La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 19 mars 2026

Le train se lança avec sa cargaison d'histoires sur son parcours qui n'était pas infini.

 

Hiro Arikawa, Au prochain arrêt, parution originale 2008, roman traduit du japonais par Sophie Refle, édité en France par Babel/Actes Sud.

Il y a peu, Aifelle faisait remarquer chez Ingannmic qu'en matière de « littérature japonaise on ne voit plus que ce genre de livres mis en avant, c'est un peu triste. Il faut fouiller un peu pour trouver les autres. » Je partage ce constat, mais je dois dire qu'en l'occurrence j'ai passé un excellent moment de lecture. Comme quoi, certains petits romans sont plus réussis que d'autres – hé, c'est un métier aussi !

Donc, nous sommes sur une petite ligne de train, entre Osaka et Kobe, les arrêts y sont fréquents. Des hommes et des femmes montent et descendent avec leurs préoccupations et leurs histoires et quelquefois ils se parlent. Ou alors ils se contentent de se regarder et le récit change de personnage principal à chaque tronçon du train. Une fois dans le sens aller, une fois dans le sens retour (le roman pourrait continuer indéfiniment).

Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle venait de lui chiper le livre qu'il convoitait (autrement dit, elle n'avait prêté aucune attention à Masachi). Il l'avait suivie quelques minutes, assez pour comprendre qu'elle n'avait aucune intention de le reposer.

Premier tronçon, un garçon qui se rend à la bibliothèque le sac chargé de livres se fait aborder par une fille qu'il trouve mignonne certes, mais surtout qui emprunte les mêmes livres que lui ! Ensuite, une femme qui revient du mariage de son ex engage la conversation avec une vieille dame et sa petite-fille. Etc. Au retour, six mois plus tard, un couple se sera défait parce que le gars est violent, un autre se sera constitué, une jeune femme aura déménagé, la vieille dame aura un teckel (et toujours sa petite-fille), etc.

Évidemment, ce qui me paraît très réussi, c'est le rythme. Une succession de chapitres courts, avec une tranche de vie à chaque fois. À la fin, on aura fait connaissance avec plein de gens, mais sans forcément en savoir beaucoup sur eux et on aimerait en savoir plus. C'est malin et habile ! Et puis, c'est un monde rassurant et apaisant, un petit train où chacun parvient à trouver sa place. Un monde où la place respective des hommes et des femmes est subtilement repositionné.


Loin d'être silencieux, ce quartier était animé à la mesure de sa taille. Les hirondelles y voyaient un bon endroit où élever leur progéniture.
La vieille dame n'avait pas menti : c'était une bonne gare, et un quartier agréable.

Je note qu'Arikawa est également l'autrice des Mémoires d'un chat qui a eu un succès colossal et de romans sur l'armée japonaise (elle se moque d'ailleurs de ce goût pour l’armée dans le roman).

Ce roman n’a peut-être pas une ambition immense, mais il est à lire en grignotant dans le train, bien sûr.

Les gens qui prennent le train seuls se composent en général une mine indifférente.

Un dessin de Gébé de 1959 (désolée, je n'ai pas de photo de train japonais)


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