La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 7 août 2014

Je me rappelle encore l’impression que me produisit cette voix puissante et calme versant dans l’air des notes profondes et rythmées.

Charlotte Brontë, Le Professeur, traduit de l’anglais par Henriette Loreau, écrit en 1847, publié à titre posthume en 1857.

Un roman peu connu de Charlotte Brontë (son premier en réalité) dont la thématique est très proche de Villette. Ici le narrateur est un jeune homme, William, sorti d’Eton et aristocrate (grosses différences avec la petite héroïne de Villette, il est nettement mieux parti dans la vie) sans le sou et en rupture avec sa famille. Arrivé à Bruxelles, il devient professeur d’anglais dans un pensionnat, etc. pourrait-on dire.
C’est un roman très agréable, qui se dévore véritablement. Bruxelles est bien mieux traité que le Villette d’opérette. J’ai retrouvé une fois encore ce plaisir de lire un livre mettant en scène des jeunes gens se retroussant les manches face à l’adversité : je ne peux m’empêcher d’y lire quelque chose de personnel et de m’imprégner de leur dynamisme et de leur espoir. Ici le narrateur est cependant loin d’être en proie au même désespoir que la Lucy de Villette, et on n’est pas touché de la même manière par sa situation (il est même moins sympathique). Brontë s’est sans doute davantage projetée dans son héroïne féminine.

Je gravissais la colline dans l’ombre ; je rencontrais des épines et des cailloux sous mes pas : pourquoi m’en occuper ? Mes yeux ne voyaient que le ciel, et j’oubliais les pierres qui me déchiraient les pieds, les ronces qui me lacéraient le visage.
H. Raeburn, Portrait d'Elizabeth Hamilton, écrivain et pédagogue,
vers 1812,  Edimbourg, National Galleries of Scotland, image RMN
Le point qui me paraît assez faible est l’attitude de William vis-à-vis de celle qui deviendra son épouse : une constante supériorité – n’est-il pas le professeur ? C’est tout à fait énervant, d’autant que la jeune femme est active et pleine d’énergie. Quant à son obsession du thé anglais, elle est bien sympathique, mais bon…
On retrouve enfin cette vision du pensionnat comme étant à la fois un lieu clos soumis à la tyrannie de son dirigeant et comme un lieu idyllique. Indubitablement, les portraits des directeurs et directrices de pension, des différents maîtres d’études et des élèves sont nourris de l’observation directe de Brontë.

Que Dieu le bénisse ! Il va bien rire quand, au lieu d’un couple de tourtereaux grassouillets, roucoulant et se becquetant sous un berceau de rosiers, il trouvera un maigre cormoran sans compagne et sans abri, piteusement perché sur le roc stérile de la misère.

Il s’agit du premier roman de l’auteur, déjà très bon, mais pas encore au niveau des autres, nettement plus simple et moins profond dans ses motifs.





8 commentaires:

  1. Je me suis reprise d'intérêt pour l'oeuvre des soeurs Brontë il y a quelques mois. Ado, j'avais bien sûr lu "Les hauts de Hurlevent" et surtout le magnifique "Jane Eyre". Je crois que rien ne peut l'égaler. J'ai plus récemment découvert les deux romans d'Anne avec plaisir. Chaque soeur a un grand talent mais un style et une ambiance bien différents. Maintenant, il faut que je creuse les autres titres de Charlotte et celui-ci est dans ma PAL.

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  2. Dans ma PAL, un roman que je me promets de lire depuis longtemps !

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  3. Pas encore lu ! Peut-être cet hiver...

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  4. Pour ma part je lis les soeurs l'une après l'autre, soigneusement. J'en suis à Charlotte, je connais déjà son Jane Eyre mais je compte le relire aussi.
    Les trois ont effectivement du talent, chacune à sa manière. Emily âpre et passionnée, le calme et le réalisme d'Anne, et Charlotte qui tente des romans très fouillés, très introspectifs...

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  5. Je souhaiterai beaucoup le lire. J'avais bien aimé "Jane Eyre" en plus !

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  6. Jamais lu, mais ce billet me donne envie de le lire, c'est noté. No thé ?

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  7. Très intéressant. J'adore les soeurs Brontë bien sûr et chaque écrit est une belle découverte.

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  8. Je vois qu'il y a des fans brontesques !

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