La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 26 août 2016

Où sommes-nous donc, postillon ?

Jules Barbey d’Aurevilly, Les Diaboliques, 1874.

Très contente de ces six nouvelles diaboliques. Avec un plaisir non dissimulé, Barbey nous présente des histoires pleines de séduction, de plaisirs et de cruauté. Mais tout est dans la façon de raconter… La langue est en effet élégante et recherchée – certains des conteurs s’écoutent un peu parler – et le lecteur y est véritablement pris.
Le Rideau cramoisi prend place dans une voiture de poste. Un ancien militaire y raconte son premier amour. Barbey ne craint pas d’approcher de certains tabous, convaincu que la haute société cache les crimes les plus atroces. C’est ainsi qu’une fille peut désirer l’amant de sa mère sans rien comprendre à l’amour ou qu’une partie de carte peut cacher un amour honteux, délicieux parce que caché. Les nouvelles racontent la délectation du mensonge, du masque, de la honte, qui parachèvent le plaisir. 

Les héros de ces aventures sont en général des dandys (des vrais). Élégance et gants anglais, imperturbabilité et expérience du mal (des femmes), les voilà pourtant pétrifiés par ce qu’ils voient ou entendent. Une belle place est réservée aux soldats de Napoléon, aux héritiers de l’Ancien régime, car l’époque actuelle est décidément bourgeoise et médiocre, d’ailleurs les costumes masculins y sont hideux, nous dit Barbey.
L’amour et la violence y prennent volontiers l’allure du fanatisme le plus dérangeant et le plus fascinant, dans des actes barbares sous les dehors de la plus haute civilité. Le dénouement, souvent inattendu, ne répond pas à toutes les questions et le lecteur reste dans la même incertitude que le narrateur. C’est ce brouillard qui fait souvent l’intérêt du récit, car il contraste avec la violence des sentiments exprimés qui eux, se détachent avec vivacité.
E. Delâtre, En visite ou La Mort en fourrure, vers 1897 eau forte et aquatinte, BNF, M&M
Elle avait déjà aimé une fois, et ce n’était pas son mari ; mais ç’avait été vertueusement, platoniquement, utopiquement, de cet amour qui exerce le cœur plus qu’il ne le remplit ; qui en prépare les forces pour un autre amour qui doit toujours bientôt le suivre, de cet amour d’essai, enfin, qui ressemble à la messe blanche que disent les jeunes prêtres pour s’exercer à dire, sans se tromper, la vraie messe, la messe consacrée… Lorsque j’arrivai dans sa vie, elle n’en était encore qu’à la messe blanche. C’est moi qui fus la véritable messe, et elle la dit alors avec toutes les cérémonies de la chose et somptueusement, comme un cardinal.

Notons pour les aficionados que l’héroïne d’une des nouvelles s’appelle Albertine. 
Destination PAL  – La liste des lectures de l’été.

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