La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 10 décembre 2014

C’est-y pas merveilleux, Wild Bill ?

Howard Frank Mosher, Québec Bill Bonhomme, traduit de l’américain par Brice Matthieussent, parution originale 1977.

Une sorte de roman d’aventure.
Nous sommes en 1932 au nord du Vermont, tout près de la frontière avec le Canada, en pleine prohibition. Le narrateur, Wild Bill, est un adolescent et le Québec Bill Bonhomme du titre est son père, qui n’est pas sans rappeler d’autres pères à l’enthousiasme menant invariablement à l’échec (tel celui de La Berge des rennes déchus). Ils entreprennent une expédition en canoë pour aller chercher une cargaison de whisky. Il est peu de dire que rien ne se passe comme prévu : des bandits albinos tirent au canon sur le lac, passage par un asile, vol d’un train, puis celui d’un avion, le tout en pêchant des truites. Entre ces épisodes rocambolesques, le garçon intercale des chapitres relatant l’histoire de sa famille, de façon à ce que l’épopée soit aussi le récit d’une époque et d’une filiation, plus émouvante que ce que l’on peut croire au premier abord.

À quatre-vingt-dix ans, Cordélia mesurait un mètre quatre-vingts. Elle semblait maigre et gauche, tel le héron bleu qui se tenait sur une patte dans notre torrent en juillet et en août, mais elle distribuait ses coups de baguette avec la vivacité et la précision de ce même oiseau quand il embroche une truite de rivière sur son long bec pointu.

Paysage du Vermont. Photo piquée sur Vermontvacation.com
Ce n’est pas très évident de parler de ce livre foisonnant, à la fois drôle et tragique. En sous-texte, on lit un hommage à une région de lacs, de forêts et de marais mystérieux, où le souvenir des combats entre Anglais et Français n'est pas si loin. La nature y semble extraordinaire et unique. Carcajou, le bandit albinos, est une figure mythique du mal et le temps semble fonctionner par cycles. Face aux catastrophes, la réaction du père n’est-elle pas de s’émerveiller sur la beauté de la vie ?

Je note l’évocation irrésistible des castors en ingénieurs français construisant un barrage gigantesque, du taureau Hercule revenu à l’état sauvage et du lion à dents de sabre ressuscité.

Sur cette réplique, mon père parut atteindre une véritable épiphanie. Les échecs de tous ordres lui avaient régulièrement inspiré ses plus beaux moments, mais nous avions désormais dépassé le stade du simple échec.


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