La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 6 juin 2017

Dans le domaine de la prière, c’était une vraie terreur.

James McBride, L’Oiseau du Bon Dieu, traduit de l’américain par François Happe, parution originale en 2013, édité en France par Gallmeister.

On a découvert un manuscrit… C’est un petit garçon noir qui raconte comment, sous le déguisement d’une petite fille, il a suivi l’épopée du Vieux John Brown, un abolitionniste-fusil-en-main (on est quelques années avant la guerre de Sécession).

John Brown est un homme convaincu de la nécessité d’abolir l’esclavage. Il agit en chrétien et prêche et prie pendant des heures. Il erre dans les plaines du Kansas avec un vieux chariot, des armes, des chevaux volés, ses fils et deux ou trois suiveurs. C’est un fou, un fanatique qui n’hésite pas à couper les têtes des esclavagistes. Le problème est qu’il n’a pas grand sens des réalités et que les Noirs n’ont pas vraiment envie de se battre.

Je jurerai son bon Dieu de foutu nom à chaque fois que ça me plaira, nom de Dieu ! Je le hurlerai dans le cul d’un cochon mort et je l’enfoncerai dans ta gorge de bouffeur de merde de Yankee, espèce de nom de Dieu de négro à la peau retournée à l’envers !

C’est un roman à multiples facettes, passionnant, drôle et tragique à la fois – j’ai beaucoup aimé.
Il y a tout d’abord le portrait d’un pays, vu par un Noir. On nous raconte la vie des esclaves, avec leur comportement tout entier déterminé par l’esclavage et la nécessité de plaire au maître et de dissimuler sa personnalité et ses émotions. C’est un aussi un pays divisé entre une zone libre et le « Sud », avec ses voleurs d’esclaves, ses passages clandestins vers les grandes villes du Nord et sa frontière intérieure. L’armée fédérale est chargée de maintenir l’ordre, ce qui l’entraîne à se battre aussi bien contre le bandit Brown que contre les esclavagistes et leurs milices. Certaines villes semblent ainsi en proie à une guerre civile permanente. Plusieurs scènes sont révélatrices également des rapports entre les Métis et les Noirs.

- Fiston, qu’il me disait comme ça, souviens-toi toujours du livre d’Hézékial, chapitre 12, verset 17 : « Tends ton verre à ton voisin assoiffé, Capitaine Achab, et qu’il boive son content. »
Il a fallu que j’attende d’être adulte pour apprendre qu’y avait pas de livre d’Hézékial dans la Bible. Et qu’y avait pas de Capitaine Achab non plus. En fait, P’pa savait pas lire du tout, et il récitait seulement les versets de la Bible qu’il avait entendu dire par les Blancs.

Il y a ensuite le narrateur. Henry devenu Henrietta, qui affirme constamment être préoccupé de sauver ses fesses, de vouloir manger et boire, bien au chaud, et qui ne semble pas avoir une opinion très favorable de ces abolitionnistes fous furieux. Mais enfin, il les suit pendant des années et ne cesse de revenir vers eux. Lui aussi le voici conquis par la grandeur de ces gars aux vêtements troués et touché par leur sincérité.
Le vrai John Brown. Image Wiki.
Car il y a Brown, ses prières interminables, qui invente toutes les citations de la Bible possibles (ce qui semble être un sport national) et qui parle en majuscule. Pas de non-violence, pas de discours, pas d’argent non plus. Il s’agit d’errer et de se battre, sans plan préconçu, en accumulant les erreurs, mais sans peur, car Dieu est avec nous. Ce personnage donne une vision intéressante de la foi, avec ses aspects ridicules, mais aussi sa grandeur. Ces aventuriers qui mangent de l’écureuil grillé font la guerre, avec des références romaines et bibliques, pour une cause juste, qui les dépasse. Ils savent qu’ils seront tous pendus. Mais peu après, la guerre de Sécession débutera.

Une langue merveilleuse, cynique, mais qui transmet beaucoup d’émotion. Tout est décrit sans pudeur et sans pincettes, avec une justesse redoutable. On rit, on sourit à l’invention verbale, et on aimerait bien que l’histoire puisse s’écrire autrement.

Le plus beau, c’est que John Brown a existé. Russel Banks y a également consacré un roman, Pourfendeur de nuages.

Bien, maintenant, qu’il fait, comme je l’ai déjà dit, j’ai communié avec notre Grand Rédempteur, Lui Qui a versé Son sang. On a discuté de cette entreprise de fond en comble. On s’est enveloppés l’un l’autre de notre esprit, comme un cocon enveloppe le charançon du coton. J’ai entendu Ses pensées, et après les avoir entendues, je dois dire ici que je ne suis, moi, qu’une minuscule cacahuète sur le rebord de la fenêtre des grandioses et puissantes pensées de notre Sauveur.

Merci à Babelio et Gallmeister pour la lecture.

L'avis de Claudia Lucia qui parle à juste titre d’un roman picaresque.



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