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jeudi 21 septembre 2023

Hélas ! avec tous ses raisonnements, elle découvrit que, pour un cœur fidèle, huit années ne signifient pas grand-chose.

 


Jane Austen, Persuasion, traduit de l’anglais par André Belamich (édité chez 10/18, il aurait peut-être fallu un correcteur), parution posthume en 1818.

 

Au début du roman nous faisons connaissance avec la famille Elliot, qui s’enorgueillit du titre de baronnet et a pleinement conscience de son importance, à l’exception de la cadette, Anne, petite souris invisible. Nous suivons quelques mois de sa vie quand elle revoit son ancien fiancé, un homme doué de toutes les perfections, mais avec qui elle a été incitée à rompre, car il n’était pas de son rang. Sept années ont passé et le jeune homme obscur est devenu un brillant membre de la Navy, promis à la fortune. Les cœurs sont-ils restés constants durant toutes ces années ? Et que faire de toutes ces considérations sociales ? Mais il y a aussi plein d’autres intrigues secondaires qui fournissent matière à réflexion.


Chez les Musgrove, les messieurs avaient leur gibier à protéger et à tuer ; leurs chevaux, leurs chiens et leurs journaux pour les occuper ; et les dames étaient entièrement absorbées par les autres sujets courants : ménage, voisins, toilette, danse et musique. Elle reconnaissait qu’il était très convenable que chaque république sociale dictât ses propres sujets de discussion, et espérait devenir avant peu un membre point indique de celle dans laquelle elle était maintenant transplantée.

 

Le point fort du roman ne repose pas sur le personnage d’Anne, qui est toute intériorité et qui ne semble pas capable de faire entendre sa voix – excepté auprès de la romancière. À la relecture, le ton m’a semblé particulièrement amer, Anne déplorant sans cesse le manque de considération dont elle souffre dans sa famille de sang, en contraste à l’estime qu’elle recueille nettement auprès d’autres relations, sorte de famille de cœur, moins sensible à l’argent et aux hiérarchies sociales. La situation est particulièrement dure pour les femmes, interdites de toute initiative qui leur permettrait d’échapper à ce carcan de la considération. Marcher seule dans les rues de Bath semble tout simplement un impossible défi. En général, les romans d’Austen sont emplis du récit de ces contraintes (l’héroïne voudrait bien… mais doit faire en sorte d’amener Bidule à vouloir que… pour qu’elle-même puisse profiter de…). Anne me semble particulièrement isolée, sans confidente, pouvant finalement s’appuyer seulement sur son expérience de la vie pour trouver une voie en accord avec son caractère.


Des faits ou des opinions qui sont sujets à passer entre tant de mains, à être déformés par la folie de l’un, l’ignorance de l’autre, ne doivent guère recéler de vérité.


Le roman fait la part belle aux marins, aux jeunes hommes qui se sont engagés dans la Navy pour lutter pour la patrie et contre Napoléon et qui ont réussi à tracer leur route et à obtenir de la reconnaissance. Ils ne sont pas nobles, mais ils sont entreprenants, et leur arrivée (la paix reviendra bientôt sur en Europe et les marins seront démobilisés) bouscule les hiérarchies sociales. Les femmes les plus intéressantes sont celles qui accueillent ce nouvel ordre, comme Mme Croft, qui s’embarque avec son Amiral de mari ou Louise qui se découvre passionnée par les histoires de bateaux. Le monde bouge…

Je note les beaux paysages de Lyme.

Hoppner, Harriet Arbuthnot, vers 1805, Madrid Musée Lázaro Galdiano
 

Cette délicieuse émotion fut quelque peu tempérée quand, sortant du groupe pour se faire rejoindre par le capitaine Wentworth, elle vit qu’il était parti. Elle eut juste le temps de le voir entrer dans la salle de concert. Il était parti… il avait disparu : elle en sentit quelques regrets, sur le moment. Mais « ils se rencontreraient de nouveau. Il la chercherait… il la découvrirait, bien avant la fin de la soirée… et, à présent, il valait peut-être aussi bien d’être séparés. Elle avait besoin d’un petit répit pour se ressaisir ».

J’aime bien la façon dont Austen décrit son personnage et retranscrit ses émotions, par ce passage insensible au discours direct, comme si nous avions directement accès aux pensées d’Anne.

 

Oui, oui, s’il vous plaît, pas de références à des exemples tirés de livres. Les hommes, en racontant leur histoire, ont eu sur nous tous les avantages. Ils ont eu une éducation tellement supérieure à la nôtre ; ce sont eux qui ont la plume en main. Je ne reconnais pas aux livres la propriété de prouver quoi que ce soit.

Et pan dans les dents, chers écrivains !

