La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 3 février 2011

Marcel à la télé

Quand on proclame dans le nom de son blog être une fan de Proust, on se doit de donner son opinion à propos du téléfilm diffusé cette semaine sur France 2. Je précise préalablement que c’était la première adaptation de la Recherche que je voyais et que de celle-ci, j’ai vu les 10 premières minutes du premier épisode et l’intégralité du second.
    Premier constat : oui, évidemment, on est loin du roman et encore plus loin de ce que moi, je peux avoir en tête, mais je trouve ça plutôt normal et rassurant. Il me semble qu’il serait possible de réaliser une série, un feuilleton d’après le roman de Proust. Ce qui est frappant dans l’adaptation télévisuelle, c’est la vitesse à laquelle tout se déroule alors même que le roman se déploie lentement. D’un autre côté, Nina Companeez réussit relativement bien à éviter de faire de la Recherche une succession d’épisodes, en conservant plutôt une ligne continue. Les personnages défilent, souvent de façon théâtrale, comme dans la comédie mondaine, comme dans un roman construit de toutes pièces dans la tête du narrateur. Cette affectation n’est pas si mal venue. La rapidité et le genre même (une adaptation visuelle) met beaucoup plus l’accent sur cette mondanité, sur l’aspect comédie de mœurs, il me semble que c’est plus ou moins inévitable. Le monologue du narrateur et ses phrases sans fin sont faits pour être lus et conviennent mal à une écoute. Les reléguer en voix off comme le choisit Nina Companeez est un palliatif un peu faible mais comment faire autrement ?
   Non, pour moi, la grande réussite du téléfilm est de faire jouer le narrateur par Micha Lescot. Ce grand dadais dégingandé qui se cramponne en permanence à son veston convient tout à fait. Sentimental, les yeux humides, complètement inadapté au monde qui l'entoure. Sa haute taille, avec ce chapeau melon disproportionné, souligne sa place particulière, les autres personnages et le décor qui l’entoure sont comme distordus sous son regard, parce que nous percevons tout par le filtre de sa personnalité et de son caractère. Pas de possibilité de savoir objectivement à quoi ressemble Albertine, tout passe par cette silhouette qui se plie en deux pour circuler dans Balbec.
Autres rôles réussis : la Verdurin (Dominique Blanc), Morel ; Charlus m’a paru un peu petit ou pâle mais plutôt bon.

4 commentaires:

  1. Ton avis est favorable comme le mien, c'est rassurant quelque part ! J'ai beaucoup aimé aussi Micha Lescot, ce n'était pas un rôle facile, mais on voit en effet le monde à travers ses grands yeux.

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  2. je partage dans les grandes lignes ton avis, c'est tellement difficile de rendre le temps maître absolu du roman
    par rapport aux autres adaptations Nina Campanez s'en tire vraiment bien mais si on est forcément frustré
    J'ai aimé les personnages, le héros comme toi, Mme Verdurin bien sûr mais aussi Saint Loup et la Duchesse de Guermantes
    La scène pour moi la plus réussie, ouverture du roman et fin du téléfilm : Combray un soir d'été où l'on apporte les sirops et où maman ne monte pas ......

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  3. n'ayant pas lu l'oeuvre je n'ai pas voulu me plonger dans la sérié télévisée, mais curieuse j'ai toutefois beuquer un chouiat (regarder un peu en ardennais !) je n'ai pas été emballée par l'ambiance, et du coup je me sens un peu refroidie pour me plonger dans l'oeuvre ... à me demander si je me fais pas des fausses idées tant sur la série que le livre ! que dois-je en penser ? le mieux est que je me lance dans le livre....

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  4. Je pense que le téléfilm n'était pas évident à suivre pour qui n'avait pas lu le livre, parce qu'il est beaucoup trop rapide et qu'il est un peu difficile de suivre les personnages. Et l'ambiance particulière du roman était peu rendue donc effectivement, il va falloir plonger dans le roman !

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