La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 4 mai 2018

Le destin a encore été bienveillant à notre égard.

Edgar Hilsenrath, Les Aventures de Ruben Jablonski, traduit de l’allemand par Chantal Philippe, parution originale 2012, édité en France par Le Tripode.

Le narrateur, Ruben Jablonski, raconte son histoire, depuis son enfance en Allemagne et en Roumanie, le passage dans un ghetto ukrainien, la survie, sa jeunesse en Israël jusqu’au voyage qui l’emmènera aux États-Unis où il deviendra écrivain.
Nous ne sommes pas ici dans un récit satirique et grotesque, comme dans Le Nazi et le barbier, mais dans un texte d’inspiration autobiographique. C’est extrêmement intéressant, mais je ne m’attendais pas à ce ton-là et j’ai été un peu déçue de ce fait.
Le petit Ruben raconte donc sa vie au milieu des juifs allemands de Roumanie. En Bucovine, les juifs vivaient libres, parlaient allemand et yiddish, mais pas roumain. Ils vivaient aussi dans la nostalgie de l’empire austro-hongrois et on comprend pourquoi le jeune garçon apprécie autant Zweig (jusqu’à ce que le futur écrivain découvre Remarque). Il y a ensuite les fascistes roumains, le ghetto, la faim, l’avancée de l’armée rouge et la survie malgré tout. Il convient d’être à la fois débrouillard et prudent. Les pages consacrées à ce qui n’est pas encore l’état d’Israël sont également intéressantes en évoquant la lutte contre l’autorité anglaise, la crainte des pays arabes et la coexistence entre les juifs venus de diverses parties du monde, au vécu différent – et ça se passe plus ou moins bien. Mais ce qui préoccupe avant tout Ruben (une fois qu’il a mangé et trouvé une femme pour la nuit), c’est d’être écrivain et d’écrire un roman sur la vie dans le ghetto. Ce sera Nacht– une future lecture.
Un ouvrage qui permet de mieux savoir d'où vient cet écrivain hors norme qu'est Hilsenrath.

Quand grand-père Schloime se mettaient à ronfler, il réveillait tout le shtetl. Les chiens à l’attache se mettaient à aboyer, les chats feulaient et miaulaient, et filaient craintivement dans la rue boueuse par les trous des clôtures pour aller se cacher. Les volailles perturbées caquetaient, cancanaient et cacardaient toutes ensemble, et même les oiseaux dans les arbres se réveillaient en sursaut et seraient à coup sûr tombés morts par terre si le bon Dieu l’avait voulu. Partout, dans les masures des Juifs, dans les maisons aux couleurs vives ou carrelées de blanc, les gens s’éveillaient et allumaient les lampes à huile et à pétrole, même chez le rabin.
 
Chagall, Les Arlequins (détail), 1922, Centre Pompidou, dépôt au musée de Nice.


6 commentaires:

  1. J'ai été un peu déçue aussi par le dernier titre que j'ai lu d'Hilsenrath, Le retour au pays de Jossel Wasserman, mais pas pour les mêmes raisons que toi, puisqu'on y retrouve bien son ton burlesque, disons que j'ai trouvé qu'il manquait un peu de rythme et de férocité..
    Et Nuit est dans ma PAL, si une LC te tente...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi je crois que j'ai Fuck America (ou Nuit ? mais non je crois pas), donc on peut se faire une LC autour de l'auteur en effet.

      Supprimer
  2. J'avais compris que Nuit était sur ta PAL, en lisant la fin de ton billet. J'ai déjà lu Fuck America, mais oui, je suis partante pour une LC autour de l'auteur à partir de titres différents aussi ! Dis-moi quelle date t'arranges, plutôt à partir du 20/25 juin.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En fait je compte bien lire Nuit aussi mais je ne crois pas l’avoir acheté. On peut dire 1er juillet si tu veux ?

      Supprimer
    2. C'est parfait pour moi, je bloque le 1er juillet ! Et bonne pause...

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").
Vous n'avez pas de blog ? Utilisez le mode nom/URL et ne laissez qu'un nom. Ou utilisez le mode "anonyme" mais laissez-moi un indice.