 

C'est une relecture et donc mon premier billetJe me cite, car je devais être en verve ce jour-là : 

"Dans ce monde, une jeune femme peut rester 8 ans enfermée à la campagne sans voir personne et tout d’un coup les jeunes et beaux officiers de marine apparaissent en bande (je veux aller vivre là-bas !). À mon sens, la bonne ambiance du roman est aussi due au grand nombre de personnages. Entre les sœurs, les cousines et les amis, cela forme une petite troupe sympathique et chaleureuse. On s’y sent bien."

 

Ma motivation pour relire Persuasion était que je me rappelais qu’une grande partie de l’histoire se passait à Bath. En réalité, il n’en est guère question, même si je suis à présent capable de mesurer le degré de précision d’Austen : chaque personnage possède une adresse précise dans la ville, dans un quartier conforme à ses aspirations et on peut sans mal les situer aujourd’hui. C’est toujours instructif de voir comment la sociologie d’une ville évolue.

Il sera question des différents quartiers de Bath dans le billet de samedi.



samedi 16 septembre 2023

Bath, les Assembly Rooms

 


Le blog est à Bath. Il s’est promené dans les rues, puis a visité les bains romains (et a bu un verre d’eau). Aujourd’hui, sans transition, le XVIIIe siècle et les Rooms ! Et plus exactement, les Assembly Rooms, une sorte d’établissement festif.

Les Assembly Rooms étaient autrefois désignés comme les Upper Rooms, en opposition aux Lower Rooms (mais les Lower ont été détruites par un incendie en 1820).

Le bâtiment a été construit par John Wood le jeune en 1771. On est dans le plus pur style georgien sobre et pompeux (plat et sans grand intérêt pour mon goût). Il est situé légèrement en hauteur (les Lower étaient au bord du fleuve), un peu à l’écart du centre historique, très près des nouveaux quartiers dont il sera question le week-end prochain.

Ces grandes pièces sont aujourd’hui vides, à l’exception notable des lustres dont plusieurs sont d’origine, ce qui les rend remarquables.

L'entrée principale

 

Que faisait-on dans ce bâtiment ?

L’entrée était payante (tarif différencié pour les hommes, les femmes, mariées ou à marier). Les portes ouvraient à une heure précise – ce qui faisait que tout le monde arrivait en même temps et ce qui engendrait un encombrement de chaises à porteur.

Un beau couloir vous mène jusqu’à l’octogone, une sorte de vestibule desservant les trois pièces principales et où se tenait le maître de cérémonie (Mr King dans Northanger Abbey). Ces trois pièces étaient :

  • ·      Une grande salle de bal
  • ·      Une salle de jeu
  • ·      Une salle de thé

À noter qu’une tribune fait le tour des trois salles en hauteur. Des musiciens y jouent des airs adaptés aux différentes activités. Ils peuvent ainsi se déplacer aisément d’une tribune à l’autre.


 

Photos de l'octogone (la photo de droite provient de Wikipedia).


Dans la salle de bal : on danse. On danse des menuets et autres danses codifiées. Il vous faut absolument un cavalier désigné pour danser. Si vous ne connaissez personne et cherchez à faire connaissance, vous ne dansez pas. Dans Northanger Abbey, la première fois que Catherine s’y rend, elle ne connaît personne et reste donc collée au mur à s’ennuyer. D’ailleurs, n’oubliez pas que les hommes choisissent leur cavalière et que les femmes peuvent seulement accepter ou refuser sous un prétexte poli, pas question pour elles de viser le grand maigre, là, qui leur plaît tant. C’est quand même le bon endroit pour faire du repérage et comparer sa robe avec celle des autres.



Dans la salle de jeu : il n’y a que les messieurs. Les messieurs jouent, mais sont supposés aussi entretenir leur réseau professionnel et amical, proposer et nouer des affaires, etc. On y joue une musique d’ambiance. Dans Northanger Abbey, c'est là où se rend Mr. Allen.

Dans la salle de thé : au moment où le thé est servi, tout le monde quitte en courant la salle de bal et fonce pour arriver en premier et réussir à être servi (cette scène est également très bien décrite dans Northanger Abbey). La collation est évidemment payante et là encore on a une petite musique d’ambiance. La salle était originellement meublée de tables et de sièges.



La saison de Bath était en hiver. Il faut donc imaginer que le bâtiment était chauffé, qu’il y avait plein de monde, tous en nage, en train de se bousculer, dans un boucan pas possible. Une certaine vision de l’enfer. On imagine bien qu’Austen n’était pas fan.


J’aime beaucoup cette occasion assez rare où la lecture d’un roman brillant permet de comprendre les usages d’un lieu, aujourd’hui totalement vide, et des pratiques de sociabilité disparues et où la visite d’un bâtiment permet de comprendre certains points sous-entendus dans le roman. Les deux s’éclairent mutuellement.

 

Illustration prise sur Wikipedia : Fancy Dress Ball at the Bath Assembly Rooms par Thomas Rowlandson.

