La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 20 décembre 2017

Autrefois, à en croire les discours populaires, chaque isthme avait son démon qui le hantait.

Victor Hugo, Han d’Islande, 1823.

Un Hugo de jeunesse.
L’histoire débute en Norvège, avec la découverte de trois cadavres. Puis, l’action se transporte dans une forteresse où est emprisonné un prisonnier politique, le vieux Schumacker et son adorable fille Éthel, et où apparaît le bel Ordener (mais on ne sait pas qui il est). S’ensuit une histoire d’amour, avec une histoire de machination politique et de complot, sur fond d’un pays en proie au diable et aux esprits. Et Han d’Islande dans tout ça ? C’est un géant, un petit homme, un animal, un démon, un homme aux ongles crochus, qui boit du sang humain, mais parfaitement capable de se déguiser en moine et qui rôde et qui suit sa propre voie.

Guldon Stayper, tu as sur ta tête grise cinquante-sept bonnes années, ce qui n’est jeunesse que pour le hibou. Guldon Stayper, notre camarade, j’aimerais mieux pour toi que les diamants de cette boucle fussent des grains de mil, si tu ne l’as pas acquise légitimement, aussi légitimement que le faisan royal acquiert la balle de plomb du mousquet.

C’est que nous sommes en Norvège en 1699 et il y a quelque chose de pourri dans ce royaume. Ordener a tout en effet du héros romantique, ne vivant que pour l’amour et ne désirant que la mort, peu politique et peu stratège. Il s’en va sur une terre mystérieuse, avec des montagnes, des ruines, des démons, des fées, des hommes vêtus de peaux de bête. Han d’Islande représente le comble de l’homme sauvage, terrifiant, échappant à toute loi, acteur imprévisible du récit. Hugo ne nous épargne aucune scène sanglante ou dégoulinante, avec une certaine complaisance – on est dans un autre monde.
Je n’ai pas trouvé ce roman formidable. Comme dit ma sœur, il ne faut pas le lire trop vieux (je suis donc…). Les héros, Ordener et Éthel, n’ont aucune épaisseur psychologique (j’ai même trouvé Ordener assez niais, en tout cas il est totalement aveugle à ce qui l’entoure) et il est difficile de trembler pour eux. Comme souvent, les méchants comploteurs s’en sortent mieux. Et puis, Hugo a voulu tout mettre : des citations intelligentes ou évocatrices en tête de chaque chapitre, plein de noms propres exotiques pour faire atmosphère, toutes les légendes de Norvège, des ruines et des cavernes (bon, il est jeune, il a testé tous les éclairages du théâtre en une seule soirée et c’est un peu trop).
 
Détail d'un Martyre de Saint Jean, 1475-1500, Colmar Unterlinden.
Les traits du petit homme, que la lumière faisait vivement ressortir, avaient quelque chose d’extraordinairement sauvage. Sa barbe était rousse et touffue, et son front, caché sous un bonnet de peau d’élan, paraissait hérissé de cheveux de même couleur ; sa bouche était large, ses lèvres épaisses, ses dents blanches, aiguës et séparées ; son nez, recourbé comme le bec de l’aigle ; et son œil gris bleu, extrêmement mobile, lançait sur Spiagudry un regard oblique, où la férocité du tigre n’était tempérée que par la malice du singe. Ce personnage singulier était armé d’un large sabre, d’un poignard sans fourreau, et d’une hache à tranchant de pierre, sur le long manche de laquelle il était appuyé ; ses mains étaient couvertes de gros gants de peau de renard bleu.

L'avis de Claudia Lucia.



2 commentaires:

  1. Ta soeur a raison ! C'est le genre de livre qui doit te faire une peur bleue si tu le lis quand tu es ado ! Là, c'est difficile à prendre au sérieux ! Et je suis d'accord avec toi : Ordener n'a pas l'air très intelligent; même quand le danger est évident, il y fonce tête baissée.
    N'empêche qu'écrire un roman pareil à 18 ans est une prouesse.

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    1. Oui on n'y croit pas tellement. Moi ce qui me va, c'est que ça finit bien, c'est un truc que j'apprécie.

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