Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

vendredi 19 février 2016

Que les gens à talent restent chez eux et ne se marient pas.

Honoré de Balzac, La fausse maîtresse, 1841.

Une longue nouvelle plutôt réussie.

Nous suivons un couple de la haute société parisienne, Clémentine et Adam, et surtout l'intendant de la maison, le capitaine Paz. Balzac nous dresse le portrait d'un amour romanesque à souhait, caché et sacrifié. Si tant d'extraordinaire est possible, c'est que nous sommes chez l'aristocratie polonaise exilée en France. Ces gens font des folies dont les médiocres hommes du monde français n'ont pas idée.
Le roman se constitue comme le petit tableau de la vie intime d'un couple de l'aristocratie parisienne dont l'existence consiste à être vu et à dépenser, mais s'inscrit dans la tonalité de Ferragus avec cette teinte de mystère qui constitue l'envers indispensable de la vie mondaine. L'idée est toujours que certaines figures échappent à la médiocrité du monde contemporain, en général grâce à leur origine peu ordinaire.
J'ai aimé aussi le contraste entre le monde du cirque, ses acrobates grotesques et vulgaires, et celui de la pure et blanche Clémentine.

Il est toujours intéressant de noter la façon dont Balzac décrit les décors et aménagements intérieurs. Un certain nombre de dames remarquables possèdent des meubles du XVIIIe siècle, souvenirs glorieux d'un monde disparu. L'hôtel d'Adam et Clémentine possède tout ce qu'il faut pour camper un monde rêvé : une serre, un salon style renaissance, une galerie moyen âge et un salon dans le goût du XVIIIe. C'est l'éclectisme ! Le tout est d'échapper à son temps (qui est décidément peu satisfaisant).

La fausse maîtresse, édition Furne.

Honoré de Balzac, La Maison-du-Chat-qui-pelote, 1830.

Un court roman dont le titre m’a toujours intriguée – mais qui ne me paraît pas remarquable.

La première moitié du récit prend place chez le drapier Guillaume, dans la fameuse Maison-du-Chat-qui-pelote, et nous peint un monde tout entier sous le signe du commerce avec les mariages contrastés des deux filles. Virginie épouse le premier commis et Augustine un beau jeune homme qui lui parle d’amour. On retrouve donc la thématique des couples en miroir – le mariage d’amour parisien n’étant jamais heureux (Mémoires de deux jeunes mariées et La femme de 30 ans). L’originalité du roman est constitué par la personnalité de l’époux : Théodore de Sommervieux est peintre (et peintre à la mode). 
Le but de Balzac est de montrer à quel point le monde des artistes est irréconciliable avec celui des commerçants. Son attitude est ambiguë : bien sûr, il fait partie de ces âmes d’élites incomprises, mais il est visible que la peinture lui semble bien plus méprisable que la littérature. 
Le roman donne une vision très romantique de la peinture et des peintres. Les chefs d’œuvre seraient dus à des sentiments exaltés uniquement et en premier lieu à l’amour. À noter l’apparition de Girodet.

Ses axiomes favoris étaient que, pour trouver le bonheur, une femme devait épouser un homme de sa classe ; on était toujours tôt ou tard puni d’avoir voulu monter trop haut ; l’amour résistait si peu aux tracas du ménage, qu’il fallait trouver l’un chez l’autre des qualités bien solides pour être heureux ; il ne fallait pas que l’un des deux époux en sût plus que l’autre, parce qu’on devait avant tout se comprendre ; un mari qui parlait grec et la femme latin risquaient de mourir de faim. Il avait inventé cette espèce de proverbe. Il comparait les mariages ainsi faits à ces anciennes étoffes de soie et de laine, dont la soie finissait toujours par couper la laine.
La Maison-du-chat-qui-pelote, édition Furne.


3 commentaires:

  1. Ce que j'ai aimé dans "La maison du chat qui pelote", c'est comment une vie tout entière est traitée en si peu de pages.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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