 

L’ensemble a été bombardé durant la Seconde guerre mondiale et restauré. Il est à nouveau en travaux (des fouilles archéologiques sont en cours dans les soubassements du bâtiment). En ce moment, il se visite uniquement en réservant une visite guidée auprès du National Trust (un anglais très compréhensible, même pour moi). Le musée de la mode qui se trouve dans le bâtiment est également fermé pour travaux.

Mon conseil : après la visite, allez au Same Same But Different, Bartlett Street, où tout est vraiment très bon, à un prix décent, dans un endroit calme.

 

J’espère que vous avez apprécié ce reportage au plus près du terrain. La semaine prochaine, nous restons au XVIIIe siècle, mais il sera davantage question d’architecture.

 





 

jeudi 14 septembre 2023

Oh, ce livre me ravit ! Je voudrais passer ma vie à le lire.

 

Jane Austen, Northanger Abbey, traduit de l’anglais par Josette Salesse-Lavergne, rédigé en 1798, publié en 1817.

 

Au début du roman, la romancière indique que notre héroïne, Catherine, n’en est pas vraiment une, parce que… bah c’est une fille normale, à peine plus étourdie et spontanée que des tas d’autres. Heureusement, la voici bientôt invitée à Bath par des amis. Bath où devrait normalement commencer une existence faite de soupirs et d’attentes, d’inquiétude et d’excitation. En réalité, être à Bath quand on ne connaît personne est d’un ennui total. Heureusement, apparaissent progressivement la famille Thorpe, le frère de Catherine et surtout Henry Tilney. Commencent alors vraiment les affres romanesques.

C’est un roman un peu d’amour, mais beaucoup d’apprentissage. Catherine a 17 ans et n’est jamais sortie de chez elle. Elle a un cœur sincère et imagine que les autres sont comme elle, ce qui lui occasionne quelques grandes surprises et déceptions. Dans un premier temps, elle observe et s’étonne de ces comportements contradictoires, avant de progressivement apprendre à se méfier et à décrypter la comédie sociale de Bath.


Cependant, de l’âge de quinze ans à celui de dix-sept, elle devait s’exercer à l’état d’héroïne. Elle lut tous ces ouvrages que doivent lire les héroïnes pour emplir leur mémoire de ces citations qui s’avèrent tellement utiles et tellement apaisantes dans les vicissitudes de leur existence mouvementée.


C’est aussi un roman de roman. C’est que Catherine aime lire, mais lire des romans, surtout des romans gothiques, alors très à la mode ! Beaucoup d’entre eux sont écrits par des femmes et c’est l’occasion pour Austen de leur rendre hommage. Elle met également en scène ces lectrices qui se passionnent pour les tourments des personnages de papier et qui peinent à s’arracher à ces êtres de mots pour écouter les radotages de leur entourage. Elle est pareil, elle nous invite à en faire autant (tout se moquant des imaginations romanesques de Catherine). Je note d’ailleurs que la liste des romans transmise à Catherine par Isabelle ne comprend pas Le Moine, mais plutôt des titres où les convenances, la pudeur et le mariage approuvé par les parents sont des conventions respectées, alors que le seul roman que ce sale type de John Thorpe avoue avoir lu est précisément Le Moine, nettement plus sulfureux et violent.

Lawrence, Lavinia Sweeting, 1800 Lyon

La passion qu’elle éprouvait pour les vieux monuments était presque aussi violente que sa passion pour Henry Tilney, et les châteaux et abbayes faisaient d’ordinaire le charme des rêveries que ne remplissait pas l’image du jeune homme.


C’est le premier roman d’Austen et il est d’une ironie brillante. Ironie qui s’exerce certes à l’encontre de l’hypocrisie de la société, mais qui joue surtout sur les attentes du lecteur. Le début ressemble à un roman « pour s’amuser » où elle prend le contrepied des ouvrages qu’elle écrira ensuite (mais elle avait peut-être déjà en tête le projet d’Orgueil et préjugés) et elle parvient à conserver ce ton léger, très XVIIIe siècle, durant tout le roman, racontant sans avoir l’air de raconter. C’est un roman plein d’humour et de malice. ; Austen nous dit « Vous allez voir si je ne suis pas cap de faire un roman, moi aussi ! ».

 

Je note que les romans d’Austen sont emplis de mères plus ou moins intelligentes, mais qui savent toutes, instinctivement, à quel moment il convient de laisser ensemble un jeune homme et une de leurs filles, pour un aveu stratégique.

Si vous êtes comme Catherine et que l'idée d'un manoir installé dans une ancienne abbaye vous fait rêver, je vous engage à visiter Netley Abbey.


C’est une relecture et donc il y a un premier billet.

Une romancière.

