La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 4 octobre 2016

Écrivez ! Vous verrez comme vous arriverez à vous voir tout entier !

Italo Svevo, La Conscience de Zeno, traduction de l’italien par Paul-Henri Michel revue par Mario Fusco, 1923.

Un parfait antihéros.

Le narrateur, Zeno, rédige le récit rétrospectif de sa vie, à l’attention d’un psychanalyste qu’il déteste. Il organise ce récit en grandes thématiques, sans tenir compte de la chronologie. Il raconte ses études reprises et avortées, son incapacité à se mettre à travailler (heureusement il est rentier à Trieste), la façon dont il n’a pas épousé la femme qu’il souhaitait et son incapacité à s’arrêter de fumer.
Zeno est un personnage indécis, qui ne sait pas très bien ce qu’il veut, qui ne parvient pas à s’exprimer, qui connaît mal ses forces, qui ne se fait pas comprendre et qui ne parvient jamais à imposer ses vues à ceux qui l’entourent. Un raté ? Avec tout cela, il se révèle très heureux avec sa femme qu’il aime, généreux avec sa belle-famille et finalement doué en affaires quand tout s’écroule autour de lui, comme un étrange élément de stabilité quand l’Europe s’effondre en 1914. C’est un personnage énervant et sympathie, pétri de contradictions, s’examinant en tous sens, girouette pas toujours compréhensible. On est tenté de se moquer de lui ou de le trouver attachant.
S. Crustier, Rain on Princess street, vers 1913, Dundee's art gallery and museum, M&M
Le roman se déroule dans la Trieste autrichienne. Il est peu fait allusion au contexte, à l’exception de considérations linguistiques puisque les personnages parlent le dialecte entre eux et ont du mal à parler ou écrire l’italien, alors même qu’ils ont des notions d’allemand. C’est un roman représentatif de cette fin du XIXe siècle et du début XXe siècle, où de grandes familles rentières forment l’élite d’une ville – c’est très fin de siècle. Difficile de ne pas penser à Proust : le narrateur de la Recherche se révèle lui aussi incapable de travailler, de savoir ce qu’il veut et s’interroge sans trêve sur les maladies du corps et de l’esprit. C’est ainsi que la santé semble anormale à Zeno et c’est presque avec soulagement qu’il retrouve sa douleur quotidienne. Il manifeste également un grand goût pour les dates importantes (notamment toutes celles où il a arrêté de fumer).
Attention, début du roman franchement déstabilisant !

Je compris finalement ce qu’était la santé parfaite quand je devinai que la vie présente était pour Augusta une vérité tangible où l’on peut se mettre à l’abri et se tenir au chaud. J’essayai d’être admis dans ce monde clos et d’y résider à mon tour, bien décidé à m’abstenir des critiques et des railleries qui étaient les signes d’une maladie dont je ne devais pas infecter celle qui s’était confiée à moi. Mon effort pour la préserver me permit d’imiter quelque temps les réflexes d’un homme sain.

L’avis de Jimmy. Le mois italien d’Eimelle.


2 commentaires:

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