La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 20 juillet 2017

L’ardeur et l’enthousiasme la captivaient toujours.

Jane Austen, Persuasion, traduit de l’anglais par André Belamich, 1818, parution posthume.

Un bonbon d’été.

L’héroïne, si l’on peut dire, est Anne, fille cadette de Sir Walter Elliot, baronnet très fier de l’être. En quelques pages, Austen dresse l’état piteux de fortune de Sir Walter et de ses trois filles, des prétendants successifs qui se sont évanouis dans la nature ou qui ont été refusés et des personnalités de chacun. Et puis, c’est parti. La propriété familiale est louée à un Amiral et sa femme. Anne se trouve embarquée dans une famille de cousins sympathiques et elle revoit Frederick, un ancien amour.
J’en connais qui ont trouvé qu’Anne leur tapait sur les nerfs. Ce n’est pas mon cas, même s’il faut reconnaître que c’est un personnage particulièrement passif, qui ne prend jamais d’initiative et qui passe à un doigt de demeurer vieille fille (et dans l’Angleterre de 1815, on sait ce que ça veut dire). Ceci dit, je pense que c’est le cas de la plupart des héroïnes d’Austen et que tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on lit le roman. J’ai le souvenir qu’Elinor de Raisons et sentiments m’avait assez agacée (mais mon billet est en fait très enthousiaste… souvenir trompeur). Ce sont des romances, des romances grand luxe en matière d’écriture et de personnages, couplées de satires de la société, mais des romances. Et j’ai dévoré ma lecture !
Encore une fois, Austen peint une société particulièrement désagréable, avec une forte hiérarchie sociale, où l’extraction et l’origine compte autant que la fortune, mais où, justement, la Marine royale permet à de jeunes hommes brillants de tracer leur voie alors qu’ils ne sortent de rien – ce qui surprend et indispose les baronnets. Bien sûr, c’est l’occasion de formules caustiques de la part de l’auteur (mais sinon quelle tristesse) qui se moque des prétentions de la famille d’Anne.
Constable, La Cathédrale de Salisbury vue des jardins de l'évêché  1820, Ottawa BA
Il faut enfin avouer que l’on sait tout de suite comment ça finira. C’est un roman tout à fait reposant et apaisant où les gentils héros vertueux ont le bonheur qu’ils méritent (je ricane, mais moi j’aime bien). Dans ce monde, une jeune femme peut rester 8 ans enfermée à la campagne sans voir personne et tout d’un coup les jeunes et beaux officiers de marine apparaissent en bande (je veux aller vivre là-bas !). À mon sens, la bonne ambiance du roman est aussi due au grand nombre de personnages. Entre les sœurs, les cousines et les amis, cela forme une petite troupe sympathique et chaleureuse. On s’y sent bien. Les possibilités de couple sont nombreuses et recèlent des surprises. On a beaucoup moins l’impression de huit-clos que dans d’autres romans d’Austen et c’est bien agréable. J’ai particulièrement aimé l’apparition de vieux couples heureux, comme l’Amiral Croft et sa femme, qui ne se quittent jamais. C’est le genre d’image optimiste qui me touche.
Et j’ai très envie d’aller voir la mer à Lyme. Je dirais que c’est une lecture qui fait du bien au moral, qui est joyeuse et pleine de vie. Voilà pourquoi les romans d’Austen me sont chers.

Pour elle, le plaisir de la promenade devait naître de la marche, de la journée, de la contemplation des derniers sourires de l’année sur les feuilles rousses et les haies fanées, et des quelques descriptions poétiques, parmi des milliers d’autres, qu’elle se répétait sur l’automne, cette saison qui exerce une influence singulière et inépuisable sur l’esprit tendre et délicat, cette saison qui a tiré de tout poète digne d’être lu un essai de description ou quelques vers pleins de sentiments.

Je vous conseille la lecture de cet article de @Anne__GE portant sur l'homme idéal chez Jane Austen : il ne méprise pas les activités féminines et donc... il lit des romans et sait parler chiffons.

L’avis d’Alfie (ce n’est pas le même son de cloche).


10 commentaires:

  1. Je me souviens d'une conversation "m'agace, m'agace pas" où j'avais plaidé en faveur d'Anne Elliot, fille essentiellement influençable (je vais d'ailleurs y substituer ton terme de passive, nettement plus adapté) et donc plutôt en la défaveur d'Emma qui a un côté plus miss-je-sais-tout alors qu'elle ne sait rien.
    Maëlle

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    1. Je me souviens avoir lu une page d'Emma et m'être dit "oh quelle tête à claques" et avoir refermé le livre. Je lirai quand même le roman bien sûr, mais c'était peut-être une habileté pour Austen d'avoir des héroïnes avec lesquelles on peut se comparer en mieux !

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    2. j'ai longtemps hésité à lire Emma parce que les adaptations que j'avais vu étaient décourageantes : tête à claques c'est tout à fait ça
      Et bien j'ai largement révisé mon jugement et j'ai beaucoup beaucoup aimé ce roman, fin et élégant et très travaillé sur le plan psychologique

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    3. Cela ne m'a pas empêché d'aimer le roman et de me réjouir de son sort.

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  2. alors que ce n'est pas le plus célèbre ni peut être le meilleur, ce roman est mon préféré, je le trouve effectivement apaisant et les bons sentiments de temps à autre c'est nécessaire
    j'aime beaucoup aussi le livre audio qui a été enregistré qui est de bonne qualité

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    1. Oui, voilà, c'est un roman discret mais où on se sent bien.

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  3. De toute façon, Austen a écrit si peu de romans (soupirs...) qu'on ne va pas se priver d'un sous prétexte qu'a priori l'héroïne agace.^_^ Anne et Persuasion, oui, mais il y a l'autre jeune fille qui se foule la cheville car ne voulant justement rien écouter (et pourtant on aurait bien vu un début de romance juste avant entre Anne et un autre)(et la jeune fille et ...)
    Beaucoup de personnages, oui, quel chouette roman!
    Ma version en vO propose une version antérieure (écrite par Austen, mais écartée, alors que déjà parfaite ^_^) de la scène entre Anne et son amoureux, dans l'auberge. Quel bonheur!

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    1. Ah mais j'aime beaucoup. Je n'ai pas la "gaga attitude" devant l'univers d'Austen. Et oui, il y a plein de rebondissements, c'est ça qui est riche.
      La page wikipedia cite en effet la version alternative (enfin pas si alternative d'ailleurs).

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  4. Oui, la fin demeure la mêem!!! (ils se marièrent et furent heureux)^_^

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    1. Sinon ce ne serait pas un roman d'Austen !

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