 

Puisqu’il est abondamment question d’Ann Radcliffe, mes liens vers deux de ses romans :

Les Mystères du château d'Udolphe
L'Italien ou Le Confessionnal des pénitents noirs


Il sera abondamment question de Northanger Abbey dans le billet tourisme de samedi...

jeudi 11 avril 2019

S’il y a une chose dont je fais vanité, c’est de savoir bien parler.

Jane Austen, Lady Susan, traduit de l’anglais par Johanna Blayac, écrit vers 1795, 1eédition 1871, ici c’est l’édition de Tristram.

Un très court roman épistolaire. Au début, on ne comprend pas bien qui est cette Lady Susan qui s’installe pour quelques semaines chez les Vernon, au grand dam de Mrs Vernon. Ce serait une « coquette » ? Mais chez une autrice aussi conservatrice qu’Austen, cela veut-il dire qu’elle a des amants, qu’elle flirte un peu trop ouvertement ou que cette très belle veuve est décidée à ne pas suivre strictement l’étiquette, à ne pas choisir un nouveau mari/protecteur immédiatement et à s’amuser un peu trop ouvertement ? Or voici qu’un jeune homme tombe amoureux d’elle au point de vouloir l’épouser – alors qu’elle a 11 ans de plus que lui et qu’elle semble bien plus « expérimentée » ! Mais quelle horreur ! Alors même que sa sœur lui propose une demoiselle de 10 ans de moins que lui, douce et timide… 

Quelle Femme ce doit être ! Il me tarde de la voir, et j’accepte bien entendu votre aimable invitation afin de me faire une idée de ces pouvoirs ensorceleurs si efficaces.

Bien sûr, ce premier roman, d’ailleurs inachevé, n’est pas à l’égal des chefs d’œuvre de Jane Austen. Il y manque notamment toute l’ironie et l’humour dont elle est capable. De plus, le genre épistolaire la freine pour pouvoir camper en longueur les personnages et les caractères, alors que c’est ce qui fait la force de ses romans. Toutefois, on est tout de même dans quelque chose de tout à fait réussi. L’atout du texte est qu’il est difficile de se faire une opinion ferme sur Lady Susan, opportuniste assurément, et assez hypocrite, voire franchement manipulatrice, mais qui essaie de se débrouiller dans une société hostile aux femmes libres. Elle n’a d’ailleurs rien de sympathique. Je me demande si l’échec du roman ne provient pas finalement du fait qu’Austen a créé une héroïne réussie, mais si contraire à ses propres valeurs, qu’elle n’avait pas trop moyen de s’en sortir, d’un point de vue strictement romanesque (faire une fin morale ⇒roman nul ; une fin à la gloire de Lady Susan ⇒oh my god).

T. Roussel, Femme lisant, 1886, Tate Britain.
Whit Stillman, Amour et Amitié. Où la fascination Lady Susan Vernon est entièrement blanchie des accusations calomnieuses de Jane Austen, traduit de l’anglais par Johanna Blayac, parution originale 2016, édité en France par Tristram.

Tout est dans le titre ! Ici un neveu à moitié corse de Lady Susan va nous raconter l’histoire telle qu’elle s’est vraiment passée – au lieu de suivre les calomnies d’une certaine « vieille demoiselle auteure », ainsi qu’est désignée Jane Austen, une ringarde pas drôle qui ne connaissait rien à l’amour.
Ce roman cite très largement celui d’Austen (d’où l’intérêt de les lire d’après la même traduction), mais en réinterprétant dans un autre sens (ou en montrant comment Austen a travesti la vérité, à vous de choisir). C’est ainsi que des motifs sont repris et montés en épingle (la bizarre comparaison de Sir James avec le roi Salomon ou les talents vocaux de la fille de Lady Susan). Aucun personnage n’échappe réellement au ridicule, y compris le narrateur et il est très divertissant de voir comment Stillman s’insère dans le texte d’origine pour nous dire bien d’autres choses.
Alors c’est une pochade sans prétention. Je me suis demandé à plusieurs reprises si la platitude de certains dialogues était réellement voulue ou maîtrisée, ou simplement destinée à moquer les personnages. Néanmoins, l’ensemble est très plaisant, d’autant que tous les personnages secondaires ont été étoffés, notamment l’amie de l’héroïne, ce qui rend la chose plutôt agréable à lire.
Mention spéciale pour les petits pois.

Oui, il y a du Pierre Bayard là-dedans.

J’en ai fini pour le moment avec mon parcours autour de Jane Austen. Voici les liens vers tous les billets : 
Raison et sentiments
Persuasion
Emma
Mansfield Park
Orgueil et préjugés

jeudi 7 mars 2019

C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier.

Jane Austen, Orgueil et préjugés, traduit de l’anglais par V. Leconte et Ch. Pressoir, parution originale 1813.

