophyte, le premier mérite de ce livre est de nous sortir de l’Europe et du Croissant fertile où tout aurait été inventé. La révolution néolithique a eu lieu dans plusieurs endroits du monde presque en même temps et le continent africain ne s’est pas contenté d’être le berceau de l’humanité avant de disparaître de l’horizon. Et même si Joséphine Lesur pense que le terme de néolithique n’est en l’occurrence pas adapté, elle passe en revue toutes les hypothèses et débats sur le sujet. C’est passionnant. Je me contenterai donc de relever quelques-unes des questions qu’elle pose :
Les animaux ont-ils été domestiqués en Afrique ? Ou bien au Moyen-Orient ? Et dans ce cas comment sont-ils parvenus en Afrique ?
Si sur un site archéologique, on trouve des ossements de bovins, comment savoir s’il s’agit d’animaux sauvages chassés ou d’animaux domestiques ? Le distinguo entre les différentes espèces est tout simplement vertigineux.
L’élevage ne s’accompagne pas automatiquement de l’agriculture. Mieux, l’élevage ne signifie pas toujours sédentarisation (la richesse des modes de vie des humains est infinie). Des groupes humains se déplacent avec leurs troupeaux et peuvent continuer à chasser, mais dans ce cas les animaux domestiqués sont choisis pour leur mobilité (ce qui exclut le cochon).
L’élevage ne signifie pas forcément consommation de viande, mais plutôt consommation de lait et de sang. Et même si le lait ne laisse pas d’ossements, les archéologues peuvent quand trouver des traces de sa consommation. Ils sont forts !
Le choix d’avoir des troupeaux mixtes bovins-caprins-ovins pour faire face à toutes les péripéties climatiques.
Le rôle de la chasse une fois que l’être humain s’est mis à consommer majoritairement des animaux domestiques et notamment de la chasse aux hippopotames.
Des sépultures avec plein d’animaux (et là j’avoue qu’il y a des chiffres vertigineux !).

Oui, un boeuf scarifié et dont le corps fait l'objet de multiples décors. Un grand chapitre lui est consacré.

D’ailleurs, la diversité des techniques mises en œuvre pour analyser le passé laisse songeur : génétique des humains et des animaux, analyse du climat, de la faune et de la flore à diverses époques, ethnologie, techniques de sioux pour savoir à quelle époque de l’année un campement pouvait-il bien être habité il y a 8 000 ans, etc. C’est tout à fait remarquable.
Un livre qui complexifie l’esprit, on ne va pas dire non.

*Moi je parle de l’Afrique, mais évidemment le livre donne des lieux précis. Je vous laisse prendre la route.

Merci Babelio, PUM et Muséum pour la lecture.


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