La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 19 octobre 2015

Je pensais qu’au sud de la frontière se trouvait quelque chose de bien plus merveilleux.

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, traduit du japonais par Corinne Atlan, parution originale 1992.

Après 10 ans d’absence, je reviens à Murakami et je suis ravie de ma lecture.

Le narrateur se livre à un récit rétrospectif depuis son enfance. Son point de départ : il est enfant unique et à son époque, c’était assez rare. Il pense que cette caractéristique a été fondamentale pour sa vie affective. Au collège, il était très ami avec Shimamoto-san. Il raconte cette amitié qui aurait pu devenir amoureuse, puis les années de vide du lycée et de l’université, la façon dont il s’est marié et a monté deux clubs de jazz sans jamais oublier Shimamoto-san. Il se demande sans cesse s’il est possible de revenir en arrière, de tout effacer et de revenir à zéro…

Le fil narratif présente des points communs avec Le Voyage du passé de Zweig, mais est traité avec plus de lenteur et de soin, plus de sensualité et de délicatesse, plus de magie aussi. Je trouve ce roman plein de délicatesse, même quand le narrateur est un peu énervant. La description des années d’université comme un long vide et une suite d’années gâchées m’a semblé très vraie. L’évocation de ses maladresses quand il ne parvient pas à se décider à aborder une inconnue aussi. Le récit de sa vie en patron de club de jazz est bien évidemment nourri de l’expérience de l’auteur qui a exercé ce métier. Entre lieu de rêve et vulgaire entreprise destinée à faire payer des noctambules, entre musique nostalgique et cocktails à la mode, c’est très vrai. Les épisodes de la vie contemporaine s’intercalent entre ceux consacrés à l’introspection. Les héros de Murakami s’interrogent sur le sens de la vie, n’en trouvent pas et se promettent d’essayer de vivre – sans certitude.
Oeuvre de David Altmedj, vue au MAC de Montréal cet été.
J’entendais au loin Nat King Cole chanter South of the Border. Il s’agissait du Mexique bien sûr, mais je ne le savais pas. Je ne sentais que l’écho étrange de ces mots : « au sud de la frontière ». Chaque fois que j’écoutais cette chanson, je me demandais ce qu’il pouvait bien y avoir au « sud de la frontière ». Je rouvris les yeux : les mains de Shimamoto-san s’agitaient toujours sur sa jupe. Une sorte de doux picotement s’insinua tout au fond de mon corps.

Les avis de Sylire et de Karine.

8 commentaires:

  1. Je me souviens du profond ennui que cette lecture a suscité chez moi.

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    1. Les personnages indécis peuvent provoquer cette réaction en effet. Là, ça a été pour moi, mais je reconnais qu'avec cet auteur, on est souvent sur le fil.

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  2. Exactement avec Murakami soit je m'ennuie soit je suis super enthousiaste ! Du coup je n'ose plus trop tenter...

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    1. Je reconnais que c'est un auteur que j'aime bien, sans être fan, à côté de ce côté très proche du vide.

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  3. Lu il y a très longtemps.Mais j'avais aimé.

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    1. Ce roman n'est pas dépourvu de charme, même s'il touche plus ou moins le lecteur.

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  4. Une lecture qui ne m'avait pas passionnée, car un peu triste, sans doute.

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