Et me voilà enfin, à lire ce classique. Je pars du principe qu’Orgueil et préjugés est atteint du syndrome Dr Jekill et Mr Hyde et que tout le monde sait en gros de quoi il retourne : l’avenir matrimonial des filles Bennett, notamment celui d’Elizabeth.
J’avoue avoir ouvert le livre avec une certaine méfiance. Ayant vu l’adaptation de la BBC, je craignais d’avoir du mal à m’intéresser à ces thés et ces bals (et qui parle avec qui, et qui danse avec qui, et qui regarde qui et comment et pourquoi). À ma propre surprise, j’ai dévoré le roman en trois jours. Alors… à quoi ça tient ?
Indubitablement, au style d’Austen, à cette langue si particulière, pleine de détails fins et précis, mais qui devient très sobre quand elle le veut, à cette ironie parfaite. C’est un roman sur l’amour certes, mais surtout sur le mariage et l’argent. À cet égard, le texte est parfaitement réaliste sur la condition des filles, des femmes : pas d’héritage si vous n’avez pas de fils, les Bennett courent le risque d’être expulsées de chez elle, aucun avenir autre que le mariage, la préséance des femmes mariées sur les femmes célibataires. Il y a également la situation des fils cadets qui n’héritent pas, obligés d’adopter un métier, qui ne se marient pas comme ils le souhaitent, alors que les aînés peuvent suivre leur volonté. Et le mépris contre les commerçants. Ce roman est incontestablement un grand portrait de société.

- J’avais toujours été habitué, dit Darcy, à considérer la poésie comme l’aliment de l’amour.
- Oh ! d’un amour vrai, sain et vigoureux, peut-être ! Tout fortifie ce qui est déjà fort. Mais lorsqu’il s’agit d’une pauvre petite inclination, je suis sûre qu’un bon sonnet peut en avoir facilement raison.

Furse, Diane dans les landes, une certaine idée de l'orgueil, 1903 Tate.
Par ailleurs j’ai apprécié le fait, comme souvent chez Austen, que peu de personnages soient totalement sympathiques. Elizabeth, par exemple, est d’une lucidité quant à ses propres sentiments et à ceux de Darcy digne d’Emma (c’est dire). Il est d’ailleurs assez cocasse de noter que tout le monde est intimement convaincu qu’elle déteste son fiancé. Et si elle ne se marie pas uniquement pour l’argent et le confort social (vu qu’elle refuse des demandes solides), elle semble tout de même trouver que le parc et le château de Pemberley ajoute pas mal de dignité à Darcy (je partage tout à fait ce point de vue). Austen ne la fait nullement passer pour une amoureuse passionnée et transie. On n’est point ici dans la sentimentalité ou l’embrasement, mais bien dans la brillante comédie de mœurs. Il faut dire également que Darcy n’est pas tout d’un bloc, contrairement à beaucoup de personnages masculins des autres romans, c’est un héros complexe, mais qui attache la plus haute considération aux critères sociaux. Mrs Bennett est certes pénible, mais elle est consciente du monde dans lequel elle évolue, contrairement à son mari, certes très sympathique, mais qui n’a rien fait pour assurer l’avenir de ses filles, voire qui a négligé l’éducation des plus jeunes. Quant à Jane et Bingley, ils ressemblent à l’héroïne de Persuasion, à deux doigts de passer à côté du bonheur par manque de personnalité. Cette complexité constitue bien évidemment un point positif, car on suit l’intrigue avec beaucoup d’intérêt en se demandant comment l’autrice va rebondir sur ses pattes.
Dans ce roman, l’ironie est élevée au rang de chef d’œuvre. Ici le lecteur s’attache aussi bien aux personnages qu’à la petite voix de la narration qui commente, comme en écho, les actions, pensées et discours des uns des autres. Un art subtil du langage.

Mrs Gardiner et Elizabeth, pendant leur retour, parlèrent de tout ce qui s’était passé pendant la visite, excepté de ce qui les intéressait davantage l’une et l’autre. Elles échangèrent leurs impressions sur tout le monde, sauf sur celui qui les occupait le plus. Elles parlèrent de sa sœur, de ses amis, de sa maison, de ses fruits, de tout, excepté de lui-même. Cependant Elizabeth brûlait de savoir ce que sa tante pensait de Mr. Darcy, et Mrs Gardiner aurait été infiniment reconnaissante à sa nièce si elle avait entamé ce sujet la première.


 Jane Austen sur le blog :

jeudi 25 octobre 2018

Elle était extrêmement malheureuse de devoir agir ainsi, mais c’était inévitable.

Jane Austen, Mansfield Park, traduit de l’anglais par Denis Getzler, parution originale 1814.

Au début du roman, la riche et respectable famille Bertram décide d’accueillir sous son toit, à Mansfield Park, une petite cousine pauvre, Fanny Price. Celle-ci, bien consciente de son infériorité à tous points de vue face à ses cousins choyés et dorlotés, est d’une timidité maladive. Le roman suit sa vie pendant une dizaine d’années jusqu’à son mariage. Pendant ce temps, nous côtoyons les deux cousines, Maria et Julia, les deux cousins, Tom et Edmond, l’oncle, les tantes, les voisins et amis, le frère de Fanny et quelques autres.

