La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 13 juillet 2015

Je transportais mon enfer avec moi, un enfer dont rien jamais n’éteindrait les flammes.

Mary W. Shelley, Frankenstein, traduit de l’anglais par Joe Ceurvorst, 1818.

Petite relecture d’un classique du roman gothique bien connu.

Prologue : Nous sommes sur un bateau à destination du pôle Nord et le narrateur est un jeune homme plein d’ambition. Son équipage secourt un homme étrange, qui semble délirer, mais qui accepte de raconter son histoire…
Hop. La suite du récit se déroule en Suisse et Victor Frankenstein raconte sa folle soif de savoir, comment il en vint à créer un être presque humain et la suite de catastrophes qui s’ensuivit.

Cette année-là, les feuilles se desséchèrent avant que mon travail approchât de sa fin. Chaque jour me révélait davantage jusqu’à quel point j’avais réussi. Mon enthousiasme était cependant mitigé par l’anxiété. J’avais plutôt l’air d’un homme condamné à peiner en esclave au fond d’une mine, ou à se livrer à quelque autre occupation également malsaine, que celui d’un savant s’adonnant à ses travaux favoris. J’avais chaque nuit des accès de fièvre. Je devins affreusement nerveux. Et un beau jour, je fus tout étonné de remarquer que les feuilles tombaient déjà.

L. Guétal, La Bérarde-en-Oisans, 1882, Musée municipale de Grenoble, M&M
Commençons par les points forts. D’abord, les narrations imbriquées : celle du 1er narrateur, celle de Frankenstein et celle de la créature. Ce roman est toujours à la 1e personne et joue pleinement la carte des émotions et des instabilités du moi. Le lecteur s’identifie (ou non) tour à tour avec l’un ou l’autre et vit au plus près les tourmentes des personnages. C’est très habile d’un point de vue narratif, car il est possible de s’attacher à chacun. J’ai également apprécié l’importance des paysages : les glaces du pôle Nord, les Alpes avec lacs, glaciers et montagnes et enfin la mer irlandaise. Les personnages sont immergés dans la nature et leur humeur subit l’impression de cet environnement. Plusieurs scènes sont à cet égard tout à fait dans la lignée de Rousseau (et oui, la Suisse). La montagne et son caractère sublime submergent en particulier Frankenstein et soulignent la nature proprement fantastique de la créature qui, seul, peut y vivre. On est là en plein romantisme – ce n’est pas un hasard si une des premières lectures de la créature est Goethe, Souffrances du jeune Werther. D’ailleurs, ces trois narrateurs sont dans une solitude profonde et en souffrent, recherchant sans trêve l’ami ou la compagne idéal(e).
Et puis, il y a la dimension fantastique. Bizarrement, je trouve qu’elle n’est pas si présente. Shelley s’attarde peu sur le procédé dont use Frankenstein pour créer la vie et ne donne aucun détail. On n’est pas là dans un roman cherchant un soubassement scientifique et on sait assez peu de choses sur celui qui est le « monstre ». Ce qui intéresse l’auteur est davantage l’évolution psychologique du créé et du créateur, leur affrontement, leur exploration mutuelle du bien et du mal et la peinture de grandes douleurs morales.

Le petit point faible : Frankenstein est un héros un peu inconsistant et trop centré sur lui-même pour bien suivre l’intrigue – le lecteur sait immédiatement ce qu’il ne faut pas faire. Il est très agaçant.

D’immenses montagnes et les parois abruptes des précipices me dominaient de toutes parts. Le mugissement furieux de la rivière se ruant parmi les rochers et celui des cascades révélaient en ces lieux la présence de forces évoquant celle de la toute-puissance. Ma peur s’envola. J’étais résolu à ne plus m’incliner que devant l’esprit omnipotent qui avait créé et qui dominait les éléments, visibles ici sous leur forme la plus impressionnante.





8 commentaires:

  1. Depuis le temps que je dois le lire... :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il n'est pas si long que ça et se lit assez vite en fait.

      Supprimer
  2. effectivement, on retrouve beaucoup de thèmes romantiques : outre les montages, il y a aussi celui du génie incompris, du défi prométhéen etc... J'ai aussi apprécié la structure imbriquée dont tu parles ! J'avais beaucoup apprécié ce roman même si les moments où il parle de la fabrication du monstre sont un peu trop long...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Prométhée" fait d'ailleurs partie du sous-titre. Effectivement les réflexions scientifico-philosophico-théoriques préparatoires sont un peu longues (mais préparent la suite).

      Supprimer
  3. J'avais eu du mal quand je l'ai lu, je trouvais Frankenstein beaucoup trop agaçant, l'histoire reste intéressante

    RépondreSupprimer
  4. Curieusement (ou pas) je m'étais beaucoup attachée à la créature, plus qu'à Frankenstein lui-même en tout cas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cela ne me paraît pas curieux du tout. On plaint Frankenstein, mais il n'est pas très sympathique alors que la créature est d'une réelle sensibilité.

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").