La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 1 octobre 2018

Dieu a créé l’herbe pour qu’on l’utilise.


Dan O’Brien, Les Bisons de Broken Heart, traduit de l’américain par Laura Derajinski, publication originale 2001.

En avant les bisons.
Ceci n’est pas un roman. O’Brien nous raconte sa vie sur les grandes plaines du Dakota du Sud (un état très loin du sud). Tour à tour, il fait le récit de l’appropriation des lieux par l’homme blanc, de l’extermination du bison, de l’élevage de la vache, des conditions déplorables de cet élevage et de ses débuts pour élever le bison.

Je me suis concentré sur ses cils, longs et expressifs, alors qu’il chassait un papillon jaune d’un battement de paupière. Tranquillement, la tête s’est baissée et les pattes se sont dépliées sous l’imposant animal. La courte queue en pinceau a fouetté la poussière et le bison s’est balancé une première fois, puis une seconde, et s’est mis sur ses pattes. Il s’est ébroué comme un chien et un nuage de poussière du Dakota du Sud s’est élevé autour de lui, flottant dans la brise fraîche du soir.

Le récit alterne tout d’abord entre les considérations historiques et les portraits de cultivateurs de la région. Ces familles se démènent dans une misère noire, beaucoup de travail, mais encore plus de dettes, car l’endroit n’est pas propice aux vaches. Selon O’Brien, ces gens sont d’une certaine façon victime du grand mythe de l’Ouest, de l’homme libre sur ses terres, ne vivant que par la ténacité et la vertu de son labeur – alors que les subventions fédérales sont obligatoires, que les vaches ne survivent qu’à coup d’antibiotiques et que la prairie se désertifie. Il est également question de la qualité de l’herbe et des conséquences du passage d’un troupeau de vaches versusle piétinement d’un troupeau de bisons. Ces gros animaux sont parfaitement adaptés au vent et au froid, ils n’ont besoin ni de foin ni d’eau et leur passage permet la régénération de la flore et donc de la faune. O’Brien nous raconte tous ses doutes quand il décide de passer de la vache au bison et toutes les nouvelles contraintes qui s’abattent d’un coup sur lui : emprunter à la banque, construire des clôtures solides, transporter les animaux, tout en rêvant au moment divin où il pourra enfin faire griller un steak de bison.

Aucune famille ne pouvait vivre sur ces soixante-cinq hectares de terres accordées par les Homestead Acts. Elle avait dû le savoir à la minute même où elle avait posé les yeux sur cet endroit. Mais elle avait fait de son mieux, et quand tout avait échoué, elle avait poursuivi sa route. Elle donnait une image bien plus vraie du pionnier américain que les quelques hommes célébrés pour leur ténacité. 
Pile de crânes de bison destinés à devenir du fertilisant vers 1870. Image Wikipedia.

Un récit passionnant, qui nous transporte ailleurs, dans l’herbe, dans une autre époque, qui nous dit aussi de nous méfier des belles images de cow-boys qui forment la religion de l’Amérique, mais qui ne sont que mensonges, qui traite de l’ultra local et du global – car le modèle économique choisi par O’Brien n’est viable que grâce à l’existence d’aéroports. Et puis, bien sûr, le bison, cet animal qui n’est pas une simple grosse vache. Roux et doré quand il est petit, noir adulte, couvert de fourrure, sauvage.

La plupart des bisons qui avaient baissé la tête et creusaient la neige pour atteindre les biscuits étaient les vieilles femelles du 777. Elles mangeaient pour deux et devenaient grosses comme des wagons. Elles mettraient bas bientôt et, à les observer chasser les jeunes avec une grâce maternelle et bourrue, j’étais empli d’impatience et de fierté. Ce jour-là, j’avais arrêté de m’inquiéter pour mes finances, suffisamment pour redevenir un être humain. On est restés là longtemps et je me suis surpris à penser au goût fabuleux d’un jeune mâle cuit saignant sur du charbon de bois.

O'Brien a un site internet, si cela vous dit : https://wildideabuffalo.com
Sur ce blog, les bisons sont également les héros de Bénis soient les enfants et les bêtes de Glendon Swarthout.

Merci Sylvie pour la lecture !


4 commentaires:

  1. un auteur que j'aime et que j'ai lu dès ses débuts en écriture avec rites d'automne qui est un livre que je relis régulièrement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah il faudra que je me penche sur ce titre alors.

      Supprimer
  2. J'ai lu plusieurs de ses livres (et je les recommande!)

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont "modérés" en espérant ne plus avoir droit à compter les escaliers et les feux rouges (Blogspot enquiquine le monde). Si le compte Google ne marche pas, vous pouvez juste indiquer votre prénom (et croisez les doigts). Merci !