Vous avez tous tellement plus de cœur que l’on en trouve généralement dans le monde. Avec vous tous, j’ai le sentiment que je peux m’ouvrir à vous en toute confiance ; chose qui n’est pas courante dans le commerce ordinaire du monde.

C’est loin d’être le meilleur Austen et j’ai pourtant pris grand plaisir à ma lecture (du moins jusqu’à la page 470). Le roman est fort lent, l’ironie déployée par l’auteur est loin d’être aussi fine et percutante que dans d’autres romans et Fanny est extrêmement soumise et timide, difficile de s’attacher à une telle héroïne (je note qu’Austen a le chic pour camper des héroïnes pas très attirantes comme Emma ou Anne). De plus, nous n’avons pas cette vie de village si sympathique telle que je l’avais appréciée dans Emma. Toutefois, ce défaut devient une qualité en se mettant au service d’un long roman psychologique fouillé : les personnages ont le temps de déployer qualités et défauts, d’évoluer et de montrer que leur caractère est bien plus complexe que l’on aurait pu croire. La jeune femme habituée à la vie à Londres et qui aime le luxe se révèle fine psychologue, capable d’attachement sincère, pleine de délicatesse. Le jeune homme en apparence assez fat est capable de devenir un homme responsable et d’apprécier la littérature avec beaucoup de goût. Le jeune homme parfait peut être un bêta. Jusqu’aux parents de Fanny Price qui sont campés de façon tout à fait ambivalente, à la fois vulgaires et dignes. C’est sans doute un des romans où les personnages sont les plus complexes et les plus aboutis.
C’est pourquoi le dénouement est d’autant plus décevant, puisqu’il semble dû à un dessein prévu à l’avance, répondant à une logique morale ou idéologique, et qu’il ruine ce magnifique travail sur les personnages en imposant un destin tracé à l’avance. Encore une fois, je me répète, mais je regrette que Fanny épouse un homme qui l’a presque éduquée et non un homme à qui elle serait intellectuellement et moralement supérieure. Enfin, cette fin accentue le côté « renfermement sur le cocon », c’est assez déplaisant.
J. Russell, Mary Hall pastel, musée du Louvre
Je note enfin la présence-absence étonnante du contexte politico-économique qui plane autour des personnages. D’abord, nous avons plusieurs pages consacrées à une famille modeste (les parents de Fanny), ce qui constitue une rareté dans l’univers d’Austen, puis une promenade dans les rues de Portsmouth, avec une visite de son port militaire, l’étonnante allusion à la traite des noirs, puisque la fortune des Bertram s’appuie sur des propriétés situées aux Antilles où travaillent des esclaves, et la forte présence de la guerre maritime (contre la France) et de ses dangers. Tout ceci ne donne pas lieu à de longues considérations, mais est néanmoins présent, ce qui contribue à enrichir le roman et à donner de l’épaisseur à l’univers clôt de Mansfield Park. A contrario j’avais été agacée que les héroïnes de Raison et sentiments demeurent plusieurs semaines à Londres sans que rien ne soit dit de la ville, je décerne donc un bon point pour cet aspect !

- Vous devez bien supposer que je suis destiné à quelque profession, et pourriez vous apercevoir que je ne suis ni homme de loi, ni soldat, ni marin.
- Très juste ; mais, bref, cela ne m’était pas venu à l’esprit. Et comme vous le savez, il y a généralement un oncle ou un grand-père pour laisser sa fortune au fils cadet.
- Voici une coutume fort louable, dit Edmond, mais pas tout à fait universelle. Je suis l’une de ces exceptions, et étant l’une d’elles, il me faut subvenir à mes besoins.

Ce roman est aussi la peinture d’une société un peu étriquée (ah la la, la peur du théâtre, même en amateur !) (la bourgeoisie anglicane rurale, c’est quelque chose) où les femmes comme il faut ne peuvent littéralement pas faire un pas à l’extérieur toutes seules, avec de subtiles nuances si vous êtes fiancée ou mariée (toutes ces manières pour accepter une invitation à dîner !).
Encore une fois, Austen fait montre d’une grande habileté de la langue. Elle manie le discours indirect libre et l’ironie comme elle respire.

Edmond observa l’intérêt croissant qu’elle prenait à l’écouter, et prit plaisir à voir, avec amusement, comment, petit à petit, ses travaux d’aiguille semblaient se ralentir, alors qu’ils l’avaient tout d’abord si totalement absorbée en apparence ; il vit l’ouvrage lui tomber des mains, tandis que sans bouger, elle demeurait à ne rien faire ; il vit ensuite son regard se tourner vers Crawford, alors qu’elle avait paru si soigneusement éviter de le regarder pendant toute la journée, et se poser sur lui, l’espace d’un instant, bref, jusqu’à ce que le regard de Crawford, comme attiré par le sien, se fût posé sur elle ; alors le livre fut posé, et le charme rompu.

