Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

samedi 11 juillet 2015

Excursion dans le futur


À la Vieille Charité, cet été, on parle du futur ou plus exactement de comment les artistes ont rêvé à différents futurs. Au-delà des produits d’appel de l’affiche, l’exposition est réellement très intéressante. 

Plusieurs œuvres sont des rêves d’architecture : tours utopiques à l’assaut du ciel, paysages de gratte-ciel américains, villes impossibles... Plusieurs dessins d’artistes futuristes italiens s’inscrivent dans cet hymne à la modernité.
Photo pris sur Lapisblog (toutes les autres sont de moi)
 Gratte-ciel éclairé  (1950) d'Amédée Ozenfant juxtapose une grande tour éclairée de l'intérieur, un soleil couchant et ce qui ressemble à des routes ou à une piste d'aviation. Je m'imagine que cette vue s'inspire de Las Vegas ou de Los Angeles, là où des gratte-ciel jaillissent du désert et où les voies de communication redessinent un paysage et là où la nuit ne tombe jamais tout à fait.


Stanley Cursiter, Rain on Princess Street (1913) : des parapluies et une architecture très étrange, le tout représenté par la peinture cubiste. Chaque facette montre un fragment de visage et brise les reflets de lumière.


Gloire à la machine et à la technique. L'exposition présente une machine, des mobiles et ces engrenages magnifiés par l'art : L'Acier boit n° 2 de Kupka (1927-8). Quand la représentation du mouvement ou des reflets sur le métal rejoint lex exigences de l'abstraction.

D’autres œuvres s’intéressent à ce moment où pour la première fois l’être humain a pu contempler sa planète de l’extérieur : la conquête spatiale, l’exploration des autres planètes, les cosmonautes…



Max Ernst,  Le Monde des naïfs, 1965 : le fond de l'espace est rendu par une écriture imaginaire, vaguement cryptique, tandis que des projections rendent les planètes.


Des peintures très léchées, aussi lisses que des photos, pour représenter un rêve aux accents de réalité ou un futur : Sur la terrasse (Fès) par Erró (1965) mêle imaginaire des Mille et une nuits et exploration spatiale.


Alain Jacquet, Jumping Rope, 1984. Oui, vous ne rêvez pas, c'est bien une planète, un tourbillon entre des terres et des mers. C'est bien une chèvre qui saute à la corde, oui. La peinture est de très grande taille et le trouble est plus grand "en vrai". La constellation-de-la-chèvre-qui-saute-à-la-corde est un bel hommage aux cartes de Ptolémée.


Toujours Alain Jacquet, qui ne manque pas d'humour : La Danse, 1995 où des planètes-donuts se baladent dans l'espace. C'est une photographie très brillante et assez fascinante.

Certains artistes rêvent à une possible destruction et envisagent un avenir plus sombre.


Cette étrange peinture est de Laurent Grasso : Studies into the past. Grasso travaille avec des restaurateurs pour maîtriser au mieux les techniques anciennes de peinture. C'est ici une huile sur panneau de chêne comme on pouvait en voir aux débuts de la Renaissance. Une scène flamande où un groupe de chevaliers se tient devant une ville irréelle et des montagnes bleutées. Mais un drôle de phénomène perturbe l'atmosphère... La SF fait irruption dans l'univers ancien.


La Fratrie propose des maquettes de notre monde détruit par un cataclysme non précisé. Island of lost modernism (2015) montre la Cité radieuse jetée à bas, engloutie par les flots, recouverte par les palmiers.

Nous finissons dans la chapelle face à cette bulle d’argent qui respire lentement, inspire et expire, comme un drôle d’être qui aurait envahi les vieux murs.



Silence is sexy, Bruno Peinado, 2004-2015.

2 commentaires:

  1. Cette exposition a l'air très intéressante, dommage qu'elle soit si loin de chez moi

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    1. Elle est là jusqu'en septembre. Mais effectivement c'est un peu loin du Tarn et de la Bretagne !

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