La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 25 janvier 2019

Je me couche et j’attends le sommeil comme on attendrait le bourreau.

Guy de Maupassant, Le Horla, recueil de nouvelles, 1887.

Relecture d’un ultra classique du fantastique. Le narrateur, habitant dans sa belle maison en Normandie, au bord de Seine, tient son journal. Il dort mal. Il se sent oppressé, en proie à des pensées tristes. Il lui semble qu’un être se tient près de lui pendant son sommeil. Il s’éloigne, il va mieux. Il revient, son état empire. Il… 
Que décider ? Qu’il devient fou ou que son ennemi, le horla, s’est définitivement emparé de lui ? Nous n’en saurons rien.
Cette longue nouvelle est d’une prodigieuse habileté. Nous n’avons que le point de vue du narrateur et rien que le sien. Il essaie de trouver des liens logiques entre différents événements, argumente et raisonne, divague sur d’autres, revient à ses esprits… et son mal-être reprend. Qui niera ses cauchemars, ses angoisses, son désespoir ? Le journal entraîne des coupures dans la narration, des interruptions brutales, ce qui est bien sûr très malin de la part de Maupassant.
Je note qu’ici encore, comme dans Notre cœur, le Mont-Saint-Michel apparaît comme un refuge pour l’âme.
Un texte empli d’effroi et de désespoir : Maupassant l’a écrit alors qu’il commençait à être atteint par la folie.

6 août. – Cette fois, je ne suis pas fou. J’ai vu… j’ai vu… j’ai vu !... Je ne puis plus douter… j’ai vu !... J’ai encore froid jusque dans les ongles… j’ai encore peur jusque dans les moelles… j’ai vu !...

J’ai dormi, pourtant.
9 août. – Rien, mais j’ai peur.
10 août. – Rien ; qu’arrivera-t-il demain ?
11 août. – Toujours rien ; je ne puis plus rester chez moi avec cette crainte et cette pensée entrées en mon âme ; je vais partir.
Gustave Moreau, Paysage ébauche, musée G. Moreau.

Les autres nouvelles mêlent différents tons. Certaines sont normandes, mais l’une se déroule dans les Alpes, sous la neige (avec un récit de folie proche de celui du Horla). L’une rend hommage aux émotions ressenties par les animaux. Plusieurs montrent des femmes comme il faut, soumises à leur mari comme il faut, mais habiles à s’échapper du carcan et à s’offrir un peu de liberté et de plaisir.
  
La petite marquise de Rennedon dormait encore, dans sa chambre close et parfumée, dans son grand lit doux et bas, dans ses draps de batiste légère, fine comme une dentelle, caressants comme un baiser ; elle dormait seule, tranquille, de l’heureux et profond sommeil des divorcées.

Ceux que je préfère, moi, ce sont les amoureux des autres. Ceux-là, je les enlève d’assaut, à… à… à… à la baïonnette, ma chère !

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