La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 4 juillet 2026

La course de chars

 

Et c’est parti pour un des sports préférés de nos amis les Romains : pousser des hurlements frénétiques en regardant des chars attelés de chevaux tourner dans une enceinte.


Bon, la course de chars existait aussi chez les Grecs et les Byzantins, mais c’est moins iconique. Et pourtant… le quadrige dit des Chevaux de Saint-Marc que les Vénitiens ont piqué à Constantinople ornait à l’origine l’hippodrome de la ville. Les courses ont perduré à Constantinople jusqu’à la fin du 12e siècle, même si elles étaient devenues beaucoup moins fréquentes.
Et chez Homère, les jeux funéraires célébrant Patrocle intègrent une épreuve de course de chars. Les Jeux olympiques et panhelléniques en comportaient également une. Que ce soit chez les Grecs ou les Romains, la course s’inscrit parmi des fêtes religieuses, avec défilé, chants, musique, etc.


Avant d’être une course de chevaux, c’est un spectacle. Les risques de chute et de blessure en font pleinement partie.
J’ai souvenir d’un documentaire télé où l’objectif était de reconstituer à l’identique un char romain (peut-être seulement à deux chevaux) grâce aux méthodes de l'archéologie expérimentale. Quand il a finalement pu le tester, le conducteur était sidéré par la légèreté de l’engin et sa capacité, non pas à aller vite, mais à procurer des sensations fortes et à être en direct avec l’allure des chevaux. Il faut contrôler la trajectoire, notamment dans les virages, conserver son équilibre sur un truc totalement instable (le panier repose sur l’axe des roues) et maîtriser les animaux (2, 3 ou 4 chevaux au galop dans un contexte ultra stressant).


On commence par ce relief (terre cuite, fabriqué en Italie au 1er siècle, conservé au British Muséum), qui est très pédagogique. On voit le quadrige. Le char semble être réduit à une paire de roues (on comprend qu'il ne s'agit pas réellement d'un véhicule).
Le conducteur est un aurige (souvent un esclave) et regardez-le bien : on voit distinctement que les guides des chevaux sont enroulés autour de son corps (pour éviter de les perdre) et qu'il porte une sorte de pièce de cuir par-dessus la tunique pour se protéger des frottements des lanières. La pression exercée sur le corps de l'aurige par les chevaux devait être énorme. Tenir l'équilibre dans ces conditions... Il lève aussi un fouet d'assez courte taille (non pas de grand machin qui claque comme dans les films).

Et à droite, un concurrent vient déjà de tourner autour des trois bornes marquant l'extrémité de la spina (ce muret séparant la piste). On semble bien être dans le Circus Maximus.


Sur ce vase (fabriqué à Athènes, 400 av.JC, conservé au British Muséum), il y a seulement deux chevaux et on voit bien la borne. On voit aussi très bien le char - très utile pour l'archéologie expérimentale et les reconstitutions - il y a deux roues, une planche horizontale, une planche verticale et un timon. Et regardez l'aurige : il ne porte pas les guides enroulés autour du corps. Ce serait en effet les Étrusques qui auraient inventé cette technique et ce vase grec est bien plus ancien que notre relief.

Vous avez peut-être vu l'Aurige de Delphes ou son moulage.



La lampe de gauche (1er siècle de notre ère, musée de Lattes) représente un char en pleine course. Faute de place, les traits sont assez stylisés. On voit surtout les pattes, les guides, le fouet.
La lampe de droite (Italie, 2-3e siècle, British Muséum) est particulièrement intéressante (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Sur une aussi petite surface, tout est représenté : 4 chars à 4 chevaux et tout autour le Circus Maximus. Sur l'arc de cercle en haut à gauche : le public. Sur l'arc de cercle en haut à droite : les portes d'où sont sortis les chars. Sur l'arc de cercle du bas (à l'envers pour nous) : la fameuse spina. Ce muret divise la piste en deux et il est rythmé par des sculptures diverses, un obélisque, des bornes. En l'occurrence on voit bien l'obélisque, pile au milieu. Les chars doivent effectuer sept tours complets de piste.

À Rome, il y a quatre écuries ou factiones : les Blancs, les Bleus, les Verts et les Rouges. Chaque faction porte le nom de son propriétaire. Financer une écurie et une course constitue une démonstration de richesse et de prestig – c’est le propriétaire qui est réputé remporter la course et pas son esclave.
L'aurige et les chevaux sont ornés aux couleurs de leur écurie.

Une mosaïque du Musée archéologique de Madrid (Rome, 3e siècle) représente ces équipes et donne les noms de plusieurs chevaux. À gauche, de face, les Rouges ! Les chevaux sont fiers comme tout. À droite, la faction Prassina - les Verts ! Avec quatre jolis chevaux, le conducteur a le corps ceint par les guides, la tête protégée par un genre de casque (ou de bonnet en cuir). Il tient la palme de la victoire - mais sur la mosaïque, toutes les factions sont victorieuses. Il y a aussi des employés/esclaves de l'écurie.

J'ai commis un billet sur une mosaïque conservée à Gérone montrant une course de chars en son entier.


Et nous avons un vainqueur ! Cette lampe (fabriquée en Italie au 1er siècle et conservée au British Muséum) montre un seul cheval, peut-être faute de place, mais notez que plusieurs noms de chevaux particulièrement performants nous ont été transmis (tout comme le nom de plusieurs auriges). Devant lui marchent deux employés/esclaves de l'écurie portant un panneau avec le nom de la faction victorieuse. Derrière lui, un supporter remercie les dieux et exprime sa joie en levant les bras (on a gagné ! on a gagné !) et d'autres hommes (employés ? esclave ? supporters enthousiastes ? parieurs heureux ?) portent les palmes de la victoire.

À la semaine prochaine pour d'autres émotions fortes.





2 commentaires:

  1. Ha ! la course de chars dans Ben Hur ... J'adorais quand j'étais petite ! En tout cas, ton article est passionnant.

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    1. Merci, j'ai appris aussi plein de choses en le rédigeant.

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