La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est futur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est futur. Afficher tous les articles

mercredi 7 septembre 2016

Vive la République ! Vive le Progrès !!!

Gustave Marx, L'Amour en 1000 ans d'ici, publié en 1889, édité par ArcheoSF.

Encore une belle utopie.

Un rabbin familier des secrets de la Cabale raconte un rêve qu'a fait son fils. Il a entrevu l'avenir... Dans mille ans, un homme inventera des ailes qui permettront à l'homme de voler tandis qu'une suite d'inventions rend les habitations et beaucoup d'autres choses gratuites. Enfin, ces ailes permettent de visiter les autres planètes du système solaire jusqu'à la planète Vénus. Bientôt les états et la guerre sont abolis (et le monde entier décide que la France sera à la tête des nations, bien sûr) et chacun rend hommage au seul dieu possible, l'Éternel (y a même plus d'athées ! moi mourir).

T'ai-je dit qu'il n'y a plus ni militaires, ni huissiers, ni concierges ?

La première originalité de cette utopie est le rôle joué par la Cabale et les savants juifs. J'ai également apprécié que les inventions soient issues du monde entier et de plusieurs planètes. Marx s'imagine que quand l'ensemble des biens de consommation sera fabriqué en série et quasi gratuit l'argent et la rivalité seront supprimés au point de déposer les anciennes monnaies au musée de Cluny (Exactement l’inverse de ce qu’il s’est passé donc). Je suis frappée aussi par le fait que ce texte traduise une confiance inébranlable dans le progrès technique et par le fait que plusieurs de ces utopies envisage un avenir très unifié où tous les états et individus adoptent le même modèle sans discussion. Ce serait la fin de l'histoire ? D'ailleurs il est rarement question d'individus, on est vraiment dans des visions de masse. On ne sait pas ce que les femmes sont devenues dans ce monde idéal. En revanche, tous les travaux domestiques sont dorénavant réalisés par des singes très intelligents trouvés en Afrique - ça pue un peu, là.
B. Peinado, Silence is sexy, 2004-2015, collection privée, M&M.

La grande fusion est accomplie, il n'y a plus qu'un culte dans l'univers, le règne tant annoncé et tant prédit de l'Unité est arrivé !

Ce texte traduit une vision assez arriérée de la peinture qui est simplement destinée à reproduire le réel et qui disparaît donc face aux progrès de la photographie. Voilà : il manque la subjectivité dans ce monde.
Je note que l’agriculture et la nature donnent lieu à une vision totalement fantasmée, comme un retour au jardin d'Eden quand cultiver ne nécessitait aucun effort et que les animaux ne se dévoraient pas entre eux. Dans 1000 ans, le lion et la gazelle seront réconciliés.
  
Parce que les hommes étaient pauvres, ignorants autrefois. Maintenant qu'ils sont instruits, qu'ils sont dans l'aisance, il n'y a plus que l'homme tel que Dieu l'a créé, humain, bon et sociable.


Destination PAL – La liste des lectures de l’été. 

samedi 11 juillet 2015

Excursion dans le futur


À la Vieille Charité, cet été, on parle du futur ou plus exactement de comment les artistes ont rêvé à différents futurs. Au-delà des produits d’appel de l’affiche, l’exposition est réellement très intéressante. 

Plusieurs œuvres sont des rêves d’architecture : tours utopiques à l’assaut du ciel, paysages de gratte-ciel américains, villes impossibles... Plusieurs dessins d’artistes futuristes italiens s’inscrivent dans cet hymne à la modernité.
Photo pris sur Lapisblog (toutes les autres sont de moi)
 Gratte-ciel éclairé  (1950) d'Amédée Ozenfant juxtapose une grande tour éclairée de l'intérieur, un soleil couchant et ce qui ressemble à des routes ou à une piste d'aviation. Je m'imagine que cette vue s'inspire de Las Vegas ou de Los Angeles, là où des gratte-ciel jaillissent du désert et où les voies de communication redessinent un paysage et là où la nuit ne tombe jamais tout à fait.


Stanley Cursiter, Rain on Princess Street (1913) : des parapluies et une architecture très étrange, le tout représenté par la peinture cubiste. Chaque facette montre un fragment de visage et brise les reflets de lumière.


Gloire à la machine et à la technique. L'exposition présente une machine, des mobiles et ces engrenages magnifiés par l'art : L'Acier boit n° 2 de Kupka (1927-8). Quand la représentation du mouvement ou des reflets sur le métal rejoint lex exigences de l'abstraction.

D’autres œuvres s’intéressent à ce moment où pour la première fois l’être humain a pu contempler sa planète de l’extérieur : la conquête spatiale, l’exploration des autres planètes, les cosmonautes…



Max Ernst,  Le Monde des naïfs, 1965 : le fond de l'espace est rendu par une écriture imaginaire, vaguement cryptique, tandis que des projections rendent les planètes.


Des peintures très léchées, aussi lisses que des photos, pour représenter un rêve aux accents de réalité ou un futur : Sur la terrasse (Fès) par Erró (1965) mêle imaginaire des Mille et une nuits et exploration spatiale.


Alain Jacquet, Jumping Rope, 1984. Oui, vous ne rêvez pas, c'est bien une planète, un tourbillon entre des terres et des mers. C'est bien une chèvre qui saute à la corde, oui. La peinture est de très grande taille et le trouble est plus grand "en vrai". La constellation-de-la-chèvre-qui-saute-à-la-corde est un bel hommage aux cartes de Ptolémée.


Toujours Alain Jacquet, qui ne manque pas d'humour : La Danse, 1995 où des planètes-donuts se baladent dans l'espace. C'est une photographie très brillante et assez fascinante.

Certains artistes rêvent à une possible destruction et envisagent un avenir plus sombre.


Cette étrange peinture est de Laurent Grasso : Studies into the past. Grasso travaille avec des restaurateurs pour maîtriser au mieux les techniques anciennes de peinture. C'est ici une huile sur panneau de chêne comme on pouvait en voir aux débuts de la Renaissance. Une scène flamande où un groupe de chevaliers se tient devant une ville irréelle et des montagnes bleutées. Mais un drôle de phénomène perturbe l'atmosphère... La SF fait irruption dans l'univers ancien.


La Fratrie propose des maquettes de notre monde détruit par un cataclysme non précisé. Island of lost modernism (2015) montre la Cité radieuse jetée à bas, engloutie par les flots, recouverte par les palmiers.

Nous finissons dans la chapelle face à cette bulle d’argent qui respire lentement, inspire et expire, comme un drôle d’être qui aurait envahi les vieux murs.



Silence is sexy, Bruno Peinado, 2004-2015.