Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

mardi 18 octobre 2016

Qu’est-ce qu’on va faire là-bas ?

Emmanuel Lepage, Un printemps à Tchernobyl, paru en 2012 chez Futuropolis.

15 ans après Tchernobyl… Une résidence d’artistes est créée à proximité de la centrale afin que des dessinateurs et photographes y résident et conçoivent un livre vendu au profit des enfants de la région, atteints par diverses maladies. Lepage est de l’épopée et il raconte.


À partir de divers documents et du livre de Svetlana Alexievitch, il relate les premières heures qui ont suivi l’accident et les mesures prises pour endiguer la catastrophe et sauver l’Europe (sauf la France, souvenez-vous de la fable La Frontière et le nuage). Il raconte comment il prend la décision de se rendre là-bas pour témoigner et pour être militant, ses peurs, ses hésitations et finalement son séjour.
Ce qu’il voit le conforte d’abord dans son attente : une ville post-soviétique grise et froide. Une excursion, avec toutes les autorisations, est organisée sur le site de la centrale, dans un climat de peur et de stress, parce que le temps (d’exposition) est compté et parce que le dosimètre fait entendre son tic tic tic incessant. Puis, c’est l’exploration de la région : sa forêt magnifique, ses animaux sauvages, les chemins qui permettent de contourner les barrages. Lepage s’interroge : il a peur et enveloppe ses pieds de sacs plastiques et conserve un masque sur la bouche, mais mange la nourriture locale. Quoi de plus inoffensifs a priori que les bons produits du marché ? Mais pas ici. Il guette sur les visages de ceux qu’il côtoie les signes de la radioactivité et de la maladie. Il s’attendait à voir des moutons à cinq pattes et des monstres, il ne trouve que des enfants pleins de vie, quelques alcooliques, des gens vivant dans la misère et une nature libre et luxuriante. Ses dessins seraient-ils mensongers ? Peu à peu la couleur entre dans l’album. Le lourd noir et blanc du début (j’ai pensé à Volodine) fait place à des pastels légers et colorés, pleins de vie, à la couleur intense.
C’est un album très humain. Ce n’est pas un militant anti-nucléaire qui parle, mais plutôt un ancien gosse fasciné par les univers post-apocalyptiques qui a l’occasion de se rendre dans un endroit où « cela s’est vraiment passé » et qui se confronte à la réalité de la vie qui continue et des ambiguïtés de tout un chacun.


Tchernobyl, comme lieu et comme événement, suscite une étrange fascination morbide. Lepage mentionne les anecdotes impossibles à vérifier, les rumeurs, les légendes et les mesures officielles qui ont pour but de faire croire que l’on maîtrise un truc qui nous dépasse totalement.


L’avis de Christophe.

4 commentaires:

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    1. Tu pourras la lire à Besançon je pense !

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  2. Un album tout à fait indiqué après ma lecture de "La Supplication".

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    1. Oui, en effet, il complète très bien la lecture d'Alexievitch.

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