La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 1 avril 2021

Les chiens de la guerre étaient lâchés.

 Le Journal de miss Jacot. 1870, siège de Strasbourg, traduit de l’anglais par René Kappler et Jean-Claude Ménégoz, publié par La Louve en 2020 (1e édition en 1996).

 

Il s’agit d’un manuscrit retrouvé : Miss Jacot, gouvernante anglaise (ou irlandaise) de la riche famille alsacienne Herrenschmidt, raconte l’arrivée des Prussiens à Strasbourg en 1870. Car en 1870, point d’Allemands, mais uniquement des Prussiens ! La belle demeure est à quelque distance de la ville et la gouvernante raconte les bombardements, les incendies, l’arrivée des soldats, la peur, la destruction de la maison, la fuite et la recherche d’un nouvel abri. On n’est pas dans le petit peuple de la ville, qui a dû souffrir autrement du siège, mais j’ai apprécié ce récit très vivant et très précis, plein de vérité.


Jamais jusque-là je n’avais vraiment senti quelle vilaine chose est la guerre. Enlevez « ses pompes et ses grandeurs » et elle est tout simplement horrible et épouvantable. C’était affreux d’entendre ces hommes parler de ce qu’ils avaient vu et fait, montrer les marques restées sur leurs baïonnettes, etc. Ils disaient que les morts étaient si serrés qu’ils restaient debout ! Espérons qu’ils en rajoutaient.


On a les morceaux de bravoure attendus (la prière, la sauvegarde des biens précieux, la confrontation avec les officiers prussiens, le soin aux soldats français blessés – dont certains, venus d’Algérie, sont pleins de charme) et des choses plus inattendues : un cimetière détruit par un bombardement ou les premiers brassards de la Croix Rouge qui a été fondée une dizaine d’années auparavant, pour permettre au médecin de circuler.

J’ai aimé le côté concret des descriptions, très vivant, sans lyrisme particulier. Il faut s’adapter à l’événement puisqu’on n’y peut rien. Notre témoin raconte de façon très expressive la terreur des bombardements, la peur quand on se couche tout habillée, prête à partir immédiatement au cas où, la difficulté de communiquer d’un lieu à un autre et de s’envoyer des lettres pour donner des nouvelles des différents membres de la famille.

On a affaire à une famille socialement favorisée qui, de ce fait, se retrouve contrainte à héberger l’ennemi et à composer avec. Il y a des destructions matérielles et des blessures, mais heureusement la famille s’en sort plutôt bien.

 

Nous entendions les pas des soldats et percevions clairement les voix et jusqu’aux paroles de l’officier qui commandait. Nous étions si bien accoutumés au son du canon qu’on pourrait penser qu’il n’y avait dans tout cela guère de quoi nous émouvoir. Mais l’étau se resserre autour de nous, et s’ils se rapprochent encore, ils seront littéralement à nos portes.

 

G. Brion, En Alsace. Nouvelles de France, 1874, Colmar Unterlinden
Une autrice.

 

Merci à Babelio et à la Louve pour cette lecture. Le souvenir de la guerre de 1870 est éclipsé par celui de la Commune et c’est un peu dommage. Je suis d’autant plus heureuse de ma lecture. Heureusement j’ai vu un documentaire très intéressant, en trois parties, diffusé sur le sujet par Arte à l’automne 2020 et je disposais ainsi de quelques repères.

 

4 commentaires:

  1. Ah ce genre de témoignages d'époque, très bien en effet!

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  2. C'est vraiment un journal ? la guerre de 1870 pour moi quand on l'évoque c'est le roman de Zola et la bataille de Sedan.Une description inoubliable !

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    1. Oui, un journal manuscrit, sans doute des lettres destinées à des amies.
      Il y a Zola et plusieurs récits de Maupassant, qui s'intéressent plus à l'occupation.

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