La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 9 avril 2014

Il bat des ailes, mais il ne vole pas.


Émile Gaboriau, Les Gens de bureau, 1862, édité aux Éditions de Londres.

Un récit plaisant comme une satire de l’administration. À travers le parcours d’un jeune homme, Romain Caldas, Gaboriau réalise le portrait de différents types d’employés et de leurs misères. Tout y passe : les stratégies pour avancer dans la carrière sans rien faire, la nécessité d’augmenter son traitement, l’importance du rapport avec les collègues, la multiplication des échelons hiérarchiques, le gaspillage, les reformes sans rime ni raison. Nous croisons quelques types : l’employé fort de ses droits, l’employé malade, l’employé qui reçoit mal le public, etc. C’est habilement fait, plaisant à lire et pas ennuyeux ou répétitif.

Diminuer les traitements et accroître le nombre des employés, c’est l’essence même de l’administration. Restreindre les places, malheureux ! Que feriez-vous des nullités, des déclassés, et des cousins des grands personnages ?


H. Daumier, L'Amateur de café, 1841
Paris, BnF, image RMN
Je sais que la raillerie des fonctionnaires est à la mode, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Disons que Gaboriau a beaucoup plus de talent que certains contemporains et boxe nettement au-dessus. Les formules sont ciselées, le rythme est tenu pendant 200 pages. Si les portraits sont féroces, les notes affectueuses ne sont pas absentes. Disons que l’auteur en a plus après l’administration, aveugle et abstraite en son système, qu’après les individus, petits malins tentant de faire leur chemin.

On lui reprochait un jour de voler l’Administration en ne travaillant pas :
-       On me paye, je donne mon temps, répondit-il fièrement, on n’a rien à exiger de plus.


On pense naturellement à Gogol et à ses descriptions de la bureaucratie russe, ainsi qu’à l’évocation de l’étude de droit au début du Colonel Chabert.

1 commentaire:

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