La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 15 novembre 2011

Il avait cet air triste que prennent certains visages d’hommes qui ont peur.


Romain Gary, Chien Blanc, Paris, Gallimard, 1970.

Un roman ( ?) très difficile car malheureusement tout ce dont il est question est vrai. En à peine 200 pages Gary raconte l’année 1968. Il est aux États-Unis avec sa femme Jean Seberg, à Beverly Hills. La lutte pour la reconnaissance des droits des noirs américains fait rage et Gary détaille la médiocrité et les faiblesses de chacun. Des blancs racistes. Des blancs qui donnent de l’argent aux associations noires mais ont peur des noirs. D’une blanche qui prend des amants noirs. D’un noir qui veut que ses fils fassent le Viêt-nam pour revenir se battre sur le sol américain. Des blancs qui soulagent leur mauvaise conscience en faisant des chèques. Des noirs qui soulagent les blancs en empochant les chèques. De la Bêtise comme dit Gary. En toile de fond, l’histoire de Batka, un berger allemand recueilli par Gary, qui s’avère être un Chien Blanc, un chien d’attaque dressé pour s’attaquer aux noirs, dont les yeux peuvent contenir tout le désespoir de ce monde.
Ce texte est magistral. En cumulant les récits, les portraits, les anecdotes, il nous dit la réalité de l’asservissement des noirs américains et des innombrables difficultés pour sortir d’une histoire aussi ancienne. Le narrateur est Gary lui-même, livrant ses réflexions, volontiers provocatrices, acerbes, ironiques, quelquefois violentes, ce qui fait que le livre se lit rapidement tout en laissant en bouche un arrière-goût pénible.

Vous êtes tous les trois juifs d’Europe de l’Est, et même si l’un de vous est arrivé à temps pour naître aux Etats-Unis, vos pères et grands-pères pourrissaient encore dans les ghettos entre deux pogroms, alors que l’esclavage n’existait déjà plus aux Etats-Unis. Seulement, quand vous dites « nous autres, esclavagistes américains », ça vous fait jouir, parce que ça vous donne l’impression d’être des Américains à part entière. Vous vous donnez l’illusion que vos ancêtres étaient esclavagistes (…) car cela vous fait sentir à quel point vous êtes assimilés.


Une première pierre au Challenge Romain Gary lancé par Delphine, vous pouvez d'ailleurs lire son avis sur ce livre). Et une lecture commune avec Asphodèle.




4 commentaires:

  1. J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre et nous aurions pu écrire le même billet ! Il m'a remuée comme souvent sait le faite Gary...

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  2. Merci, c'est décidément un livre bouleversant.

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