La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 10 juillet 2018

Pour elle il irait lui dépendre l’étoile du matin.

Maria Borrély, Le dernier feu, parution originale en 1931, réédité par les éditions Parole.

Le village d’Orpierre-d’Asse est situé dans une zone difficile d’accès des Alpilles. La sécheresse est sans pitié, quand ce n’est pas la rivière, l’Asse, qui entre en furie et emporte tout sur son passage. Le village se meurt et les cœurs semblent aussi desséchés et ravagés que les terres. Mais, par le miracle d’une décision venue d’on ne sait où, l’Asse est endiguée. La fureur est finie. Voici qu’apparaissent de nouvelles terres, fertiles. Tout le monde déménage sa maison un peu plus bas, au milieu des céréales et des fleurs. Même le curé déménage l’église. En haut, il ne reste plus que la Pélagie qui refuse obstinément de descendre. Pourtant, la nature et les cœurs peuvent encore réserver des surprises.

Et avec ça, ils ont beau n’être à Orpierre que quatre maisons, il n’y a pas d’entente, on se mange entre soi, la moitié du village regarde l’autre de travers. Ce ne sont que tiraillements, disputes, procès parce que, lorsqu’il n’y a rien dans la crèche, les bœufs se battent.

C’est une chronique de village, qui nous plonge au plus près des habitants de la campagne. La vie y est dure. Les femmes accouchent comme elles peuvent et quelquefois y laissent la vie. Les hommes ne font pas longtemps les jolis cœurs et ont l’habitude d’être obéis et de boire. Les animaux sont omniprésents. Les vieux se souviennent d’histoires anciennes. On tue le cochon. Et l’Asse arrache une terre, dégage des brouillards qui rendent malade, emporte les arbres – c’est qu’il faut entretenir les digues si on ne veut pas que le nouveau village soit noyé. Le temps passe inexorablement. Tout n’était ni meilleur ni pire auparavant, est bien obligée de constater Pélagie.
De beaux portraits, notamment des femmes, courageuses, à la peine, souriantes, solidaires, malgré les rancunes tenaces. La vieille Pélagie qui s’entête dans sa cahute avec une chèvre et un chat. Berthe qu’elle a élevée comme sa fille, qui est si fraîche, pleine d’illusions.

Les hommes ont le sang plus fort que les femmes. Ils sont portés. Mais ils ont pas d’amitié. C’en est, une engeance. Ils vous en font voir, le pain qu’on mange avec eux, c’est du gravier…
Le ciel et des cailloux en Provence.
Le langage est à la fois simple et précis, plein de termes et d’expressions paysannes et/ou provençales. C’est tout un ancien temps qui est ressuscité pour nous, le temps d’une lecture.
À cause de la Provence, Borrély est souvent rapprochée de Giono (qui a d’ailleurs préfacé son roman à sa parution), mais c’est pourtant bien différent. Pas de mythe, pas de panthéisme, un style beaucoup plus de concret et moins de lyrisme, même s’il s’agit visiblement du même monde.
Cette envie de plantes, d’agriculture, de fleurs, de potager, de céréales.

Sur la place, sous les acacias fleuris, les hommes s’offrent le repas de garçon que leur a préparé Hortense. Il y a vingt couverts sur les planches que supportent les tréteaux. Le menu se compose d’un aïoli monstre avec des pommes de terre, des betteraves rouges cuites au four du boulanger, des escargots bouillis ; et de canards aux olives.
Fumantes, les pommes de terre nouvelles craquent dans la pelure brune. On se brûle en les pelant. Les betteraves sont charbonnées. Dedans, la pulpe ferme semble saigner. Elles sont sucrées, fameuses.



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