La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 28 décembre 2016

La victoire aux écus.

Honoré de Balzac, Les Employés ou La Femme supérieure, 1838.

Une lecture agréable.

Avec ce roman, Balzac nous plonge dans le monde des bureaux et des employés. Le chef est en train de mourir et sa succession se joue entre Rabourdin, intelligent et dévoué à l'État et Baudoyer, un imbécile complet. Or chacun de ces hommes est doté d'une femme supérieure – comprenez, qui s'y connaît en intrigues. Il faut en outre compter avec un certain Des Lupeaulx.
Le roman souffre un peu du fait que Balzac a voulu courir deux lièvres à la fois : d'une part dresser un portrait de l'administration et d'autre part faire le récit d'une intrigue. L'évocation de l'administration, impersonnelle car on ne saura jamais de quel ministère il s'agit, est un peu fastidieuse avec son défilé d'employés, tous plus ou moins médiocres, même si certaines figures se détachent incontestablement. On est dans la droite ligne d'Émile Gaboriau.
L'intrigue est plus réussie même si Balzac ne parvient pas à éviter son travers habituel : la fin est écrite d'avance et les personnages obéissent au déterminisme et à la fatalité du bon vouloir de l'auteur. Heureusement, certains sortent du cadre prévu et parviennent à s'imposer. C'est le cas de Célestine, la femme de Rabourdin qui oscille entre différentes tentations, toutes plus alléchantes, de Rabourdin lui-même et surtout de Des Lupeaulx, un très bon personnage, méchant et attachant à la fois.
Daumier, Le roi Louis-Philippe, 1834, New York, Metropolitan, image RMN.
Ce roman est une critique de l'administration pléthorique et bonne à rien, qui symbolise l'entrée des masses sur le théâtre de la décision politique. On est donc en pleine nostalgie du Conseil du Roi. Rabourdin rêve d'être le Colbert ou le Napoléon ou du moins le grand homme de l'administration – pourtant royaume de l’anonymat.


Je note, comme souvent, la très fine analyse des vêtements portés par les uns et les autres comme marqueurs sociaux et psychologiques.

D'ailleurs, ça ne me regarde pas, moi, les malheurs de mes proches, reprit Bidault-Gigonnet. J'ai pour principe de ne jamais me laisser aller ni avec mes amis, ni avec mes parents, car on ne peut périr que par les endroits faibles. Adressez-vous à Gobseck, il est doux.





2 commentaires:

  1. je n'ai pas la même grande connaissance de Balzac que toi aussi c'est un plaisir de découvrir un texte intéressant ici
    je me suis replongée dans Balzac cet été et depuis je poursuis mon bonhomme de chemin avec plaisir et parfois avec surprise car si effectivement comme tu le dis certains travers sont convenus et répétés on a parfois d'excellentes surprises et toujours une belle admiration pour sa verve
    j'ai relus tous tes billets Balzac : chapeau !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as lu tous mes billets sur Balzac ? Oh tu m'impressionnes, je me serai lassée !
      En effet, ses romans moins connus offrent souvent de belles trouvailles et forment un beau panorama.

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").