Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

mardi 29 septembre 2015

Il savait que les mots blessent les survivants et irritent ceux qui n’ont pas survécu.

Antoine Volodine, Des anges mineurs, 1999.

Une suite de textes très courts, portant chacun le nom d’un personnages, campant plus ou moins le même univers. C’est un monde où la révolution communiste a avorté, où le capitalisme a essayé de revenir, où il y a eu une période de camps, un monde où le sable recouvre tout très lentement et où les humains sont de moins en nombreux. On est entre grandes villes qui se détraquent peu à peu et steppes mongoles habitées par des vieilles femmes maniant la carabine. Le temps est long, un instant dure en réalité plusieurs années et il n’est pas rare qu’une vieille ait plus de 200 ans. Ce n’est pas le récit d’une apocalypse brutale, mais celui d’un lent et inexorable délitement.
Mais ce qui compte, ce sont ces portraits et le souvenir, même faux, même fragmentaire, des personnes et des noms. Certains portraits se répondent entre eux. On trouve un homme venu d’un autre monde qui essaie de récolter des informations sans respirer. Un groupe de voyageurs à la découverte de quelques rues et d’un garage. Un autre homme fabriqué par les vieilles à partir de chiffons à qui elles ont insufflé la vie par leurs chants. Un échassier un peu trop individualiste.
 
Un monolithe dans la plaine du Kobdo, 1909, Musée Guimet, image RMN
Je préfère les romans suivis, même si ces récits ont une progression. À mon sens, la perception de l’univers de Volodine est meilleure dans les romans. Le charme (ou l’agacement) de ces portraits d’anges mineurs vient de la répétition de certains thèmes ou de certaines formules. L’humanité semble se condenser dans quelques mots, quelques rêves, quelques discours, comme si c’était tout ce qu’il en restait.

Inutile de se cacher la vérité. Je ne réagis plus comme avant. Maintenant, je pleure mal. Quelque chose a changé en moi autant qu’ailleurs. Les rues se sont vidées, il n’y a presque plus personne dans les villes, et encore moins dans les campagnes, les forêts. Le ciel s’est éclairci, mais il reste terne. La pestilence des grands charniers a été lavée par plusieurs années de vent ininterrompu. (…) Il faut que j’aille chez le régleur de larmes.

Volodine sur le blog : Écrivains ; Songes de Mevlido

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