La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 28 mai 2013

Nous avions le vent en poupe et il nous poussait, mordant aux talons.


Robert Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes, traduit de l’anglais par Léon Bocquet, 1879

C’était ma deuxième lecture de ce texte bien connu de Stevenson (et il y en aura certainement d’autres). Je l’aime décidément beaucoup. C’est un récit autobiographique, un récit de voyage, un chef d’œuvre du genre.

La nuit est un temps de mortelle monotonie sous un toit ; en plein air, par contre, elle s’écoule, légère parmi les astres et la rosée et les parfums. Les heures y sont marquées par les changements sur le visage de la nature.

Stevenson raconte son voyage dans les Cévennes, vers le Sud, une marche de plusieurs jours aux côtés de Modestine, une petite ânesse. Il nous convie à la découverte de cette région, à l’écart des villes et des routes.
Son évocation des paysages est subtile : peu d’accents lyrico-romantiques, des notations précises sur les roches, les arbres, les sols. Mais il s’interroge sur son propre rapport à la nature, recherchant la source de ses propres émotions. Il sent son humanité en accord avec la nature, dans des tons volontiers panthéistes.
Parallèlement à cela, les préoccupations de Stevenson sont bien concrètes et pratiques (le coucher, l’eau, le harnachement de l’âne) et il aborde sa marche avec pragmatisme et humour sans considération sur l’effort ou la marche.

Le mardi, 1er octobre, nous quittâmes Florac, bourrique fatiguée et conducteur de bourrique fatigué.


Poupelet, Âne et ânon broutant, encre de Chine,
1904, Centre Pompidou, image RMN.
La même retenue s’observe dans les propos qu’il tient à propos de Modestine : quelques lignes à la fin montre finalement l’attachement qu’il avait pour elle. Mais ce sera tout.

Malgré le caractère sauvage du territoire, il fait des rencontres. Stevenson est à la fois désireux de lier conversation et soucieux d’être indépendant et peut aussi rester à l’écart des habitations, pour être bien tranquille. Il faut dire que la région est d’un calme contrastant avec son histoire violente et il raconte les luttes contre le pouvoir royal.
C’est un texte concis, comme bien souvent chez Stevenson, riche de toutes ses nuances.

Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger, d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants.

Ce billet clôt le challenge victorien d'Arieste. J'ai encore quelques titres de Stevenson à lire (mon billet sur ses nouvelles).



9 commentaires:

  1. J'adore les ânes, Stevenson un peu moins, quoique...il faudrait que je relise pour en être sûre^^...

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  2. il faut vraiment que je le lise!

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  3. Un moment que je veux découvrir ce texte ! Je le renote et je le resouligne sur ma liste !!

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  4. Asphodèle : j'aime bien la concision de Stevenson, l'efficacité de sa narration, très XVIIIe siècle. Mais je comprends que l'on puisse rester sur sa fin.
    Miriam et Lili : c'est un classique !

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  5. Toujours pas lu, et pourtant j'adore aller dans les Cévennes.

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  6. Un texte délicieux de Stev. auteur sur lequel j'ai pas mal travaillé déjà

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  7. je ne l'ai toujours pas lu, il faudra que je le fasse :)

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  8. Et dire que c'est mon "pays" d'origine, les Cévennes! Et que je n'ai jamais lu le livre en entier! Trop d'extraits! Sand dans le château du pic de Pic Tordu fait elle aussi voyager ses personnages dans les Cévennes (région présentée aussi comme sauvage)

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  9. Je suis en train de lire pas mal de récits de Stevenson, je veux essayer de trouver ses récits de voyage. Et effectivement le XIXe a un goût pour les régions "sauvages" qui n'ont pas encore succombé à la modernité, déjà sentie comme envahissante.

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