La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 5 septembre 2017

Le clair de lune tombe au bout de mon lit et reste là couché comme une grosse pierre plate et luisante.

Gustav Meyrink, Le Golem, traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre, parution originale 1915.

Avec ce titre, on s’attend à une nouvelle variation sur le mythe du Golem (comme celle de Singer par exemple). Mais non. Ce qui nous est proposé est bien plus original.
Le narrateur commence par nous raconter un rêve un peu étrange. Puis il s’éveille et commence alors son récit dans la vieille ville juive de Prague. Ville juive fantomatique, habitée de bars, de tripots et de bordels. Quelques habitants se détachent : le malfaisant brocanteur (et sa fille) et le voisin homme de sagesse (et sa fille), ainsi que les amis non juifs du narrateur, qui racontent les histoires les plus folles sur ce ghetto. Notre héros se trouve peu à peu pris dans une histoire de complot et de vengeance, un peu obscure et compliquée, tout en apprenant qu’il est fou et que son passé a été occulté. En outre, l’apparition du Golem a été signalée dans la ville et un certain nombre de choses font penser que… je ne vais pas vous dire.
En voilà un roman étrange ! Il est peu véritablement question du Golem, dont la présence fantomatique hante pourtant tout le livre. Le narrateur et le lecteur ne peuvent s’empêcher d’y penser à plusieurs reprises. De façon générale, les mythes juifs sont présents à titre de décor fantastique et inquiétant, ésotérique et oriental, vaguement inquiétant. Aucun réalisme à attendre de cette évocation du quartier juif disparu (rasé en 1915 pour « assainir » la ville), ce qui n’empêche pas les clichés antisémites d’être bien présents (ah ! le fameux juif millionnaire qui possède la moitié de la ville, et tout un tas de choses déplaisantes), tout en étant exploités de façon particulièrement créative.
Klee, Dance you monster to my soft song, 1922, Guggenheim NY, M&M.
Ce n’est pas un roman confortable pour le lecteur, toujours embarqué dans la psyché compliquée du narrateur (psychanalyse qui vient d’apparaître, bonjour !), dans ses rêves, ses craintes, dans les histoires rapportées par les uns et les autres. De plus, le vocabulaire se situe dans une veine symboliste, voire précieuse ou kitsch. Tous les objets semblent habités d’une vie sourde et non contrôlée, ce qui est tout à fait inquiétant. Le lecteur a peur, sans trop savoir pourquoi. Malaise, boue, angoisse, tout cela finit par contaminer le lecteur. C’est donc plutôt réussi.

Les trombes d’eau balayaient les toits et dévalaient le long des façades comme des torrents de larmes sur un visage.
En avançant la tête et en la tournant un peu je pouvais voir ma fenêtre au quatrième, là-haut, l’eau ruisselait sur les vitres, qui avaient l’air complètement ramollies, opaques et grumeleuses comme de la gélatine d’esturgeon.

J’indique l’Autriche comme pays, car Meyrink est né et a vécu à Vienne (il a aussi habité Prague), mais c’est un représentant de feu l’empire d’Autriche-Hongrie.


Destination PAL – la liste complète des lectures d’été.

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