La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 20 février 2015

Vous avez un cœur affamé qui ne sera jamais comblé.

Irène Némirovsky, Le Maître des âmes, 1939.

Je reste sur une étrange impression quant à ce roman.
Dans les années 1920, le héros, Dario, est venu de loin, de la Crimée, pour être médecin en France et devenir riche. Au début du roman, il se trouve à Nice avec sa femme et son fils, pauvre parmi les pauvres, conscient qu’un médecin doit être riche simplement pour pouvoir se constituer une clientèle. Le roman raconte son ascension sans scrupule, devenu médecin charlatan des femmes riches et prêt à des compromis malhonnêtes.

Dario est un personnage flirtant avec la mythologie. Juif errant, l’Oriental, le métèque, mais aussi Rastignac ou Dorian Grey, il fuit les dettes et la pauvreté en courant, cynique et malheureux. Cet imaginaire est très riche et nourrit le roman en profondeur, même si j’ai trouvé quelques redondances dans le traitement de cette thématique. Il faut aussi reconnaître que sa fréquentation est loin d’être agréable (d’où mon sentiment de malaise). J’ai trouvé que son ascension demeurait un peu mystérieuse, car si l’on sait que sa médecine plagie les thèses de la psychanalyse, on ne sait pas trop quelle est la clé de son emprise sur ses riches clients. De ce fait, le roman m’a paru quelquefois un peu abstrait. Mais le climat médical de l'époque m'a paru éclairé par ce documentaire sur Voronoff : charlatanisme, aventurier, espoir de vaincre la mort, antisémitisme, goût pour les expériences étranges, rôle de la mode.
V. Bernard, Au soleil, Musée des Beaux arts de Marseille 
Difficile de ne pas penser à La Promesse de l’aube et à la mère de Romain Gary, que l’on trouve étrangement cité presque à l’envers. Le roman de Némirovsky campe cet univers des petits émigrés d’Europe de l’Est qui hantent la Côte d’Azur, sans ni la même langue ni la même dimension épique, mais l’on voit à quoi souhaite échapper la mère de Gary.

C’est cela mon malheur. Cela vient de loin, de l’enfance. Croire de tout son cœur que la vie est peuplée de monstres. Et que croire d’autre ? quand on n’a vu que misère, que violence, que rapines et cruautés ? Plus tard, la vie n’arrivera pas à vous détromper. Elle fera de son mieux, souvent. Elle vous comblera des biens de ce monde : richesse, honneurs et même affections véritables. Vous la verrez, jusqu’au dernier jour, avec vos yeux d’enfant : une mêlée horrible.




6 commentaires:

  1. Je n'ai lu que 2 romans d l'auteure, mais j'ai eut l'impression qu'elle tournait toujours autour du même sujet.

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    1. C'est le premier que je lis, donc je ne peux pas dire.

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  2. Je n'ai encore rien lu de cet auteur et je suis bien tentée par ce titre qui a l'air très influencé par beaucoup d'autres livres.

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    1. On sent toute la littérature du XIXe siècle dans la plume, Balzac et Zola en premier, mais peut-être Huysmans pour ce goût pour un univers gâté par une tare morale.

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  3. Je n'ai jamais lu cette auteure même si elle devient vraiment un incontournable.

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