Jane Austen sur ce blog :




jeudi 24 mai 2018

Je crois qu’il y a peu d’endroits où l’on peut trouver une société comparable à celle de Highbury.

Jane Austen, Emma, traduit de l’anglais par Pierre Nordon, parution originale 1815.

L’héroïne est Emma, une jeune femme de 21 ans, riche et indépendante, vivant avec son père, dans un petit coin d’Angleterre. Si elle-même ne souhaite pas se marier, elle se fait une gloire de marier les autres, tablant sur sa sagacité. Mais ce n’est qu’une illusion. Trop sûre d’elle, elle interprète tout de travers et se trompe sur les sentiments de ceux qui l’entourent et sur les siens.
Autant le dire, Emma est une tête à claques et j’hésitais à passer presque 500 pages en sa compagnie. Toutefois j’ai été encouragée par ce très bon téléfilm britannique. Alors ?
Tout d’abord ce n’est pas si simple. Emma possède en effet de nombreux défauts (à ma grande confusion, j’ai d’ailleurs constaté que j’en avais en commun avec elle !), jugeant les comportements des autres selon ses propres souhaits et assez préoccupée de la hiérarchie sociale (non, pas celui-là). Mais elle a aussi bon cœur et regrette de faire de la peine à ceux qui l’entourent. La longueur du roman permet d’ailleurs de développer sa personnalité.

Les deux frères échangèrent un « Comment allez-vous, George ? » et un « Ça va, John ? » dans la plus pure tradition anglaise, dissimulant, sous un calme qui ressemblait fort à de l’indifférence, la solide affection qui, dans certaines circonstances, les eût poussés chacun à faire pour le bien de l’autre tout ce qui est humainement possible.

J’avoue avoir particulièrement apprécié le grand nombre de personnages : le père d’Emma, un vieux monsieur très préoccupé de sa santé et de celle des autres, la sœur, les beaux-frères, le pasteur, Harriet l’amie tout en innocence et simplicité, le mystérieux Franck Churchill, les époux Weston, la belle Jane Fairfax. Sans oublier tous ces personnages dont on entend parler, mais que l’on ne voit pas, comme le fameux monsieur Perry. Tout cela est d’une grande habileté de narration ! Voilà un roman bien peuplé et les possibilités de couples sont très nombreuses, ce qui permet des alliances inattendues, des cachotteries, des retournements de situation. Un des charmes du roman provient d’ailleurs de son climat familial : il est question du repas de Noël, des vacances en famille, des petits-enfants, des souvenirs d’enfance, le tout dans un univers familier et rural, tout à fait apaisant. Point ici de grande famille, de château ou de bals à Bath, la simplicité de l’action permet de s’attacher aux différents personnages.
L’intérêt du lecteur est accru par le fait que l’entrée en scène de plusieurs personnes est retardée et annoncée longtemps à l’avance. En conséquence de quoi, on parle d’eux, on s’interroge, on suppose… mais qui sont ces gens que l’on ne connaît pas ?
T. Sully, Portrait d'homme, 1830, musée de Philadelphie.

C’est un roman qui est original à plusieurs titres. D’abord, alors que plusieurs des romans d’Austen ont pour héroïnes des jeunes femmes de milieu modeste, qui ont pour seul but de se marier dans une société qui rejette les vieilles filles, Emma met en scène une jeune femme qui gère la maison et le domaine de façon tout à fait autonome et qui ne souhaite absolument pas se marier, ni quitter son père ni délaisser cette maison. Il faudra bien que l’heureux élu en passe par là. De plus, l’ironie de l’autrice s’exerce aussi bien à son encontre qu’envers les autres personnages, grâce à un usage audacieux du discours indirect libre. Le lecteur est bientôt invité à se méfier de ce qui lui est raconté, notamment par Emma, qui n’est pas une observatrice très fiable. Comment deviner qui aime qui dans ces conversations élégantes et bien élevées ? À nous de lire entre les lignes. Le lecteur a réellement l’impression de voir chacun et chacune évoluer librement, sans être conduit par avance. On est dans l’inattendu du quotidien, dans les surprises qui peuvent survenir au détour d’un thé.
À noter : le film mettait très justement en exergue la dimension sociale du roman. Les bons époux administrent bien leurs domaines et lisent des romans. L’ironie d’Emma me semble d’ailleurs moins corrosive (ou plus diluée) que celle d’Orgueil et préjugés.
Un gros bémol (commun, hélas, je crois, à tous les romans d’Austen, mais aussi à ceux de Charlotte et Anne Brontë) : cet époux est bien trop vieux pour Emma ! Il y a même des dialogues qui mettent franchement mal à l’aise.
J’aime beaucoup la pudibonderie du roman sur la grossesse ! Cachez ce gros ventre !

