La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 21 avril 2011

Il inventait des mots et il les classait maniaquement par catégories.

Antoine Volodine, Écrivains, Paris, Seuil, 2010.

Volodine est un écrivain de langue française qui m’intéresse particulièrement. Un des rares qui possèdent un univers autonome, reconnaissable entre mille, très personnel, difficile à décrire, sinon à reprendre ses propres mots. Autre difficulté : il est un peu délicat d’individualiser chaque roman, chacun étant la pièce d’un puzzle unique et mouvant. Mais j’essaierai, régulièrement, jusqu’à ce que vous lisiez du Volodine… C'est un monde marqué par un soviétisme en déréliction, anonyme, où tout s'écroule, se délite, les humains, les constructions, les discours.

Écrivains est un seul roman, constitué de sept courtes histoires, chacun mettant en scène un écrivain oublié, avorté, détruit, presque réduit à rien. Ils n’ont pas ou peu publié, personne ne les a lus, ils sont enfermés en prison ou dans un asile, ne reste qu’un déluge de mots. Ils n’ont plus de papier à leur disposition, sont regardés comme des parasites, des perdants. Personne n’a compris ce qu’ils ont écrit et eux-mêmes ont la mémoire brouillée, doute de leur propre identité, s’effacent progressivement dans un univers chaotique.


Il rassemble ses personnages autour de lui, sur le sol qu'il n'a ni balayé ni lavé depuis trois semaines, sur la paillasse malodorante où il vient de passer une mauvaise nuit, sur la table pleine de miettes et de taches de vinasses imbuvables, sur les deux chaises bancales qu'une voisine lui a prêtées quand il s'est installé dans ce réduit. Il s'adresse de nouveau à ses personnages. Tous sont morts. En comptant la sage-femme, sa grand-mère, sa mère et lui-même, il y en a cent quarante-cinq, ce qui le propulse d'office parmi les grands écrivains polyphoniques des dernières années de l'URSS. Ensuite, il empoigne un fil électrique qu'il a ramassé la veille sur un chantier. Et ensuite, il se pend.


Je distingue le récit « Comancer » où un écrivain, enfermé dans un asile, sur le point d’être tué, se rappelle le moment où, pour la première fois, il a été saisi par l’envie frénétique d’écrire, dans sa classe, sur son cahier d’écolier.

« … et il se rappelle la chaleur qui lui piquait les yeux, la passion chaude qu’il tentait de dominer en formant des lettres le plus vite possible et en alignant des mots que jusque-là il n’avait jamais utilisés, car il était très petit encore, dans une phase de son existence où tout était neuf, discours, émotions, images, rêves et réalité, connaissances, et justement il se rappelle l’impression de naïf triomphe qui le portait vers l’avant à l’idée qu’il venait d’entrer dans le monde des histoires qu’on fabrique soi-même, et aussi à l’idée qu’il façonnait un texte plus complexe que ce qu’il aurait dû naturellement façonner à son âge, et pour cela il ressentait une joie clairement orgueilleuse… »


 Volodine théorise abondamment sa propre activité, je vous indique quelques liens (sachant que je ne suis pas allée y voir)… Une page sur le site des éditions Verdier par Volodine intitulé Écrire en français une littérature étrangère et un portrait qui présente son utilisation des pseudonymes et son univers, le post-exotisme.

4 commentaires:

  1. Ce livre a été pour moi LA grande claque de la rentrée littéraire 2010. Ca faisait longtemps que je voulait lire un Volodine, je n'ai pas été déçue du voyage. Sans doute pas l'auteur contemporain le plus facile d'accès mais sans doute l'un des plus intéressants, l'écriture est sublime.

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  2. Bonjour Madimado ! Oui, c'est un de mes auteurs préférés, même si son univers n'est pas facile à présenter loin de là. Un des rares à avoir quelque chose de personnel et cohérent.

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  3. TONNERRE DE BREST
    va bien falloir mettre un oeil ds ce livre! pas sûr que ce soit marrant ! mais faut faut ! écrivains !

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  4. Volodine n'est jamais marrant mais très intéressant. Je peux en prêter, j'en ai quelques-uns...

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