La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 13 mars 2018

Vous avez été échangé quelques jours après votre naissance.

Tommaso di Carpegna Falconieri, L’Homme qui se prenait pour le roi de France, traduit de l’italien par Colette Collomp, parution originale en 2005, édité en France et en 2018 par Tallandier.

Tout est dans le titre. Nous sommes au XIVe siècle et un marchand de Sienne se prend pour le roi de France – et ce n’est pas un roman !
Au début de l’histoire, nous retrouvons Cola di Rienzo, le tribun de Rome dont les aventures m’avaient déjà intéressée. C’est lui qui fabrique le « monstre » en révélant à Giannino di Guccio, richissime marchand de Sienne, qu’il est en réalité le roi de France, suite à un échange d’enfants au berceau. C’est que nous sommes à une période compliquée. D’abord les faux rois ne sont pas si rares, dans toute l’Europe. En France d’ailleurs, les prétendants sont multiples entre le vrai roi, Jean II qui est prisonnier, le roi d’Angleterre qui revendique la couronne de France, le Dauphin et le cousin de Navarre – on est en pleine Guerre de cent ans. Giannino se lance donc : il cherche d’abord à convaincre les Siennois, puis les condottiere qui se trouvent en Italie, le roi de Hongrie, le Pape qui se trouve à Avignon, les mercenaires, la famille de Navarre, le roi de Naples qui gouverne la Provence… Autour de lui gravitent des individus sincères et d’autres qui abusent de sa bonne foi, un étonnant juif converti au christianisme, des hommes d’armes, des prélats, des hommes de loi. Il voyage dans une bonne partie de l’Europe pour faire reconnaître ses droits à la couronne de France – en vain.
Famille Memmi, Sainte Madeleine, XIVe siècle, Petit Palais d'Avignon.

C'est passionnant. L’auteur nous raconte les documents d’archives, détaille les faux et les sceaux, présente les acteurs et le contexte troublé qui permit à cette folie de vivre pendant plusieurs années. Il est question de faux documents, de la revendication des habitants d’Aix-en-Provence, d’une évasion manquée et du réseau des commerçants siennois installés dans toute l’Europe.
Giannino est-il fou ou sincère ? Et qui est le vrai roi de France ? L’histoire recèle toujours des merveilles improbables, des personnages dignes d’une pièce de Shakespeare et il serait dommage de s’en priver. L’ouvrage se lit avec un réel plaisir, car il est écrit à la fois avec légèreté et précision.

Tout cela donne furieusement envie de se coller dans Les Rois maudits.

Anti-héros absolu, souverain mais pas chevalier, Giannino di Guccio n’avait pas participé en personne à sa première et unique bataille. Mais il est doux de penser qu’au moins un temps, la bannière du roi Giannino a flotté sur le mât de la plus haute tour de Pont-Saint-Esprit. Alors qu’une moitié de la France était aux couleurs du pavois d’azur semé de fleurs de lys d’or et que l’autre obéissait à l’étendard aux lys et aux léopards d’Angleterre, sur la grosse tour d’une petite ville flottait un drapeau étrange, fabriqué à Milan par le juif Daniel : un drapeau azur constellé de lys d’or avec un grand soleil au beau milieu.

Merci à Babelio et à Tallandier pour cette lecture. L’auteur a accordé un entretien très intéressant à France Culture.





4 commentaires:

  1. L'histoire n'est pas banale et le contexte historique me plaît. Allez, colle-toi dans Les Rois maudits, tu en auras pour un long moment de plaisir.

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    1. En vrai j'ai commencé la lecture des Rois, mais je me suis arrêtée en cours de route. Faudrait donc que je m'y remette sérieusement.

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