La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 30 septembre 2014

Elles se sont tues, car il fera bientôt nuit.

Johanna Sinisalo, Le Sang des fleurs, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, parution originale 2011.

Un roman qui se situe dans un futur très (trop ?) proche de nous, qui pourrait être notre avenir. Le narrateur est apiculteur finlandais. Mais il est plein d’inquiétude : les abeilles s’en vont et les ruches qui sont peu à peu désertées. Faute de pollinisateurs, les États Unis sont en faillite : plus de fourrage pour le bétail, plus de fruits ni de légumes. L’ambiance est apocalyptique. Pendant ce temps, nous lisons le blog de son fils, Eero, qui défend la cause animale. Peu à peu le lecteur comprend qu’un drame s’est produit.

C’est qu’avec leurs sens extraordinairement développés, les abeilles perçoivent les points faibles du continuum espace-temps et passent au travers, creusant avec leurs petites mais puissantes mandibules des trous entre les univers.
 
G. Aillaud, Abeilles, 1993, Centre G. Pompidou, image RMN
 L’amie qui m’a passé ce livre m’a dit avoir ressenti un très grand malaise à sa lecture. Ce n’est pas mon cas, mais en effet, la proximité de cette fiction avec notre réalité est troublante. Sinisalo utilise des extraits de blogs, avec leur système de commentaires, ce qui rend son roman très réaliste et proche de nous, sans que cela ne soit gadget. Et la description des conditions de vie des animaux d’élevage n’est pas une fiction. La fin du monde est finalement à une poignée de main et peut s’opérer presque sans bruit.

J’ai pour ma part vraiment apprécié ce livre pour toute sa poésie autour des abeilles et pour sa mise en scène d’un héros ordinaire, mais décidé. C’est aussi l’histoire tragique d’une famille, au fil des générations. Car on en apprend progressivement sur les professions du héros et de son père.

Et je poursuivais consciencieusement ma sarabande, le guidant vers le doux pays des rêves, le miel du soleil couchant, les suaves et odorantes prairies fleuries du sommeil.

Merci Marie-Neige pour le conseil de lecture.



6 commentaires:

  1. J'espère que la fiction restera la fiction ! Je comprends le malaise de ton amie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le roman est très documenté et contient beaucoup de faits vrais en plus.

      Supprimer
  2. Ah, la SF en littérature blanche, elle se planque ! Je ne connaissais pas du tout ce titre, et je comprends qu'il puisse mettre mal à l'aise. Déjà "La Fille automate" de Bacigalupi qui est "plus SF" m'avait bien angoissée. Intrigant en tout cas

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce roman est tout juste assez SF pour mettre mal à l'aise. Et tout ce qui est vrai n'est guère plus réjouissant.

      Supprimer
  3. les suaves et odorantes prairies fleuries du sommeil : j'adore ta phrase.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un livre très agréable à lire en effet.

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").