La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mercredi 13 août 2025

Et le chœur de l’aube, tout le contraire.

 
Seamus Heaney, « La pulsation », recueil La Lucarne, 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.

Glissement facile
du moulinet. Un bref
coup de poignet
et le vairon filait 

murmurant et soyeux,
alourdi d’un rien.
C’était la claire joie
du matin, tout le contraire

d’un effort – une pure
durée : alors
la pulsation de la ligne
pénétrant l’eau

était plus faible dans la main
que le battement remémoré
du cœur d’un oiseau. Alors, après
cet abandon fugitif, il était bon

de rembobiner, de se sentir 
rattaché par un fil, des talons
jusqu’au bout de la gaule, à la ferme
prise de la rivière effilochée.

Quand je pense que personne ne propose de challenge littéraire sur la pêche à la ligne, alors qu'il y a une telle bibliographie sur le sujet !
Le blog est en vacances et espère que vous prenez le frais au bord de la rivière.


mardi 20 août 2024

Fin de la ligne. Effleurements. Où est-il passé ?

 


Seamus Heaney, « Lancer, ramener » La Lucarne, 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.

 

En ce temps-là, chaque rive avait son petit bruit :

 

Sur la rive gauche, un lancer effilé de soie verte

Chuchotait dans les airs, disant silence

Et sève, libre absolument, sifflement

Par-dessus les foins ou sur la rivière.

 

Sur la rive droite, comme une grive en vol,

Un cliquetis sec sans cesse tranchait

Le silence car un autre

Pêcheur ramenait son fil interminable.

 

Je suis là-bas encore, rêveur éveillé,

J’ai grandi mais je les vois tous deux

Lever bras et cannes, en plein travail,

Chacun d’eux absorbé, enveloppé par les sons produits.

 

L’un de ces sons dit : « Tu ne vaux pas un clou,

Mais personne ne vaut rien. Allons ! Sois rigoureux. »

Et l’autre dit : « Vas-y ! Donne du mou, tire un coup sec.

Tu es ce que tu sens au bord de la rivière. »

 

J’aimais l’air apaisé. Je crois à ce qui s’oppose.

Les années passent et je demeure :

Un homme lance sa ligne, l’autre la ramène,

Et puis vice versa, sans changer de côté.



Retour dans quelques jours...


mardi 10 août 2021

Un employé banal qui a vu la poésie.

 Seamus Heaney, La Lucarne, parution originale 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.

« Le tir »

 

C’était le bon temps –

taper dans un ballon de cuir

plus juste et plus loin

qu’on ne l’aurait cru !

 

Il crépitait

dur et rapide par-dessus

herbe et pâquerettes,

il faisait un bruit sourd

 

mais il chantait aussi,

capturant les sons

clairs et secs.

Parfois le gardien l’attrapait au vol

 

et c’était un cri sur la touche :

Vas-y, tire ! Quel coup de pied,

et quelle incroyable chandelle !

Était-ce toi

 

ou le ballon qui toujours

continuait de s’élever,

de plus en plus haut,

libre lugubrement ?

Raymond Duchamp-Villon, Joueurs de football, 1905, Rouen BA