Bref, un grand plaisir de lecture.

Quand elle vit simplement le boucher avec son plateau, une petite vieille bien propre qui s’en revenait des courses avec son panier plein, deux chiens qui se disputaient un os tout sale, une ribambelle d’enfants qui s’attardaient à la petite vitrine de la boulangerie en contemplant le pain d’épice, elle se dit qu’elle n’avait pas de quoi se plaindre, et que le spectacle était suffisamment intéressant pour justifier sa présence sur le pas de la porte. Un esprit éveillé et détendu peut se satisfaire de ne rien contempler, et rien de ce qu’il contemple ne le laisse indifférent.






jeudi 20 juillet 2017

L’ardeur et l’enthousiasme la captivaient toujours.

Jane Austen, Persuasion, traduit de l’anglais par André Belamich, 1818, parution posthume.

Un bonbon d’été.

L’héroïne, si l’on peut dire, est Anne, fille cadette de Sir Walter Elliot, baronnet très fier de l’être. En quelques pages, Austen dresse l’état piteux de fortune de Sir Walter et de ses trois filles, des prétendants successifs qui se sont évanouis dans la nature ou qui ont été refusés et des personnalités de chacun. Et puis, c’est parti. La propriété familiale est louée à un Amiral et sa femme. Anne se trouve embarquée dans une famille de cousins sympathiques et elle revoit Frederick, un ancien amour.
J’en connais qui ont trouvé qu’Anne leur tapait sur les nerfs. Ce n’est pas mon cas, même s’il faut reconnaître que c’est un personnage particulièrement passif, qui ne prend jamais d’initiative et qui passe à un doigt de demeurer vieille fille (et dans l’Angleterre de 1815, on sait ce que ça veut dire). Ceci dit, je pense que c’est le cas de la plupart des héroïnes d’Austen et que tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on lit le roman. J’ai le souvenir qu’Elinor de Raisons et sentiments m’avait assez agacée (mais mon billet est en fait très enthousiaste… souvenir trompeur). Ce sont des romances, des romances grand luxe en matière d’écriture et de personnages, couplées de satires de la société, mais des romances. Et j’ai dévoré ma lecture !
Encore une fois, Austen peint une société particulièrement désagréable, avec une forte hiérarchie sociale, où l’extraction et l’origine compte autant que la fortune, mais où, justement, la Marine royale permet à de jeunes hommes brillants de tracer leur voie alors qu’ils ne sortent de rien – ce qui surprend et indispose les baronnets. Bien sûr, c’est l’occasion de formules caustiques de la part de l’auteur (mais sinon quelle tristesse) qui se moque des prétentions de la famille d’Anne.
Constable, La Cathédrale de Salisbury vue des jardins de l'évêché  1820, Ottawa BA
Il faut enfin avouer que l’on sait tout de suite comment ça finira. C’est un roman tout à fait reposant et apaisant où les gentils héros vertueux ont le bonheur qu’ils méritent (je ricane, mais moi j’aime bien). Dans ce monde, une jeune femme peut rester 8 ans enfermée à la campagne sans voir personne et tout d’un coup les jeunes et beaux officiers de marine apparaissent en bande (je veux aller vivre là-bas !). À mon sens, la bonne ambiance du roman est aussi due au grand nombre de personnages. Entre les sœurs, les cousines et les amis, cela forme une petite troupe sympathique et chaleureuse. On s’y sent bien. Les possibilités de couple sont nombreuses et recèlent des surprises. On a beaucoup moins l’impression de huit-clos que dans d’autres romans d’Austen et c’est bien agréable. J’ai particulièrement aimé l’apparition de vieux couples heureux, comme l’Amiral Croft et sa femme, qui ne se quittent jamais. C’est le genre d’image optimiste qui me touche.
Et j’ai très envie d’aller voir la mer à Lyme. Je dirais que c’est une lecture qui fait du bien au moral, qui est joyeuse et pleine de vie. Voilà pourquoi les romans d’Austen me sont chers.

Pour elle, le plaisir de la promenade devait naître de la marche, de la journée, de la contemplation des derniers sourires de l’année sur les feuilles rousses et les haies fanées, et des quelques descriptions poétiques, parmi des milliers d’autres, qu’elle se répétait sur l’automne, cette saison qui exerce une influence singulière et inépuisable sur l’esprit tendre et délicat, cette saison qui a tiré de tout poète digne d’être lu un essai de description ou quelques vers pleins de sentiments.

Je vous conseille la lecture de cet article de @Anne__GE portant sur l'homme idéal chez Jane Austen : il ne méprise pas les activités féminines et donc... il lit des romans et sait parler chiffons.

L’avis d’Alfie (ce n’est pas le même son de cloche).