La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 9 octobre 2015

Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831.

Une belle relecture pour le plaisir.

Au début du roman, Hugo présente plusieurs personnages très différents (un étudiant farceur, un philosophe sans le sou, une belle bohémienne, un bossu sonneur de cloches...) et surtout sa ville : Paris. Il semble en effet que l'auteur nous raconte deux histoires : celle des passions et drames des hommes et des femmes et celle de la ville de la fin du Moyen âge. Le récit se déroule de façon à permettre les belles descriptions de Paris, des rues, des maisons et lieux remarquables de la ville. Foire, justice, fête, gibet, murailles et bien évidemment Notre-Dame, vivante, héroïque, puissante.

Toutefois, si admirable que vous semble le Paris d'à présent, refaites le Paris du quinzième siècle, reconstruisez-le dans votre pensée, regardez le jour à travers cette haie surprenante d'aiguilles, de tours et de clochers, répandez au milieu de l'immense ville, déchirez à la pointe des îles, plissez aux arches des ponts de la Seine avec ses larges flaques vertes et jaunes, plus changeante qu'une robe de serpent, détachez nettement sur un horizon d'azur le profil gothique de ce vieux Paris...
 
Gustave Doré, La Cour des miracles, gravure, Wiipedia.
 Hugo en profite pour dénoncer les destructions de la modernité. Les siècles et les humains n'ont pas ménagé les vieilles pierres et la notion de patrimoine est encore inexistante. L'auteur s'insurge contre la destruction des vieux quartiers. Le roman est un chant d'amour pour le Moyen âge, ses couleurs et ses superstitions. On est en 1482, avant les épopées des explorateurs européens. C’est encore le vieux monde. À cet égard, le bossu Quasimodo est l'incarnation vivante des gargouilles et figures diaboliques sculptées dans la pierre. L’insistance sur ces sculptures étranges et incompréhensibles et sur leur possible signification ésotérique donne une tonalité gothique (au sens de roman gothique) aux évocations de la cathédrale ainsi qu'à la peinture d'un prêtre démoniaque. Les temps lointains du catholicisme semblent peuplés d’êtres fabuleux et peu humains.


Il se mit à fuir à travers l'église. Alors il lui sembla que l'église aussi s'ébranlait, remuait, s'animait, vivait, que chaque grosse colonne devenait une patte énorme qui battait le sol de sa large spatule de pierre, et que la gigantesque cathédrale n'était plus qu'une sorte d'éléphant prodigieux qui soufflait et marchait avec ses piliers pour pieds, ses deux tours pour trompes et l'immense drap noir pour caparaçon.

Beaucoup a été dit et écrit sur ce roman immense, sur la bohémienne Esmeralda, sur Quasimodo, sur le prêtre diabolique, sur l’atmosphère miraculeuse qui imprègne certaines scènes. Je retiens un portrait de Louis XI totalement fantaisiste, ancré dans la légende noire, et j’ai apprécié l’humour apporté par le personnage de Gringoire qui semble signifier que la vie continue malgré tout, même pour les faibles. Je note la thématique des procès d'animaux, une réalité attestée par un historien comme Michel Pastoureau.

La grande foudre de Dieu ne bombarde pas une laitue.

J'ai trouvé que Hugo était moins grandiloquent dans ce roman que dans d'autres (comme 93), plus humain et attaché à ses personnages. Il dresse ainsi différents portraits auxquels on peut s'intéresser, avec des histoires secondaires et prenantes tout à la fois. C’est une grande réussite.

Pour la découverte du patrimoine par le XIXe siècle, voir ma lecture de Mérimée. Et pour la visite de Balzac à Montfaucon, le récit par Gozlan.


Destination PAL. ChallengeVictor Hugo de Claudia Lucia (je crois que je suis en avance pour la LC).

14 commentaires:

  1. 93 est à venir. Je ne me laisserai jamais de "Notre-Dame de Paris" !!!

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    1. C'est un roman tellement riche, on peut le relire sans cesse !

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  2. Je ne l'ai jamais lu, j'ai beaucoup étudié des textes de Hugo et j'apprécie beaucoup le bonhomme mais je me rends compte que j'ai très peu lu ses romans !

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    1. Alors que moi je connais surtout ses romans... on fait la paire.

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  3. Je l'ai lu, il y a longtemps, mais... bien trop tôt finalement (le relire?)

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    1. Je l'ai lu quand j'étais ado, j'avoue que ça fait du bien de rafraîchir ses souvenirs.

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  4. Comme Keisha, un auteur que l'on apprécie d'autant plus avec une certaine maturité.

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    1. Il y a différentes façons de l'apprécier au fil des ans, le lecteur change.

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  5. Au contraire tu es une trop bonne élève!! et nous non! Bon, je reviendrai te lire quand je publierai le mien. merci pour ta participation!

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  6. Notre Dame de Paris : mieux qu'une série Télé, quoi que, il paraît , enfin, j'ai entendu dire que ce serait insurpassable. Pas lu celui là . Lu les Misérables avec intérêt (mais l'histoire je la connaissais déjà , j'avais vu au moins trois versions des Misérables au ciné ) et surtout lu et relisant par morceaux L'homme qui rit, toujours tenue en haleine !

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    1. L'Homme qui rit reste le préféré de beaucoup. Il faut aussi que je le relise d'ailleurs.

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  7. L'homme qui rit est mon préféré aussi! Même si je suis une inconditionnelle de Hugo, j'aime tout de même moins "Notre-Dame", contrairement à toi,parce que le style est plus sage que dans "L'homme qui rit" ou "les travailleurs de la mer" (mon deuxième préféré). Tu dis ce roman est moins grandiloquent, (c'est vrai car Victor Hugo manque de sobriété très souvent) mais il est aussi moins brillant!

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    1. J'ai un peu de mal avec le graaaaandiloquent, même si c'est précisément le charme d'Hugo.

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